Société

Et si les Noirs du Québec créaient leur « Black Wall Street » ?


En 1921, le quartier prospère de Greenwood à Tulsa, en Oklahoma, abritait l’une des économies noires les plus puissantes de l’histoire des États-Unis. C’était l’épicentre des affaires et de la culture de l’Amérique noire. Cependant, le 1 er juin de cette même année, ce district qui était appelé le « Black Wall Street » a été ravagé par un conflit racial qui restera dans les annales comme l’un des pires massacres d’Afro-Américains.

Afin de souligner le centenaire de cet événement funeste et sensibiliser les gens à l’inégalité économique qui frappe les Afr0-Québécois, permettez-moi de vous relater les faits marquants qui ont mené à cette sombre histoire de terreur et de violence.

Une histoire qui devrait être connue de tous ceux qui doutent de la capacité de réussite collective des Noirs et qui regardent les communautés afro-descendantes sous l’angle du misérabilisme.

La Terre promise

Au début du 20e siècle, Ottawa W. Gurley, un éducateur et entrepreneur qui s’était enrichi grâce à ses biens immobiliers, s’est installé avec son épouse dans la ville de Tulsa, où il a fait l’acquisition de nombreuses terres pour fonder le quartier de Greenwood.

Selon Randy Krehbiel, un écrivain et auteur de Tulsa World, Gurley était si conscient des barrières raciales et systémiques qui sapaient les efforts des Afro-Américains qu’il a pris la décision de vendre ses propriétés uniquement à des membres de sa communauté.

Greenwood possédait même ses propres écoles, son bureau de poste, sa banque et son hôpital; bref, les 11 000 habitants de ce quartier noir, où six familles étaient propriétaires de jet privé, sont passés de gens opprimés à gens autonomes.

Ottawa W. Gurley, le fondateurdu quartier de Greenwood, communément appelé le « Black Wall Street »

Après avoir construit une pension (qui deviendra plus tard le Gurley Hotel) afin d’accueillir les Noirs fuyant la violence raciale du Sud, Ottawa Gurley s’est associé à l’entrepreneur afro-américain J. B. Stradford, un avocat natif du Kentucky.

La collaboration de ces deux hommes d’affaires a permis au « Black Wall Street » de se doter d’entreprises de tapisserie, de textile et de meuble, de deux salles de cinéma, d’hôtels, de boîtes de nuit, de salons funéraires et de bureaux pour médecins, avocats et dentistes.

Greenwood possédait même ses propres écoles, son bureau de poste, sa banque et son hôpital; bref, les 11 000 habitants de ce quartier noir, où six familles étaient propriétaires d’avion, sont passés de gens opprimés à gens autonomes.

Qui l’eût cru qu’en 1906, une quarantaine d’années après la fin de l’esclavage aux États-Unis, un Noir, issu de parents esclaves, créerait un État dans l’État qui le méprisait, le déshumanisait ?

Fait à noter, bien qu’il ait été complice du capitalisme de l’Oncle Sam, il n’en demeure pas moins que ce visionnaire afro-américain se souciait des intérêts collectifs de sa communauté.

D’ailleurs, un mot d’ordre de solidarité avait été lancé à Greenwood : « Veillons les uns sur les autres et soutenons les commerces appartenant aux Noirs ».

Comme exemples de l’esprit fraternel qui régnait dans le quartier, citons A. J. Smitherman, le fondateur du journal afro-américain le Tulsa Star, qui intervenait régulièrement dans des actes de lynchage et d’autres types d’abus racistes qui étaient monnaie courante dans l’Oklahoma.

Gurley prêtait de l’argent à d’autres entrepreneurs noirs cherchant à créer leur propre entreprise, car les chances des Afro-Américains d’obtenir un prêt bancaire étaient presque nulles durant la période de Jim Crow.

Et les Noirs qui travaillaient dans des entreprises blanches s’assuraient de venir dépenser leur argent à Greenwood, contribuant ainsi à l’essor économique du quartier.

La jalousie de la population blanche

L’autonomie économique des citoyens de Greenwood a suscité une attention nationale et internationale, poussant les journalistes à surnommer le quartier florissant de « Black Wall Street of America ».

Malheureusement, en mai 1921, la réussite et l’abondance matérielle de Black Wall Street ont éveillé la convoitise et la jalousie de la population blanche, et des émeutiers ont envahi nuitamment les rues du quartier pour commettre des actes de violence inhumaine.

Le motif de cette embuscade était purement « karenique », c’est-à-dire le sempiternel cliché de « la femme blanche qui aurait été violentée par l’homme noir ».

Le 30 mai, Dick Rowland, un adolescent noir, a été faussement accusé d’avoir violé Sarah Page, une jeune opératrice d’ascenseur blanche dans un immeuble commercial.

