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Assassinat d’Evelyne Sévère : l’élite haïtienne et la classe politique sont complices

Ce sont parmi les images les plus terrifiantes qui soient. Le cadavre de la jeune Evelyne Sincère abandonné dans une décharge à ordures, sous le regard passif de gens cherchant à immortaliser la scène avec leur téléphone intelligent. La banalisation d’une telle cruauté démontre bien que Haïti est devenue un pays sans loi, sans ordre et sans honte…

Un pays dirigé par des corrompus et des incompétents.

Gangs armés, kalachnikov, kidnapping, torture, rançon et assassinat sont des termes typiques de la culture de la violence qui s’est répandue en Haïti.

La violence sexuelle, un fléau en Haïti

Et parallèlement à cette culture qui dégrade mon Haïti chérie, il existe une autre culture qui, en tant qu’homme, me répugne, me révolte : c’est celle du viol.

Une culture du viol à l’haïtienne où les violences sexuelles sont fréquentes mais demeurent impunies. Et où la victime est désignée comme responsable de ce qui lui est arrivé.

Ces actes de violence qui se succèdent depuis quelques mois dans la capitale haïtienne conduisent généralement au décès des victimes.

Selon la commission épiscopale haïtienne Justice et Paix, près de 400 personnes ont été victimes de violence armée à Port-au-Prince depuis le début de l’année, parmi lesquelles figurent deux noms bien connus des Haïtiens de Montréal.

Dimanche le 1er novembre, c’était au tour d’une étudiante en philo (système scolaire haïtien), Evelyne Sincère, d’être victime de viol et de torture avant d’être tuée par ses ravisseurs.

Elle avait 21 ans et était promise à un bel avenir, que dis-je… Y a-t-il réellement un avenir pour la jeunesse dans un pays souffrant de corruption, de pauvreté chronique et d’insécurité ?

D’ailleurs, par des mots clairs et limpides, la sœur de la victime a mis Haïti au banc des accusés pour ce crime odieux : « c’est parce qu’elle vivait en Haïti… c’est parce qu’elle vivait en Haïti… Si elle ne vivait pas en Haïti… », a-t-elle martelé, en sanglots, dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux.

Que l’on soit outré ou non par la gifle administrée à la première République noire, des statistiques peu encourageantes semblent donner raison à cette jeune femme qui était en état de confusion et de désarroi lorsqu’elle a pris la parole.

Selon la commission épiscopale haïtienne Justice et Paix, près de 400 personnes ont été victimes de violence armée à Port-au-Prince depuis le début de l’année, parmi lesquelles figurent deux noms bien connus des Haïtiens de Montréal.

Ils doivent fournir à la population des explications sur les raisons pour lesquelles il y a plus d’armes à feu que de manuels scolaires dans les bidonvilles du pays.

La diaspora n’y échappe pas

En juin dernier, Norvella Bellamy, un cadre de la Banque de la République d’Haïti, qui a fait ses études universitaires à Montréal, a été assassiné brutalement dans sa maison. Sa femme, qui se trouvait également sur les lieux, a subi le même sort.

À la fin du mois d’août, Wilner Bobo, un Montréalais d’origine haïtienne, qui était retourné sur sa terre natale, a été tué pour une poignée de dollars. À la sortie d’une soirée organisée par des amis, l’homme de 41 ans a été abordé par un individu armé qui a eu la malveillante idée de lui voler son argent ainsi que sa vie.

On se croirait dans l’un des « western spaghettis » de Sergio Leone, mettant en vedette Clint Eastwood, Lee Van Cleef et Eli Wallach, incarnant le bon, la brute et le truand.

Sauf que, dans ce drame haïtien qui pourrait s’intituler « L’Anarchie en Haïti », le Bon ne semble pas exister. On ne voit que des corrompus, des bandits et… des morts.

On voit également le comportement je-m’en-foutiste du président Jovenel Moïse, qui préfère se servir et se remplir les poches plutôt que de servir les intérêts du peuple qui est pris en otage par la violence des bandes criminelles.

La complicité des politiciens et des bourgeois

Certes, le Président n’est pas celui qui a torturé et tué Evelyne Sincère, mais sachant que des politiciens, y compris le premier ministre Jouthe Joseph, entretiennent des liens étroits avec des chefs de gang, on peut affirmer sans ambages que les mains de la classe politique sont tachées de sang.

Tout comme vous, j’espère que l’assassin d’Evelyne Sévère sera arrêté et puni sévèrement pour son acte.

Toutefois, Jovenel Moïse et ses acolytes ont des comptes à rendre au sujet de la vague de violence qui mine le quotidien des citoyens et qui affecte l’Industrie touristique.

Ils doivent fournir à la population des explications sur les raisons pour lesquelles il y a plus d’armes à feu que de manuels scolaires dans les bidonvilles du pays.

Osons le dire : ces nombreux cas d’homicide sont le fruit de la complicité des autorités dans l’« ensauvagement » de Port-au-Prince. C’est un secret de polichinelle que les gangs sont approvisionnés par des politiciens proches du pouvoir et des gens du secteur privé.

Oui, oui, le secteur privé, ces bourgeois qui se servent d’Haïti comme une sorte de guichet automatique bancaire, auquel eux seuls ont l’accès.

Selon des sources fiables, l’oligarchie pétionvilloise arme et finance des jeunes gens des bidonvilles pour faire le sale boulot, à savoir créer de l’instabilité politique et sociale, afin qu’elle puisse régner dans la République.

C’est d’ailleurs avec un air de triomphalisme que Réginald Boulos et Dimitri Vorbe se vantent d’être les rois du quartier Cité-Soleil, repaire des gangs, dans des interviews télévisées. D’après leurs dires, ils circulent dans le bidonville quand bon leur semble, et ce, sans gardes du corps.

Ces bourgeois, qui ne représentent que 3 % du pays, mais qui gèrent 80 % de l’économie nationale, sont en grande partie responsables de la déliaison sociale de la population haïtienne.

Eux aussi ont des comptes à rendre à la population haïtienne.

Qu’il s’agisse de Clifford Apaid, de Dimitri Vorbe, de Michael Madsen ou de Gilbert Bigio, des multimillionnaires qui se sont enrichis sur le dos des pauvres, nous devons dénoncer l’indifférence flagrante de l’élite haïtienne face à la pauvreté grandissante de la République.

Et elle n’en a rien à cirer de la violence qui tue Haïti.

Comme le dit Dany Laferrière, « l’élite haïtienne est comme un voyageur en première classe qui ne se soucie pas de la présence d’une bombe en classe économique ».

Voilà le problème du désordre haïtien.

La solidarité dessalinienne qui devrait être la base d’une Haïti forte et prospère a fini par se déliter, car, voyez-vous, les bourgeois ont créé « deux nations dans la nation », pour reprendre la formule de l’écrivain Louis-Joseph Janvier.

Pour eux, il y a l’Haïti d’en haut et l’Haïti d’en bas, ou… le « bas peuple », comme ils le désignent avec mépris.

Cependant, s’ils connaissent bien la loi de la gravité, ils sauront que tout ce qui monte finit un jour par redescendre.


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