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Demandeurs D’asile : Le Parti Libéral et sa Dette Envers Les Haïtiens


Alors que le nombre de migrants ne cesse d’augmenter, les Haïtiens de Montréal se mobilisent et unissent leurs forces pour bien accueillir les réfugiés.

La communauté haïtienne peut être fière de sa solidarité : de la nourriture et des vêtements ont été distribués, et certaines personnes ont même accueilli des demandeurs d’asile à leur maison familiale. Une preuve tangible que l’union est bel et bien la force des Haïtiens.

Cependant, l’aide ultime que devraient recevoir ces réfugiés, c’est une pression faite sur le gouvernement Trudeau.

Je m’explique!

Dans la vie, il est souvent dit que lorsqu’on fait une bonne action, on ne doit pas s’attendre à rien en retour. Pour être plus clair, donner sans rien attendre en retour. L’une des valeurs humaines véhiculées par l’Église que les Haïtiens ont si bien adoptée.

Sauf qu’en politique, cette qualité humaine ne s’applique pas. Elle n’existe point.

Un électeur vote pour le candidat qui est le plus apte à lui venir en aide au moment opportun. C’est plutôt un rapport de « je t’aide et tu m’aides » entre un parti politique et un électeur.

Or, souvent, je me demande si nous, les Haïtiens, avons une compréhension de ce « deal » du monde politique.

Les Haïtiens et leur attachement au PLC

Bon an, mal an, les Haïtiens votent massivement libéral. De Trudeau père à Trudeau fils, au niveau fédéral, de Robert Bourassa à Philippe Couillard, aux élections générales québécoises, la lettre L du mot Libéral est tatouée sur le coeur des Haïtianos-Québécois, et le rouge est l’unique couleur qu’ils perçoivent lorsqu’il y a campagne électorale.

Pierre Elliott Trudeau, ancien premier ministre adulé par les Haïtiens

Petit, quand je suivais le déroulement des élections fédérales et provinciales à la télé, je souhaitais la victoire des libéraux sur leurs opposants, tout comme j’espérais voir le Canadien de Montréal battre les Nordiques de Québec. La domination du Rouge, quoi…

Et lorsque je sonde la préférence politique de mes nièces et neveux, le Parti libéral s’avère l’heureux élu.

Comme vous le voyez, cette loyauté aveugle se transmet de génération en génération.

Vous en conviendrez donc qu’il est grand temps que le Parti libéral du Canada acquitte ses dettes politiques envers une communauté qui l’a toujours soutenu.

La situation actuelle n’est-elle pas le moment idéal pour le faire?

L’invitation trompeuse de Justin Trudeau

D’ailleurs, M. Trudeau n’a-t-il pas lui-même parti le bal en invitant les immigrants qui sont en difficulté à cause des politiques de Donald Trump à venir au Canada?

À moins que les migrants haïtiens ne figuraient pas sur la liste des invités.

Loin de moi l’idée de biologiser cette affaire, mais il y a tout de même lieu de se poser des questions.

Quelle serait la réaction populaire si 5 000 Américains caucasiens, sans passeport, fuyant le régime ploutocrate de Trump, prenaient les mêmes chemins que les migrants haïtiens?

Qui sait, peut-être qu’on leur décernerait une médaille d’honneur pour leur courage, et sans aucun doute, ils seraient les VIP du bal de Justin Trudeau.

Les Haïtiens sont-ils les grands négligés?

Je crois pertinemment que les Haïtiens devraient faire partie de ces réfugiés que j’appelle privilégiés.

Le pourquoi? « Because it’s 2017 », cher premier ministre.

Et Albert Camus n’a-t-il pas dit que « la démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais bien la protection de la minorité » ?

Or, deux semaines après leur arrivée en sol canadien, les réfugiés haïtiens n’ont toujours pas de  »selfie » premier-ministériel.

Pas de tapis rouge déroulé par le parti qui fait voir tout rouge aux Haïtianos-Québécois aux élections non plus.

