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12 janvier 2010 : Haïti séduite et abandonnée par l’Occident

Dix ans ont passé depuis la pire tragédie de l’histoire d’Haïti. Le séisme qui a dévasté la capitale Port-au-Prince a fait entre 220 000 et 300 000 pertes humaines. Difficile de donner le nombre exact. Mais avons-nous réellement besoin de statistiques? Nous savons tous que nous avons perdu un proche, un ami ou une connaissance, quand la terre de Dessalines a tremblé…

C’était le 12 janvier 2010. Ce jour-là restera à jamais gravé dans nos mémoires. On se souvient tous où on se trouvait et ce qu’on faisait lorsque notre téléphone s’est mis à pleurer pour nous annoncer la mauvaise nouvelle concernant lakay. Tremblement de terre d’une magnitude de 7,0. Haïti est sens dessus dessous.

La porno-misère

Toute la population haïtiano-diasporique était rivée devant son écran de télé. La pauvreté extrême d’Haïti était une fois de plus révélée au grand public.

Inquiets de la situation, nous avons dû regarder ce porno de la misère, dans lequel Haïti a été mise à nu par les médias occidentaux qui, indubitablement, ont un penchant pour le misérabilisme.

Le journliste Anderson Cooper, décrivant la tragédie haïtienne pour CNN

Aux yeux de CNN et Fox News, deux géants de l’information en continu, il ne fait aucun doute qu’Haïti a été la « grande star » du mois de janvier 2010. Il n’y avait pas plus photogénique qu’elle : larmes, cris de douleur, jambes amputées et autres images horrifiantes ont rapidement fait le tour du monde le soir du tragique événement.

Que ce soit de manière subtile ou non, il arrivait même que des journalistes tournent en dérision la défaillance des infrastructures haïtiennes.

D’ailleurs, j’ai encore souvenance de cette tristement célèbre entrevue que le président René Préval avait accordée à Dr Sanjay Gupta de CNN au lendemain du tremblement de terre, à l’Aéroport international Toussaint-Louverture.

« Je ne peux pas vivre dans le palais; je ne peux pas vivre dans ma propre maison », a dit le chef d’État haïtien de l’époque. « Les deux ont été détruits, donc je ne sais pas où je vais dormir ce soir », a-t-il ajouté, candidement.

Le médecin et journaliste Sanjay Gupta en entrevue avec le président René Préval, à l’Aéroport international Toussaint-Louverture

Chers lecteurs, comprenez que je ne dis pas que le malheur des Haïtiens a fait le bonheur des autres, mais force est d’admettre que la couverture misérabiliste des chaînes de télévision occidentales en a rassuré plusieurs.

« On est bien ici », se disaient certains compatriotes québécois, conscients de l’opulence de la Belle Province. « God bless America », devaient lancer, avec arrogance, des citoyens américains qui ne se rendent pas compte que la terre tourne autour du soleil, et non pas autour d’eux.

Tels des enchérisseurs qui offrent un prix supérieur à la mise, ces marchands d’illusions ont conquis le cœur des Haïtiens en promettant beaucoup de millions, plus de millions et encore plus de millions…

Un tremblement de terre quotidien

Aujourd’hui, dix années après cette journée apocalyptique, Haïti peine à panser ses plaies. Son visage demeure marqué par le goudougoudou – onomatopée décrivant le puissant séisme.

Des milliers de gens qui ont été touchés par le cataclysme sont encore sans abris, le Palais national, transformé en ruines moyenâgeuses, n’est toujours pas prêt à recevoir son président, aucune infrastructure n’a été mise en place… bref, la reconstruction d’Haïti tarde.

Et le ras-le-bol du Peuple, exprimé par son comportement soixante-huitard, démontre bien que la terre tremble toujours en Haïti.

Pourtant, l’Occident avait promis le paradis au peuple haïtien qui a vécu l’enfer le 12 janvier 2010.

Qu’en est-il donc de ces milliards de dollars qui accompagnaient les beaux discours visant à laver la conscience coloniale des chefs d’État occidentaux après l’événement majeur?