Le lendemain, plus de 2000 personnes sans aveu, armées jusqu’aux dents, ont pris d’assaut le « Black Wall Street » et fait feu sur hommes, femmes et enfants. Des magasins ont été pillés, et des maisons familiales ont été criblées de balles, puis brûlées.

Certains historiens ont même révélé que des membres de la Garde nationale ont pris part au massacre sanglant, et que des avions ont largué des bombes incendiaires sur Greenwood.

Cet acte terroriste s’est soldé par un lourd bilan humain et matériel : Plus de 300 morts dans la population noire, jusqu’à 1300 bâtiments brûlés, plus de 10 000 personnes, qui vivaient leur rêve afro-américain, se sont retrouvées sans-abri, et aucune condamnation parmi les meurtriers blancs.

Je comprends également qu’un vent de liberté et d’autodétermination souffle sur la jeunesse noire du Québec. La création du Gala Dynastie et l’émergence du groupe Facebook intitulé Black Business Atlas-Building our Community, qui a une population de plus de 49 000 membres, en sont la preuve.

Soutenir les initiatives de la commununauté noire

Or, aujourd’hui, en 2021, un an après la mort de George Floyd, nous constatons que les choses n’ont pas changé, et que nous devons tirer des leçons des pratiques exemplaires mises en œuvre dans le quartier de Greenwood.

Nous devons trouver les raisons pour lesquelles 1$ pouvait rester près d’un an à « Black Wall Street » avant qu’il disparaisse, alors que de nos jours, ce dollar ne passe que six heures dans les communautés noires.

D’un point de vue personnel, le massacre de Tulsa et la longue liste d’injustices raciales commises par les policiers du SPVM m’ont permis de comprendre l’importance de groupes militants tels que Tolérance Zéro et Racisme systémique/Témoignage à travers le temps sur les réseaux sociaux.

Je comprends également qu’un vent de liberté et d’autodétermination souffle sur la jeunesse noire du Québec. La création du Gala Dynastie et l’émergence du groupe Facebook intitulé Black Business Atlas-Building our Community, qui a une population de plus de 49 000 membres, en sont la preuve.

Peu d’organisations québécoises qui sont actives sur les réseaux sociaux peuvent se vanter d’être aussi populaires que le Black Business Atlas.

Avec cette grande famille composée d’Afrodescendants provenant de tous les coins du monde, nous avons le pouvoir et le devoir de bâtir une communauté à l’image du « Black Wall Street ».

Je n’ai jamais été un premier de classe en mathématique, néanmoins j’aimais jouer avec les chiffres autant que je me plaisais à jongler avec les mots pour savoir que si chaque membre du BBA faisait un don de 20 dollars, il y aurait suffisamment de fonds pour soutenir Mamadi Camara et d’autres Noirs qui sont victimes d’injustice dans leurs démarches judiciaires.

Avec un don de 50 dollars, il n’existerait aucune limite à notre potentiel de croissance et au nombre de projets que nous pourrions réaliser.

Pourquoi nous rassembler sous une bannière commune ?

Dans un monde idéal où la coexistence entre Blancs, Noirs et Autochtones se traduirait par une société égalitaire, les organismes communautaires tels que le BCHM, la Maison d’Haïti et le Hoodstock n’auraient peut-être pas vu le jour.

Dans un monde parfait où la femme noire ne serait pas la personne la moins respectée, la moins protégée et la plus négligée, il n’y aurait ni d’Audace au Féminin et ses 9000 membres dans l’univers de Facebook ni de Salon international de la Femme noire.

Malheureusement, nous vivons dans un monde d’injustices, d’inégalités et d’oppressions, où les systèmes sont racistes.

Un monde que nous ne devrions pas vouloir changer, mais dans lequel nous devrions bien prendre notre place qui nous est due, celle d’une communauté forte, prospère et respectée.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

3 Commentaires

  1. Notre force est dans la main qu’on se donne l’un à l’autre. À l’heure actuelle, je suis si heureuse de voir les différentes mains qui viennent au renfort de l’autre dans la communauté. Je suis tout aussi confiante que les nombreuses vitrines, telles que FACE, B.B.A, Natif TV, Groupe 3737, Black Mlt Experience, Vision Utajiri, S.I.F.N, Le Centre Toussaint, pour ne nommer que celles-ci, reflètent les grands changements à venir. Merci Walter pour votre texte.

  2. 100% d’accord avec votre texte. Je crois qu’un Black *Wallstreet* version Québéc est réalisable mais pour cela nous devrons tous mettre de côté nos égos et s’unir afin de mettre sur pied ce chantier énorme.

  3. Tulsa 2021. Quelle épouvantable horreur! Et comme tu as souligné, AUCUNE accusation n’a été portée. De plus, cette horreur a été scandaleusement occultée. Toute l’élite américaine (politique, médias, cinématique …) est fautive.

    Il faut remercier Trump (c’est bien la seule fois) pour avoir si maladroitement remis cette tragédie à l’avant-plan en organisant, