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Lettre Urgente D’un Haïtien De La Diaspora À Dessalines

À Jean-Jacques Dessalines, maître d’œuvre de la Révolution haïtienne et père fondateur de la Première République noire.

Père Dessalines,

Dessalines, notre Père qui es au paradis, que ton nom soit sanctifié, car tu es celui qui a aboli l’esclavage. Celui qui a fondé la première nation noire en exorcisant Haïti de ses démons colonisateurs.

Que ton esprit règne au Palais national, où des bandits déguisés en chef d’État, sénateur et député, encaissent et ne laissent rien dans la caisse.

Père, que ta volonté libératrice soit refaite sur la terre, principalement en Haïti, afin de libérer le peuple de ce banditisme politique.

Donne-nous aujourd’hui le courage et la détermination de Capois-la-Mort pour manifester publiquement et pacifiquement contre la mauvaise gestion d’Ayiti par le gouvernement.

Pardonne-nous, Haïtiens de la Diaspora, qui avons déserté notre terre natale, comme nous avons, semble-t-il, naïvement « pardonné » aux Duvalier qui nous ont offensés, opprimés et désubstancialisés.

Et ne nous laisse pas succomber à la tentation d’une guerre civile, mais délivre-nous plutôt de cette crise qui risque de blesser notre Haïti chérie.

Violence lors de la manifestation du 18 novembre

Avant de continuer, cher père, pour ne pas être mis au ban de la communauté catholique, je tiens à formuler mes excuses auprès des rigoristes de cette religion qui a donné son accord à ta captivité.

En réalité, les premiers paragraphes de cette lettre ne sont aucunement blasphématoires. C’est plutôt une manière créative de jongler avec les mots sacrés du « sauveur blanc » pour diviniser celui qui a sauvé le peuple noir.

Papa Dessalines, après ton départ, notre pays a connu des bouleversements politiques, sociaux et économiques majeurs.

Depuis quelques années, les turbulences politiques d’Haïti font fuir les jeunes gens, qui fantasment sur le « rêve américain », et qui préfèrent même le cauchemar dominicain à celui de leur pays.

L’Oncle Sam et le duvalierisme

« Que s’est-il passé? », me demandes-tu, cher père.

Pour faire court, en 1915, un géant malfaisant nommé « Oncle Sam » a profité de l’absence de ta puissante armée pour envahir Haïti. Cet intrus qui est reconnu pour son caractère pilleur et spoliateur a largement contribué à la paupérisation du pays.

Ainsi donc, sous la dictée des Américains, une page sombre de l’histoire d’Haïti sera écrite.

Dans la politique en montagnes russes de notre beau pays, de 1946 à 1956, trois présidents successifs seront renversés par des coups d’État.

Les tyrans François et Jean-Claude Duvalier

1957, place au despotisme, au totalitarisme, à l’absolutisme et, bien entendu… au duvaliérisme.

Père Dessalines, les prochaines lignes sont consacrées à François et Jean-Claude Duvalier, deux de tes fils, qui ont terrorisé leurs frères et sœurs durant une trentaine d’années.

29 années de séquestration

Se proclamant dessaliniens, se réclamant de ta devise « Liberté ou la Mort », ils gommeront le mot liberté et n’offriront que la mort au peuple haïtien : It’s my way or the highway… to heaven, pour paraphraser l’expression anglophone.

Par le fait même, sous le règne de la dynastie des Duvalier, des dizaines de milliers de gens ont été assassinés, sans compter les viols et pillages des « tontons macoute ».

Invasion américaine et dictature duvaliérienne : difficile de dissocier l’une de l’autre, père. La première a indûment occupé Haïti pendant 19 ans. La seconde a malhonnêtement retenu le Peuple en otage durant trois décennies.

Au lendemain du 7 février 1986, date du départ de Jean-Claude Duvalier, la population se délie finalement la langue pour prononcer le mot démocratie.

La jeunesse haïtienne se lève

Oligarchie et anarchie, union impossible

De quelle démocratie parle-t-on?

32 ans plus tard, on s’appuie uniquement sur l’élection comme modèle de démocratie, ignorant les autres mécanismes essentiels à celle-ci.

Or, aujourd’hui, on constate que l’affaire Petrocaribe et les actes de violence du 18 novembre mettent en lumière une Haïti oligarchique et anarchique. Tristement.

La dualité de ces deux composantes, père, est au cœur même de ce drame national.

Un drame que l’on pourrait intituler Wild Wild Haiti, dirigé par la classe politique, aussi incompétente qu’insouciante.

Dans la diaspora, assis confortablement devant notre téléviseur, c’est avec impuissance et tristesse que nous regardons les images horrifiantes provenant de lakay.

Beaucoup d’entre nous, déserteurs, prétendent pouvoir régler le problème d’Haïti, sans toutefois identifier des pistes de solutions aux problématiques de la diaspora haïtienne.

Pour conclure, cher père, au nom de plusieurs de mes compatriotes, je te promets ceci :

Non à une tutelle étrangère. Oui à une décolonisation mentale.

Dans la jeunesse haïtienne, intelligente et battante, émergera un Dessalines qui saura redresser le pays et assurer son avenir.

 

Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire en bas du site. Merci.

 

 

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