Tels des enchérisseurs qui offrent un prix supérieur à la mise, ces marchands d’illusions ont conquis le cœur des Haïtiens en promettant beaucoup de millions, plus de millions et encore plus de millions…

189 millions de dollars de la France, le symbole par excellence du colonialisme. Qui dit mieux? Ah, le vampirique « Oncle Sam », mieux connu sous le nom des États-Unis d’Amérique, augmente la mise à 1,1 milliard de dollars. Bien.

L’Union européenne offre 1,6 milliard de dollars? Pourquoi pas?

Bill Clinton, le « sauveur » occidental en Haïti

En fin de compte, pour remettre Haïti sur pied, près de 10 milliard de dollars ont été amassés dans l’imaginaire des Occidentaux. On dit que l’argent ne fait pas le bonheur, mais face à la précarité, il est certes une arme de séduction.

Et malheureusement, Haïti a été séduite… puis abandonnée. Abandonnée par l’Occident. Flouée par Bill Clinton et sa femme. Surexploitée par les médias dits du premier monde.

Pour le peuple haïtien, l’Occident est venu, il a promis, il a menti…

Selon un rapport publié par le Bureau américain chargé du contrôle des comptes (U.S. GAO), moins de 1% des 412 millions alloués par les États-Unis à la reconstruction d’infrastructures en Haïti ont été dépensés par USAID.

Quelle petitesse d’une si « grande nation »!

Certains feront remarquer que les États-Unis et la Communauté internationale ne doivent rien à Haïti.

D’accord.

Cependant, il est également bon de rappeler qu’en 1779, les 1500 soldats haïtiens qui ont aidé les USA à devenir une nation libre et indépendante en s’alliant aux Américains pour combattre les Anglais, à la bataille de Svannah, n’ont pas déployé que le 1% de leurs efforts.

Le Palais national toujours en ruines

Aussi, il est fondamental de ne pas passer sous silence la dette de la France envers Haïti. En 1825, 150 millions de francs – estimés aujourd’hui à 21 milliards de dollars – ont été versés par Haïti à la France pour être reconnue sur la scène diplomatique.

Voilà ce qui explique en partie les problèmes d’Haïti.

En conclusion, comme vous le savez, chers amis, Haïti n’a pas fait que quémander. Nombreux sont les pays qui ont bénéficié de son altruisme et de son internationalisme dans le passé.

Le passé, c’est le passé, me direz-vous. Mais celui-ci n’est-il pas garant de l’avenir?

Or, cet avenir doit se fonder sur les leçons de l’histoire haïtienne, qui nous apprend que l’on ne peut compter que sur soi-même.


Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire au bas du texte. Merci.

4 Commentaires

  1. Pierre Laberge Répondre

    Votre analyse est chargée de colère, et je la comprend et la partage. Cependant, il y a quand même une ou deux vérités que vous occultez, et qui sont pourtant fondamentales. Il n’y a pas de nation uu d’humain qui peut être blamé pour cette terrible catastrophe. Les anglais disent Act of God, et vous pouvez bien lui attribuer la responsabilité, mais ça ne changera rien à cette réalité. Deuxièmement, il y a eu dans les jours qui ont suiv, au Canada et au Québec en particulier, un énorme élan spontané de solidarité, qu’il faut reconnaitre et encourager. La suite de cette histoire et le résultat de cet énorme cafouillage de l’aide humanitaire doit être analysée, et des leçons doivent en être tirées, aussi bien pour le peuple haïtien que pour les ONG et les acteurs des grandes organisations étatiques de l’aide internationale.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Pierre Laberge, certes aucune nation ne peut être blâmée pour cette catastrophe, mais il y a certainement des nations ui doivent être pointés du doigt pour des faits historiques qui sont liés à la désorganisation d’Haïti.

      Et tu as raison quant à la solidarité québécoise lors de ce malheureux événement.

      Merci pour ces bons points de vue. J’espère te revoir sur Selon Walter.

  2. AnneMarie Schirmer Répondre

    Et pourquoi les Haïtiens?
    Parce que c’est un peuple dont la nature fondamentale généreuse leur donne une force indestructible diamantin.

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