Femme noire

Dominique Anglade serait-elle l’Obama du Québec?

En déclarant que les Québécois « sont absolument prêts à élire une femme noire », le mois dernier, Dominique Anglade a joué la carte de l’optimisme en s’inspirant du « Yes we can » – Oui nous le pouvons – de Barack Obama en 2008. Bien que la réalité du Québec soit différente de celle des États-Unis, il est toujours bon d’analyser ce qui a fonctionné ailleurs.

Chers lecteurs, si vous me le permettez, je profiterai de cette « période calme » pour faire un retour sur les épisodes tempétueux de Dominique Anglade et du Parti libéral du Québec, afin de vous donner une analyse juste et lucide de la situation.

Et j’aimerais aussi vous parler un peu d’un certain Barack Obama.

Un parcours difficile

Oui, je sais, amis de la Communauté, vous aimez bien « votre premier président noir », et il ne peut y avoir qu’un seul Obama. Nous nous entendons bien sur ce point.

Cependant, il est difficile de ne pas penser au premier président noir des États-Unis lorsqu’on évalue les chances de réussite de la députée d’origine haïtienne dans la course au leadership du PLQ et dans d’éventuelles élections provinciales.

Car, et c’est un truisme, avant 2007, peu de gens des communautés noires croyaient un jour voir un des leurs accéder à la plus haute fonction de l’Exécutif américain.

Ce « québéco-pessimisme » s’est malheureusement propagé dans certains médias, où le sens des propos de la députée de Saint-Henri-Saint-Anne a été détourné.

Le charismatique Barack Obama

D’ailleurs, à l’élection d’Obama, symbole d’espoir et de changement, plusieurs Afro-Américains ont versé des larmes de joie en pensant aux obstacles que leurs ancêtres et eux-mêmes avaient dû surmonter dans une Amérique raciste et ségrégationniste.

L’hypocrisie des membres du PLQ

Or, en 2019, soit 11 ans après cette victoire historique qui devait changer les mentalités, qui aurait cru que, par une litanie de raisons, les membres du PLQ décideraient de dresser des obstacles sur le chemin d’une candidate noire à la direction du parti, ne croyant pas que son parcours puisse être aussi triomphant que celui d’Obama?

Certainement pas Mme Anglade et bon nombre d’autres Noirs du Québec, qui ont clairement été galvanisés par la « Révolution Obama ».

De ce fait, je saisis cette opportunité pour souligner l’incohérence du Parti libéral du Québec qui, en quelque sorte, admet la présence du racisme dans la province, mais a tout de même rejeté l’idée d’une commission sur le racisme systémique.

Quelle hypocrisie!

Ce « québéco-pessimisme » s’est malheureusement propagé dans certains médias, où le sens des propos de la députée de Saint-Henri-Saint-Anne a été détourné.

Le député libéral Greg Kelley et Dominique Anglade

À vrai dire, il était prévisible que la biologisation et la négrification se mêlent à la course au leadership du Parti libéral du Québec. Car, voyez-vous, malgré son teint particulièrement pâle et ses yeux pers, les gens savent bien que l’ancienne ministre de l’Économie n’est pas une « Tremblay » ou une « Gagnon ».

S’agit-il vraiment de la négritude?

Selon certains commentateurs politiques, Dominique Anglade s’est prise pour Aimé Césaire en répondant positivement à des journalistes qui doutaient de l’ouverture des « Gens du Pays » à élire une femme noire pour diriger le Québec. On lui reproche indûment d’avoir affiché sa « négritude » plutôt que de mettre ses idées en valeur.

Bon, disons que je croyais qu’il nécessitait beaucoup plus que ces petits mots rassurants – « les Québécois sont absolument prêts à élire une femme noire » – de Dominique Anglade pour que l’on puisse évoquer la pensée Négritude. Cette formule s’avère si vaste et complexe que même Aimé Césaire et Léopold Senghor, qui en sont les pères fondateurs, ont souvent eu de la difficulté à la définir.

À vrai dire, il était prévisible que la biologisation et la négrification se mêlent à la course au leadership du Parti libéral du Québec. Car, voyez-vous, malgré son teint particulièrement pâle et ses yeux pers, les gens savent bien que l’ancienne ministre de l’Économie n’est pas une « Tremblay » ou une « Gagnon ».

D’ailleurs, elle n’a jamais renié son africanité et son haïtiannité, tout comme elle a toujours embrassé sa québécité.

Or, la question se pose à nouveau : les journalistes ont-ils bien fait de lui avoir demandé si le Québec était prêt pour une première ministre noire?

Quand je fais une rétrospective sur la politique provinciale, et que je constate que l’homosexualité d’André Boisclair, ancien chef du Parti québécois, est passée inaperçue dans la campagne électorale de 2007, alors qu’on questionne la couleur de peau de Mme Anglade, je monte aux barricades pour défendre celle-ci.

L’ancien chef du Parti québécois André Boisclair

Mais je redescends vite sur terre en tenant compte de la réalité québécoise, où le profilage racial, le « petit frère » du racisme, est le sujet de l’heure.

Donc, oui, la question des journalistes était bel et bien pertinente.