Le premier ministre Justin Trudeau prenant des selfie avec des réfugiés syriens

Accompagnés de leurs enfants, ils attendent et espèrent. Leur rassemblement au Stade Olympique pourrait indiquer la cérémonie d’ouverture des Jeux de Montréal, mais malheureusement, les enfants ne participent aux Olympiades. Normalement, ils jouent dans la cour d’école et à la garderie.

Il s’agit plutôt d’un jeu politique dont seuls M. Trudeau et ses conseillers connaissent les règles et l’issue.

L’unicité des Haïtiens

Il y a quelques jours, Telson, un ami de longue date, avec sa sagesse socratique, disait: « Ce qui est impossible ailleurs est possible en Haïti ». J’avoue que l’unicité de ce pays donne raison à cet ami. Mais il importe également de mentionner que ce qui est accordé aux autres est refusé aux Haïtiens.

Par exemple, durant les années 80, les Cubains boat people sont reçus à bras ouverts par les autorités américaines, alors que les Haïtiens qui tentaient d’accéder au rêve américain par bateau étaient refoulés.

Aujourd’hui, cette histoire semble se répéter.

Des boat people haïtiens qui seront refoulés par les autorités américaines

Lorsqu’on regarde à la télé les conditions de vie indignes des réfugiés au Stade Olympique, on ne peut cacher notre sentiment de tristesse. Des questionnements nous tourmentent.

L’Haïtien erre sans connaître sa destination…

Une nation qui a été la première à abolir l’esclavage mérite d’être traitée avec dignité.

Un peuple qui, continuellement, s’illustre par sa bravoure doit être loué, et non humilié.

Les fils et les filles du premier pays libre de ce continent méritent beaucoup plus que des tentes et des toilettes mobiles. Ils méritent l’obtention de la clé des portes de la liberté de l’Amérique que leurs ancêtres ont ouvertes.

Quand la méchanceté épouse l’ignorance

Dans les médias, des animateurs qui n’ont rien à dire nagent dans la médisance. Visiblement, l’ignorance agrandit le vide de leur esprit.

Tel est le cas de ceux qui soulignent le caractère illégal des nouveaux arrivés.

N’est-il pas fascinant de constater que ceux-là mêmes ne mentionnent pas que Christophe Colomb, le plus célèbre des immigrants illégaux, est honoré par une rue de Montréal qui porte son nom?

Christophe Colomb, assassin et immigrant illégal

Finalement, j’exprime ma profonde inquiétude quant à l’incertitude qui règne dans le dossier des demandeurs d’asile. Une inquiétude que partagent également les autres membres de la commmunauté haïtienne.

Au moment où j’écris ce texte, on apprend que des militants d’extrème-droite se mobilisent contre la présence des réfugiés et que le Premier ministre n’est plus l’ombre de lui-même : il perd la parole, ne fait plus de selfie et évite Montréal, la ville natale de son père.

« Ottawa,m we have a probem ! ».


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7 Commentaires

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup Esther! Si cet article t’a enrichie, tant mieux. De mon côté, ton appréciation me motive. À la prochaine, chère amie!

      • Félicitations pour la justesse et le choix des mots qui relatent admirablement bien la situation.

        • Walter Innocent Jr Répondre

          Merci beaucoup Mafcool! Cette situation, les Haïtiens la vivent trop souvent. Espérons un avenir meilleur. À bientôt, camarade.

  1. Reginald st hilaire Répondre

    Je viens de découvrir et lire tout tes articles. J’aime beaucoup. Une voix de ma génération, des préoccupations partagées. Continue Walter…

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Ah, cher Réginald, je suis content que tu aies fait un survol de mes écrits! Ton appréciation m’encourage à continuer de partager avec vous, les lecteurs, les hauts et les bas de la société haïtienne. Merci pour le compliment, compatriote de ma génération. À bientôt.

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