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Ce que signifie la victoire de Shirley Dorismond pour la communauté noire et le Parti libéral


En franchissant la ligne d’arrivée de l’élection partielle dans Marie-Victorin avec 35 % des suffrages, Shirley Dorismond, la nouvelle trouvaille du premier ministre François Legault, a fait tomber la forteresse péquiste. Bien que cette victoire ait été accueillie dans l’indifférence par la communauté noire, certaines questions doivent être prises en compte.

Par exemple, chaque membre de la communauté noire, qui est composée de 320 000 personnes, devrait reprendre la célèbre phrase de Janet Jackson en demandant au Parti libéral du Québec : « What have you done for me lately ? ».

Une loyauté aveugle

En effet, qu’est-ce que le Parti libéral a récemment fait ou même déjà réalisé pour la communauté noire, qui, bon an, mal an, depuis les années 1970, vote massivement libéral ?

Pourquoi le PLQ ne choisit-il pas plus de candidats noirs pour représenter le parti ?

Dans la vie, il est souvent dit que lorsqu’on fait une bonne action, on ne doit s’attendre à rien en retour. En d’autres termes, donner sans rien attendre en retour. Donner non par devoir, mais en étant mû par l’idée que celui qui donne est toujours plus riche que celui qui reçoit.

Ainsi la question demeure de savoir ce que les libéraux font pour les Haïtiens, les Guinéens, les Sénégalais et tant d’autres qui ont la lettre L du mot Libéral tatouée sur leur cœur.

Sauf qu’en politique, cette qualité humaine ne s’applique pas.

Loin de moi l’idée de vous vendre le rêve caquiste, il est toutefois difficile d’analyser la consécration de Mme Dorismond, qui devient la 76e députée de l’équipe parlementaire de François Legault, sans établir une comparaison entre le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec.

La stratégie politique de Legault

Et il est encore plus difficile de comprendre pourquoi le premier ministre se travestit en champion de la diversité culturelle en comptant cinq élus noirs dans ses rangs, alors qu’il sombre dans le déni en ce qui concerne la présence du racisme systémique au Québec.

Encore la semaine dernière, il a fallu que des pressions médiatiques soient mises sur son gouvernement pour que Haïti soit ajoutée à la liste des pays admissibles à un nouveau programme de recrutement d’infirmières à l’étranger.

Cinq députés noirs, dont deux ministres dans un parti politique, c’est du jamais vu dans l’histoire du Québec et même dans celle du Canada.

Assisterait-on à une représentation illusionniste de M. Legault, où il tente de camoufler les problèmes qui préoccupent la communauté noire ?

Autrement dit, essaie-t-il de nous faire oublier la question du racisme systémique et le phénomène de profilage racial, qui enlaidit la Belle Province ?

Allez savoir !

En politique, rien n’est impensable.

Dans son essai intitulé De la politique pure, paru dans les années 1950, l’écrivain français Bertrand de Jouvenel soutient qu’on ne saurait comprendre les mécanismes réels de la politique sans faire l’effort de les décomposer en leurs particules élémentaires.

Selon lui, l’acte de base de toute politique est celui qui consiste à instiguer, c’est-à-dire faire agir autrui et voir cette capacité reconnue par des tiers.

Pour de Jouvenel, quiconque souhaite exister en politique doit remplir ces conditions.

De ce fait, il est sage de convenir que la mairesse Valérie Plante, qui a souvent été la cible de mes critiques, a compris ce principe politique lorsqu’elle a affiché 14 candidats noirs, dont quatre à la mairie d’un arrondissement, aux dernières élections municipales.

Balarama Holness avec ses 11 candidats noirs a également été l’instigateur de la transformation démographique des candidats aux élections municipales 2021.

Ainsi la question demeure de savoir ce que les libéraux font pour les Haïtiens, les Guinéens, les Sénégalais et tant d’autres qui ont la lettre L du mot Libéral tatouée sur leur cœur.

Plusieurs membres de la communauté noire se souviennent de la gestion malhonnête du dossier de l’industrie du taxi par le Parti libéral du Québec, en 2017, mais peu osent exprimer publiquement leur mécontentement.