Et si Mme Anglade voulait aborder le sujet de la couleur de peau de son plein gré, quel serait le problème? Voudrait-on qu’elle soit un fantôme, c’est-à-dire ne pas exister le temps de la course au leadership?

N’ y a-t-il pas réellement un problème de couleur de peau et de différences culturelles dans la société québécoise?

Le pouvoir des mots d’Obama

Cela me fait penser à certains hommes d’affaires haïtiens, notamment des restaurateurs qui préfèrent rester à l’écart pour ne pas choquer leur clientèle.

Quelle tristesse!

Dominique Anglade et ses parents

Et le peuple québécois, « ces bonnes Gens du Pays », a toujours préféré voir la vie en rose dans la cohabitation entre les Noirs et les Blancs. Tristement, dans le « pays » du regretté René Lévesque, on a toujours repoussé aux calendes grecques la question raciale.

C’est donc à ce déni collectif que se heurte aujourd’hui Dominique Anglade.

Que peut-elle faire pour remédier à la situation?

Cette question nous ramène sans aucun doute à Barack Obama, qui lui aussi a dû faire face à l’ethnicisation de sa campagne électorale par des gens de mauvaise foi.

Le 18 mars 2008, à Philadelphie, celui qui a logé à la Maison Blanche pendant huit années a réussi à déminer la question raciale grâce à un discours portant sur l’iniquité raciale, la réconciliation et son parcours difficile en tant que fils d’un père noir et d’une mère blanche.

D’après les historiens, ce discours, que l’on appelle couramment « Le discours de Philadelphie », a été l’élément clé de l’élection d’Obama.

La morale de l’histoire : que chacun et chacune voie et respecte la couleur de peau de l’autre.

Et que parler de ses origines n’est nullement une forme de victimisation, mais bien une dialectique nous permettant de comprendre la convivialité et le vivre-ensemble.

Pour conclure, chers amis, en introduisant Obama dans le débat, je n’essaie surtout pas d’importer le « rêve américain » dans la Belle Province.

Cependant, pour paraphraser le défunt père de Dominique Anglade, malgré le racisme qui s’est installé dans notre société, nous avons le devoir de bâtir des quotidiens qui ressemblent à nos rêves…


Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire au bas du texte. Merci.

3 Commentaires

  1. Bonjour Walter.

    Vraiment, depuis un certain temps, tu me fais grincer des dents.

    Le Parti libéral et Québec solidaire sont de très loin les deux partis les plus respectueux des minorités, de toutes les minorités. C’est d’ailleurs LA raison pourquoi un grand nombre de Québécois ne veulent rien savoir de ces partis.

    Tu qualifies d’hypocrite le Parti libéral pour avoir reculé sur la commission d’enquête sur le racisme systémique. Avant que cette commission ne soit évoquée, les libéraux étaient assez confortablement en avance dans les sondages, grâce surtout à leur très bonne performance économique.

    Mais le seul fait de prétendre l’existence de Québécois racistes ou à tout le moins xénophobes était assez pour s’aliéner tous les médias démagogues québécois, y compris l’ensemble des médias Québécor.

    Le Parti libéral a été étiqueté anti Québécois de souche ou le parti des minorités. A partir de ce moment, la CAQ a pris les devants dans les sondages. On peut comprendre le Parti libéral d’avoir reculé.

    S’il y a quelque chose qui différencie beaucoup les Américains des Québécois est que les premiers sont beaucoup plus conscients du $ lors de leurs choix politiques. Cette différence me stupéfie.

    Nous passons la majeure partie de notre vie adulte à gagner des sous, à les dépenser et finalement à gérer nos dettes ou nos économies. Pourtant, au moment de voter, plusieurs oublient totalement cela. Ainsi, ils jugeront plus important d’interdire d’enseigner à quelques musulmanes voilées que de se préoccuper d’une saine gestion financière. Ou encore de voter contre Denis Coderre, malgré son bon travail, parce qu’on aime pas son apparence. C’est ainsi que les Québécois sont devenus indifférents au fait d’être les plus taxés et imposés de toute l’Amérique du Nord.

    Obama est un politicien de grande qualité, mais il ne faut pas oublier qu’en 2008, il a été grandement aidé par le déclenchement de la grave crise financière. Les Américains votent en fonction du $ et ils ont senti que John McCain n’était pas l’homme de la situation pour faire face à la crise. Malgré les très grandes qualités d’Obama, je ne suis pas du tout certain qu’il aurait été élu sans la crise financière.

    Pour revenir, à Mme Anglande, il faut être extraordinairement naïf pour croire que son appartenance à une minorité visible ne soit pas un handicap pour être élue PM. Il est normal que la question soit considérée, sans arrière-pensée.

    Je ne connais presque pas Mme Anglade, mais pour qu’elle soit élue PM, non seulement qu’il lui faudrait être supérieure aux autres chefs, il faudrait qu’elle adopte une attitude 100% caméléon du nationalisme québécois francophone. Du moment qu’elle en divergera, elle sera perçue comme la candidate des minorités par tout ce qui émet une opinion chez Québécor et les francophones de souche, fidèles à leur mentalité de suiveux, la rejetteront en majorité.

  2. Stanley Colimon Répondre

    Encore une fois cher Walter, merci, continuez ce excellent travail. Tellement bien que j’en suis jaloux; bravo.

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