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Défaite de Will Prosper à Montréal-Nord : non, ce n’est pas la faute des Noirs


Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures pour trouver la raison pour laquelle le candidat vedette, Will Prosper, n’a pas été élu maire de l’arrondissement de Montréal-Nord. Et il est aussi facile d’expliquer pourquoi les autres candidats de Projet Montréal n’ont pas ravi les sièges de conseil municipal et d’arrondissement de Montréal-Nord.

Non, ce n’est pas la faute des Noirs qui ne sont pas allés voter ni de la controverse entourant Will au mois d’août.

Montréal-Nord et le Parti libéral

Gens de la communauté noire, il est temps que nous cessions de nous autoflageller en affirmant que nous n’en faisons pas assez pour aider nos semblables à être les premiers à franchir la ligne d’arrivée d’une course électorale.

Voyez-vous, dans le monde politique, il existe des « bastions » qui restent fidèles à un parti pendant des décennies, et Montréal-Nord est l’un de ces arrondissements bastions.

Qu’il s’agisse des élections municipales, provinciales ou fédérales, Montréal-Nord est un château fort du Parti libéral, au même titre que Saint-Léonard.

De 1963 jusqu’en 2001, Yves Ryan, le frère de l’ancien chef du Parti libéral du Québec Claude Ryan, a été maire de Montréal-Nord.

38 ans sans interruption.

En 2013, sous la bannière d’Équipe Coderre pour Montréal, Gilles Deguire, un ancien attaché politique de l’ancienne ministre Line Beauchamp du Parti libéral du Québec, est élu maire d’arrondissement de Montréal-Nord.

Certes, Will a mené une très bonne campagne électorale; toutefois, comme tant d’autres, il a dû faire face à des obstacles politiques et sociaux.

Encore les libéraux, dites-vous ?

Et en 2016, Denis Coderre, ancien ministre et député libéral dans Bourassa (Montréal-Nord), remet la clé du « château fort » à Christine Black et celle-ci devient mairesse de Montréal-Nord en battant Kerlande Mibel, une candidate noire de Projet Montréal.

Et en 2017, elle est réélue face à nul autre que Balarama Holness, qui représentait Projet Montréal.

Bref, Will a fait face à la puissante machine du Parti libéral, qui ne se gêne pas pour se mêler des affaires municipales de Montréal-Nord.

Un autre point qu’il convient de souligner est que les Noirs représentent 53 % des 32 % des personnes qui font partie des minorités visibles de Montréal-Nord, et non 30 % de la population nord-montréalaise, comme certains veulent nous le faire croire.

Faites le calcul et vous comprendrez que les mathématiques sont étroitement liées à la politique.

Ainsi donc, pour se faire élire, le documentariste Will Prosper avait besoin beaucoup plus que le « vote noir ». Il devait compter sur la collaboration des Italiens, des Arabes, des Asiatiques, des Latinos et, bien sûr, des Québécois dits de souche.

Comme exemple très simplifié, disons que Barack Obama n’aurait pas été président des États-Unis s’il avait été soutenu uniquement par les Noirs, qui ne représentent que 12,6 % de la population américaine.

Dans le cas de Will Prosper, il jouit d’une grande popularité auprès des Nord-Montréalais et connaît son coin de pays comme le fond de sa poche, alors qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?

Grâce à ses grands talents d’orateur, Obama a pu séduire les Américains et battre John McCain à la présidentielle de 2008.

Devant la difficulté de dire l’indicible et de décrire l’Indescriptible, peut-on parler de phénomène, ou du moins de l’effet Bradley ?

En 1982, l’Afro-Américain Tom Bradley menait largement dans les sondages en vue de l’élection au poste de gouverneur de la Californie. Or, le jour de l’élection, la grande majorité des gens sondés votent pour son opposant blanc.

Bon, je ne conclus pas que Will a connu un sort similaire à celui de Tom Bradley, cependant il y a lieu de se poser la question suivante :

Où sont donc passés les Nord-Montréalais qui devaient aller en « guerre » avec Will Prosper ?