Une négligence inacceptable

Pour mieux problématiser la relation complexe et ambigüe existant entre la communauté noire et le PLQ, revenons à Janet Jackson et sa chanson What Have You Done For me Lately ?.

Dans ce grand succès des années 1980, Janet se plaint de son petit ami, qui, au début de leur relation, la traitait comme une princesse.

Cette histoire d’amour avait bien commencé, cependant, avec le temps, leur royaume s’est transformé en lieu de platitude. La chanteuse pop est de plus en plus négligée : plus de sorties au cinéma, les soirées au restaurant sont devenues rarissimes et le romantisme n’est plus à l’honneur.

D’après les paroles de la chanson, le petit ami de Janet se permet cette hardiesse excessive parce qu’il sait qu’elle l’aime de tout son cœur. Dans le langage courant, on dira que Janet Jackson a été tenue pour acquise.

Cette histoire est monnaie courante dans notre société, et j’ai emprunté la voie de la musique afin de brosser un portrait réel de ces politiciens qui chantent sans cesse la même chanson : « Renmen moun ki renmenw ».

Donc, je persiste et signe : pendant de nombreuses années, les libéraux ont négligé et tenu pour acquise la communauté noire.

Plusieurs membres de la communauté haïtienne se souviennent de la gestion malhonnête du dossier de l’industrie du taxi par le Parti libéral du Québec, en 2017, mais peu osent exprimer publiquement leur mécontentement.

Pour des raisons sentimentales, on garde le silence.

Or, dans le dossier relatif au projet de la loi 96, qui sème la controverse depuis quelques jours, Dominique Anglade, la cheffe du PLQ, tente l’impossible pour diminuer la puissance de ce projet de loi qui est fortement armé pour la protection du français.

Des militants anglophones mécontents du rôle du Parti libéral dans ce séisme politique menacent de créer un parti politique à temps pour les prochaines élections.

Voilà !

En point de presse, au début du mois d’avril, Mme Anglade, sentant la soupe chaude, a déclaré qu’elle constate à quel point cette mesure n’est pas applicable.

Et elle a reconnu que son parti n’avait pas consulté les anglophones avant de proposer que les anglophones suivent trois cours enseignés en français au cégep.

Très bien.

Je n’ai aucun problème à ce que la cheffe du Parti libéral trouve des solutions permettant de répondre aux inquiétudes de ses électeurs anglophones.

Cependant, la question qui se pose est la suivante : le PLQ a-t-il pris soin de consulter les Haïtiens lorsque l’industrie du taxi, qui est une composante très importante de la communauté haïtienne, était en danger ?

Je réponds non.

Et je répète que la communauté noire est tenue pour acquise par les libéraux.

Je salue le dévouement admirable et l’implication du député Frantz Benjamin dans la communauté noire, mais il ne peut combler les lacunes tout seul.

À l’instar des militants anglophones qui menacent le PLQ, la communauté noire doit s’imposer pour se faire respecter.

Le bulletin de vote est comme l’argent. On ne le gaspille pas inutilement. Lorsqu’on n’est pas satisfait des candidats, on garde le bulletin dans la poche.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

5 Commentaires

  1. Le Parti libéral a toujours défendu toutes les minorités québécoises. A un point tel qu’une forte proportion des Québécois dit de souche le considèrent comme le font les médias Québécor, c’est-à-dire le parti des anglophones et des immigrants. Le gouvernement Couillard se dirigeait vers une réélection aisée jusqu’au jour qu’il a considéré mettre sur pied une commission d’enquête sur le racisme systémique. Québécor médias lui a tombé dessus avec férocité. On connaît la suite.

    La tâche de Mme Anglande et son parti était très difficile, voire impossible. Il leur fallait reconquérir la confiance des Québécois en région, tout en maintenant leurs appuis à Montréal. Cela n’a pas fonctionné et il est possible que le Parti libéral ne s’en remette jamais.

