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PetroCaribe Challenge : la plus grande révolution haïtienne depuis 1804 ?

[dropcap][/dropcap][dropcap]Q[/dropcap]u’est mon pays devenu, que j’avais de si près tenu et tant aimé? Il a été trop appauvri.

Je crois que ses présidents, ses premiers ministres, ministres et sénateurs l’ont corrompu.

Ces politiciens, aussi incompétents que resquilleurs, maltraitent Haïti depuis des décennies. Ils se comportent comme les  « Pirates des Caraïbes » : Ils encaissent et ne laissent rien dans la caisse.

Censés servir les intérêts du Peuple, ils préfèrent se servir et se remplir les poches.

Kote kòb Petro Caribe a?

De ce fait, tout indique qu’Haïti est devenue une sorte de guichet automatique bancaire, auquel seule la classe politique a accès, lui permettant ainsi de soutirer 3, 8 milliards de dollars. Comme vous le voyez, nous avons là affaire à du banditisme politique…

Michel Martelly, l’un des acteurs du drame haïtien Petro Caribe

Parlant de cette somme astronomique, mettons momentanément de côté les jolis mots de la langue de Molière pour faire place aux mots créoles de l’heure : Kote kòb Petro karibe-a?

Également formulée en français et en anglais, cette question est devenue un mouvement contestataire, qui s’est généralisé dans toute l’Amérique.

« Où se trouve l’argent de PetroCaribe? », demandent les Haïtiens de la diaspora et d’Haïti exaspérés par le vampirisme du gouvernement haïtien.

La naissance d’une révolution

À Montréal, le samedi 1er septembre, des manifestants haïtiano-québécois qui étaient à la recherche de cet argent sont tombés sur une piste qui les a menés directement au consulat haïtien.

Deux jours plus tard, lors d’un festival antillais, les Haïtiens de New York ont fait face à l’ancien président Michel Martelly, l’un des acteurs de ce triste drame haïtien, pour lui demander des comptes sur la dilapidation de l’argent des contribuables haïtiens, mais en vain.

Les Haïtiens se mobilisent à Port-au-Prince

En Haïti, les gens en ont ras-le-bol.

Les étudiants et les jeunes professionnels, qui ne veulent plus fuir leur pays pour d’autres cieux, s’unissent et protestent.

C’est un peu l’événement soixante-huitard de la jeunesse haïtienne souhaitant enrayer la paupérisation de leur pays.

À vrai dire, c’est la naissance d’une révolution.

Une révolution qui, certes, vise la classe politique, mais qui, selon moi, finira par toucher l’ensemble de la population haïtienne.

En fait, cette agitation me paraît plus sociale que politique. Et je crois même qu’elle peut s’avérer beaucoup plus importante que le soulèvement de 1986.

La corruption dans les moeurs haïtiennes

Je m’explique!

En 1986, le peuple haïtien s’est libéré de la dictature de Jean-Claude Duvalier ; néanmoins, il ne s’est pas libéré de certaines mauvaises habitudes émanant de cette dictature, notamment la corruption.

L’accent était surtout mis sur Duvalier et ses macoutes.

Le dictateur Jean-Claude Duvalier

Si l’on veut pousser cette « socio-analyse » un peu plus loin, on pourrait même reprendre les paroles de ceux qui croient que « nous avons brisé les chaînes de l’esclavage, mais que mentalement, nous sommes toujours enchaînés ».

Avant de continuer, je tiens à préciser qu’il n’est nullement mon intention de mettre à nu les mœurs haïtiennes ; toutefois, si nous, Haïtiens, aspirons à un changement démocratique, certaines vérités doivent être dites.

Se poser les vraies questions

Tout comme vous, il m’arrive souvent de me poser les questions suivantes :

Où donc est la sensibilité des dirigeants d’Haïti, qui sont témoins de l’exode massif des jeunes Haïtiens?

Où donc se cache le patriotisme de ces « rapaces politiques » qui se disent enfants légitimes de Dessalines, sachant bien que le berceau de la liberté est devenu la risée du monde à cause de leur turpitude morale?

Ces interrogations qui sont le plus souvent provoquées par un défoulement émotif sont bien légitimes.

Cependant, si nous envisageons un lendemain enchanteur pour Haïti, nous devons poser des questions pertinentes, voire blessantes pour nous…

Voyez-vous, chers compatriotes, après tant d’années de corruption, nous devons nous demander si celle-ci ne s’est pas incrustée dans nos mœurs.

N’avons-nous jamais applaudi l’ « intelligence » d’un fonctionnaire qui s’est enrichi par la corruption?

Ne sommes-nous pas souvent fiers de dire que nous avons un moun pa dans le gouvernement ou autres sphères de l’administration publique?

Qui nous dit que nous ne baignerions pas nous aussi dans la corruption si nous occupions un poste dans le gouvernement?

Les acteurs principaux du film d’horreur Kote Kòb Petro Caribe A

De mon côté, j’ai eu mon premier contact avec le monde de la corruption à un tout jeune âge. Je n’avais que 7 ans. C’était à ma troisième année scolaire à l’école Jean-Marie Guilloux. Au refus de ma mère d’imiter d’autres parents qui donnaient de l’argent au professeur, je suis passé de troisième de classe à 44e de la classe.

Et j’ai encore souvenance du départ de mon père pour le Canada, quand il a remis discrètement des billets de banque à un employé (militaire) de l’aéroport qui, sûrement, arrondissait ses fins de mois malhonnêtement.

L’image de cette scène est floue dans ma mémoire, mais elle a toutefois colonisé celle-ci. Elle cohabite malheureusement avec les beaux souvenirs que j’ai de ma terre natale

Une prise de consience collective

D’une manière consciente ou inconsciente, nous semblons communier dans cette « culture » où l’argent nous permet de tout acheter, même un diplôme.

Ce système criminel sans fusil mis en place par ces politiciens « mafieux » ne peut fonctionner sans l’adhésion de la plupart au système.

Au Québec, à la suite de la mort du premier ministre Maurice Duplessis, perçu comme un autocrate par plusieurs, les Gens du Pays ont mené une révolution sociale d’une grande importance : cette révolution était longue et tranquille ; néanmoins, elle a changé la nation québécoise pour le mieux.

Or, avec le PetroCaribe Challenge, les Haïtiens ont l’opportunité de réveiller leur conscience collective et de catalyser le changement radical dont Haïti a besoin.

Continuons à lutter contre nos politiciens corrompus, mais parallèlement, combattons également nos démons. Je vous assure qu’il n’existe aucune antinomie entre ces deux démarches.

Et  ce sera notre plus grande révolution après celle de 1804

 

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4 Commentaires

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