Culture

Cher Jackie, un film qui revient sur les combats des Noirs de la Petite-Bourgogne


L’idée est aussi géniale que concluante : dans une lettre écrite à Jackie Robinson, le réalisateur Henri Pardo a utilisé avec adresse et respect le séjour angélique de la légende du baseball à Montréal pour dépeindre la dure réalité des Noirs montréalais, plus particulièrement ceux du quartier la Petite-Bourgogne, dans l’arrondissement du Sud-Ouest.

Ce long métrage documentaire qui sera à l’affiche dès le 17 juin nous ramène dans les années 1940, où Jackie Robinson était bien traité dans le quartier Villeray, contrairement à ses frères et sœurs vivant à la Petite-Bourgogne, la première communauté noire de Montréal, surnommée par les Américains « le Harlem du Nord ».

Au printemps 1946, Jackie Robinson subit le racisme, la discrimination et d’autres calvaires motivés par la haine au camp d’entraînement des Dodgers de Brooklyn, en Floride.

Jackie Robinson

Afin de préparer Robinson au grand saut dans les ligues majeures, l’organisation des Dodgers de Brooklyn l’envoie jouer avec les Royaux de Montréal, le club-école de la formation new-yorkaise.

Grâce à son immense talent, Jackie Robinson ne prend pas de temps pour conquérir le cœur des Montréalais, ce qui, plus tard, poussera la femme de Robinson à qualifier Montréal de « ville de bonheur » dans les médias américains.

Or, dans le documentaire d’Henri Pardo, tourné en noir et blanc, la réalité des Afro-Canadiens de la Petite-Bourgogne était tout autre à cette époque.

Une grande majorité des hommes de la communauté noire étaient employés comme porteurs de train et travaillaient 18 heures par jour, faisant régulièrement face à de fausses allégations d’agression sexuelle.

Ils s’appelaient tous « George », dit Pardo, qui assure la narration du film.

On apprend également que dans les années 1960 et 1970, une grande partie de la Petite-Bourgogne a été démolie pour la construction d’un nouvel axe routier est-ouest (l’autoroute Ville-Marie), et plus de 5 000 citoyens ont été expropriés.

Au début des années 1990, le profilage racial et les abus policiers font rage dans le quartier qui a vu naître les pianistes Oscar Peterson et Oliver Jones.

Des policiers surnommés « Batman » et « Robin » font la vie dure aux jeunes Noirs, pénétrant illégalement dans les maisons des familles noires du quartier : le film nous montre des images de CBC où ces policiers aux méthodes douteuses se font passer pour des livreurs de pizza afin de commettre leur délit.

Malgré la douleur recensée dans les témoignages des citoyens de la Petite-Bourgogne tout au long du film, on sent chez eux cet amour de soi, cet esprit de solidarité et cette résilience.

Les gens interviewés ont donné beaucoup de crédibilité au documentaire, parmi lesquels on retrouve l’ancien athlète et enseignant Ivan Livingstone, qui a été très attachant, l’animatrice de radio Pat Dillon-Moore, la militante Majiza Philipp, l’employée de la banque alimentaire Charlene Hunte, le pompier et activiste David Shelton et tant d’autres.

Et notons la participation de Fo Niemi, co-fondateur du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR).

Je connais un bon nombre des citoyens de la Petite-Bourgogne qui ont été victimes de ces injustices, et je suis bien au fait de quelques tristes événements survenus dans les années 80 et 90. Donc le portrait de ce quartier emblématique brossé par le réalisateur Henri Pardo m’a profondément touché.

Et il est de l’intérêt de tous les Montréalais d’aller voir ce documentaire pour que les choses changent.


Cher Jackie à l’affichage dès le 17 juin 2022, à la Cinémathèque québécoise.

Vendredi, le 17 juin : Cinéma Public 18h00 (version anglaise)- Villeray

Samedi, le 18 juin : Cinéma du Musée 14h00 (version anglaise) – Centre-ville

Dimanche, le 19 juin -> Cinéma Public – 15h30 (version française) – Villeray

Cinéma du Musée – 19h00 (version française) – Centre-Ville


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