    Je trouverais très dommage, pour ne pas dire ingrat, que le Parti libéral soit sévèrement critiqué par ceux pour lesquels il s’est mis à dos l’électorat francophone de souche, entraînant sa possible disparition.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Bonjour Luc ! Cher ami, sache que le Parti libéral a plutôt défendu les intérêts des Blancs anglophones ou même des allophones, pas forcément de la communauté haïtienne. Dans l’histoire du Québec, le PQ a fait beaucoup plus pour les Haïtiens. Un de ces jours j’écrirai un texte sur ce sujet.

      En passant, Luc, j’ai écrit un petit mot sur Guy Lafleur, et j’ai pensé à toi, du fait que Lafleur a déjà pris le temps de suivre un de tes matchs quand tu étais petit. Je crois qu’il devait jouer un peu après ton match.

      C’était mon idole, mon jour préféré.

      https://selonwalter.com/au-revoir-guy-lafleur/

      • Bonjour Walter. Comme tu as écrit dans ta réponse à M. Bain, c’est le PQ première mouture qui a fait preuve d’ouverture envers les Haïtiens québécois. Ce n’était pas désintéressé, mais soyons bon prince.

        J’ai toujours souhaité que le Parti libéral considère mette tous les Québécois sur un pied d’égalité. Je ne crois pas que le parti ait favorisé les anglophones blancs par rapport au reste de la population. C’est une différence majeure avec la CAQ qui fait tout pour que les francophones dits de souche sentent que ce gouvernement leur est entièrement dévoué, s’il le faut au détriment des autres Québécois. Et ca pogne.

  2. Pierre-Roland BAIN Répondre

    Bonjour M. Innocent Jr,

    Félicitations pour votre article. Vous avez bien fait de toucher cette question de droit acquis du Parti Libéral sur la communauté noire du Québec.

    Cependant, au cours de cette dernière élection dite partielle dans le comté de Marie Victorin, de façon concrète, la communauté noire ne faisait pas uniquement face au Parti Libéral qui lui prend encore pour acquis mais aussi au <> qui détenait le comté presque sans interruption depuis environ 40 ans ans.

    Dans ce feuilleton, ce qu’on doit retenir et comprendre c’est la vraie, la longue, l’embarrassante et l’informelle question que la communauté noire devait répondre, à savoir:
    Doit-on soutenir un château fort du P.Q qui n’a aucun projet de développement économique pour le comté depuis la construction de l’Hopital Pierre-Boucher qui date du temps de René Levesque, maintenir à tout prix une fidélité au Parti Libéral ou voter malgré tout pour une compatriote qui lui paraît ne pas être sûre d’elle, en plus d’être dans un parti qui refuse de reconnaître l’une des principales revendications de sa communauté, à savoir la reconnaissance du racisme systématique par l’État québécois?

    Finalement la CAQ a piégé tout le monde, incluant madame Sherley Dorismond. C’est pourquoi que le député Frantz Benjamin a eu tort de tirer à boulet rouge sur cette dernière dans le dossier des infirmières.ères qui seront recrutés.es à l’étranger . À cette étape, Frantz Benjamin, peut être considéré comme un aîné en politique, il doit une certaine solidarité pour ne pas dire une protection à mme Sherley Dorismond, même lorsqu’ils sont dans des partis opposés. Autrement, ils travailleront à leur perte ou au détriment de la communauté noire.

    L’attitude de mme Dorismond, la responsabilité que lui confiera le gouvernement Legault, et la prochaine élection dans Marie Victorin nous dira si tout cela n’était qu’un feu de paille. À suivre.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup pour les bons mots, Pierre-Roland. Vous avez soulevé de très bons points, camarade. Personnellement, quand je pense au Part québécois, je pense à René Lévesque, Gérald Godin et Dr Camille Laurin, des péquistes qui étaient de vrais alliés de la communauté haïtienne. Les temps ont changé. Depuis la dérive de Jacques Parizeau, beaucoup d’Haïtiens qui embrassaient le mouvement séparatiste ont été frefroidis.

      Et, oui, M. Legault semble avoir tendu un piège. Un piège tendu à qui ? L’avenir nous le dira peut-être.

      Vous avez participé à la conversation avec beaucoup d’éloquence. Au plaisir d’échanger avec vous de nouveau.

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