Société

Ben Johnson, De Héros Canadien À Tricheur Jamaïcain

Si vous êtes âgé de 35 ans ou plus, vous savez exactement où vous étiez et ce que vous faisiez le soir où le sprinteur canadien Ben Johnson a remporté la finale du 100 mètres à Séoul.

Aujourd’hui, chères lectrices, chers lecteurs, pour souligner son trentième anniversaire, je vous propose de revivre cette grande page de l’histoire des Jeux Olympiques. Une page que le Canada aimerait bien arracher des livres des JO, mais celle-ci n’est certainement pas près de passer aux oubliettes.

En 1988, deux événements ont particulièrement marqué le monde du sport : Michael Jordan met la main sur son premier titre de joueur par excellence de la NBA, et Wayne Gretzky est échangé aux Kings de Los Angeles.

Carl Lewis et Ben Johnson, deux rivaux qui se détestent

Cependant, ce qui retient l’attention des grandes chaînes de télévision, aussi affairistes qu’opportunistes, c’est l’affrontement entre deux marchands de vitesse.

Le recordman contre le champion olympique

Ben Johnson contre Carl Lewis.

Jamais une rivalité entre deux sprinteurs n’aura suscité autant d’intérêt. En cette année olympique, le monde n’a que ces deux noms à la bouche. Le premier détient le record du monde grâce à son chrono de 9,83 s au championnat du monde, à Rome, l’année précédente, tandis que le second est le champion olympique en titre.

La table est donc mise pour un duel au sommet à Séoul.

Si la course du 100 mètres est reconnue comme l’épreuve reine de l’athlétisme, cette finale alignant ces deux athlètes qui se détestent a indubitablement été l’événement « roi » des Jeux Olympiques de 1988.

Samedi 24 septembre, l’heure est enfin arrivée, et le Canada retient son souffle.

En fait, la planète toute entière retient son souffle. Le verdict doit tomber : lequel des deux voisins de l’Amérique du Nord sera le premier à franchir la ligne d’arrivée?

Lewis, Christie, Smith et Johnson à leur bloc de départ

Huit hommes sur la piste. Carl Lewis et Ben Johnson occupent respectivement les couloirs 3 et 6. Il y a aussi Linford Christie, Raymond Stewart et Calvin Smith, qui ne sont là que pour le bronze.

Une victoire sans équivoque

Comme à l’accoutumée, départ explosif de Big Ben , et King Carl le suit de près. Or, dès les 50 mètres, Johnson montre sa supériorité; il est beaucoup trop rapide pour Lewis. Aux 80 mètres, l’athlète canadien est dans une galaxie tellement éloignée de celle de son rival, qu’au moment de franchir la ligne d’arrivée, il relâche son effort et lève sa main droite dans les airs en signe de victoire.

9,79 s, nouveau record mondial. Le Canada, soulagé, se lève d’un bond. Que la fête commence… Nous sommes 27 millions à jubiler et crier de joie le triomphe de notre « petit » pays sur l’Oncle Sam, la puissance planétaire.

Aux derniers mètres de la course, Johnson est seul au monde

Dans les rues de Montréal, de Toronto et de Vancouver, c’était l’euphorie. Les gens entonnaient le chant de la victoire « We Are the Champions », et les klaxons des voitures les accompagnaient…

C’était la « fête du Canada » au mois de septembre.

Une courte célébration

Malheureusement, cette fête a été très provisoire. Elle n’aura duré que deux dodos.

Car le lundi 26 septembre, une rumeur court dans les rues de Séoul : un athlète d’envergure aurait été contrôlé positif au test antidopage. Le frisson s’empare des organisateurs, des athlètes et même des fans.

Lorsque l’échantillon sanguin démontre que le tricheur s’avère Ben Johnson, un séisme frappe la Corée du Sud, et la secousse est ressentie jusqu’au pays de la feuille d’érable.

Ben Johnson quittant la Corée du Sud

Ainsi donc, la fierté nationale commence à faire place à la honte, au désaveu.

En l’espace de trois jours, la star incontestée des Jeux est passée de héros à zéro. De Canadien à Jamaïcain.

Il n’était plus désiré dans notre « paradis ». On voulait l’expédier en enfer, la place réservée aux tricheurs.

Une dure réalité pour les fans de Big Ben

De mon côté, je me suis réfugié dans le déni.

Fuyant la dure « vérité » des médias d’ici, qui capitalisaient sur le plus grand scandale des JO, j’attends impatiemment le retour de Bruny (Surin) et de l’entraîneur Daniel St-Hilaire pour avoir des nouvelles privilégiées et « encourageantes » venant des lieux du « crime », espérant un revirement de situation.

Non! Aucun changement n’est survenu. À leur retour de Séoul, les deux montréalais, Bruny et Daniel, m’ont confirmé que mon idole de jeunesse avait bel et bien été dépouillé de son titre.

Une dure réalité pour moi et d’autres amis du milieu de l’athlétisme, qui avions l’habitude de croiser Ben Johnson dans différentes compétitions d’athlétisme à travers le pays.

Jean Charrest, ministre d’État à la Condition physique et au Sport amateur à l’époque.

Nous ne pouvions croire que notre idole soit devenue l’ennemi public de sa nation. Une persona non grata, un fait notamment exprimé par un certain Jean Charest, ministre d’État à la Condition physique et au Sport amateur à l’époque.

À son arrivée à l’aéroport Lester B. Pearson, il n’en fallait pas beaucoup pour que des menottes soient passées aux poignets du champion déchu. Et pourtant…

Pourtant, avant Séoul, nous lui avions demandé de pousser jusqu’au bout ses limites humaines pour que le drapeau du Canada soit visible dans la capitale coréenne.

Nous lui avions exigé d’humilier Carl Lewis, qui, selon Sports Illustrated, preuves à l’appui, avait été déclaré positif à trois reprises aux sélections olympiques américaine avant les Jeux de Séoul.

D’ailleurs, le réseau de télévision ESPN a révélé que six des huit participants à la finale du 100 mètres des Jeux de 1988 ont été mêlés à des histoires de dopage.

Il est clair qu’on ne devrait pas encourager la consommation de stéroïdes ou toutes autres drogues. Et Ben Johnson est responsable de ses actes

Néanmoins, dans le milieu de l’athlétisme, c’était une lapalissade que de dire que Johnson se dopait et que le Canada fermait les yeux.

Nous voulions qu’il batte le record du monde à chaque compétition, mais lorsqu’il se salit dans « la course la plus sale de l’histoire des JO », nous nous en lavons les mains, de peur qu’il entache notre drapeau national.

Et ainsi va notre hypocrisie…

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