Le nouveau visage de Montréal

Lorsque je parlais de changement à Montréal-Nord dans mes textes précédents, je faisais allusion à un changement de mentalité, à l’ouverture d’esprit des électeurs.

Certes, Will a mené une très bonne campagne électorale ; toutefois, tout comme tant d’autres, il a dû faire face à des obstacles politiques et sociaux.

Combien de candidats noirs des 34 que j’avais répertoriés ont été élus ?

Au moment de rédiger ces lignes, j’ai constaté la victoire de Dominique Ollivier au conseil municipal du Vieux-Rosemont et de Gracia Kasoki Katahwa à la mairie de Côte-des-neiges-Notre-Dame-de-Grâce, mais aussi à la défaite à la mairie de Kettly Beauregard à Anjou, de Nerlande Gaétan à Saint-Léonard, et de plusieurs autres.

Dominique Ollibier, première femme noire à la présidence du comité exécutif

Sans vouloir se lamenter sur notre « faible poids politique », il faut croire que ces candidats noirs ne font pas partie du club élitaire des partis politiques, et que les bastions de ces derniers sont réservés aux candidats privilégiés.

Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, voyons le bon côté des choses en nous réjouissant de la victoire de Joubert Simon à Repentigny, de Daphney Colin à Pointe aux Prairies, de Josue Corvil à Saint-Michel, de Carla Pierre-Paul à Saint-Jérôme et de Jocelyne Frederic-Gauthier à Auteuil.

Et notons que les efforts de l’Haïtiano-Québécois Guedwige Bernier, le président de Projet Montréal, sont louables et ne doivent pas passer inaperçus.

Aujourd’hui, quand Montréal se regardera dans le miroir, il constatera qu’il a changé depuis 2017.

Il reconnaîtra qu’il n’est plus aussi blanc, qu’il a pris de la couleur, car les élus municipaux issus de la communauté noire lui ont amené ce soleil dont il avait besoin.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

3 Commentaires

  1. Junior Philippe Notus Répondre

    Les élections ne se gagnent pas a coup de bon sentiment. C’est d’abord une compétition qui s’inscrit dans la tradition des enjeux du système capitaliste où l’argent joue un rôle prépondérant. Ajouter à cela, la grande illusion à été de croire dans le vote communautaire plus précisément, le vote des noirs comme un critère qui aurait permis à Will prosper de gagner la municipalité de mlt nord. La cartographie électorale prouve au delà de toute doute que les jeunes de la communauté ne votent pratiquement pas et que les enjeux citoyens ne les intéressent nullement. Ceci étant dit la tranche d’âge et le profil des électeurs à mtl nord a voter à travers le prisme de leur discrimination.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Junior Philippe, tu as émis un commentaire rempli de lucidité. Les organisateurs politiques devront comprendre que la jeunesse s’intéresse peu à la politique. Soit on les éduque, soit on se concentre sur ceux qui veulent voter.

      Will se relèvera et continuera de mener d’autres batailles.

      Merci pour ce commentaire pertinent et à bientôt, camarade.

  2. Bonjour Walter. Excellent et juste exposé de l’élection à la mairie de Montréal-Nord qui illustre bien le défi gigantesque pour M. Prosper, cela sans compter la tentative d’assassinat politique menée par les médias Québécor. Ils ont sorti l’artillerie lourde et auraient continué jusqu’au 7 novembre si l’histoire (bien pire à mon avis) du candidat du Bloc au fédéral n’avait pas été divulguée, évidemment par d’autres médias que ceux de Québécor.

    Il est bien que Gracia Kasoki Katahwa ait remporté la mairie dans mon arrondissement. Lionel Perez était aussi un bon candidat. J’ai toutefois voté pour Sue Montgomery. Elle a eu mon appui, car elle et sa directrice de cabinet Annalisa Harris avaient été fort injustement traitées par l’administration Plante. Mme Montgomery a été courageusement loyale envers sa directrice et cela lui a coûté son poste.

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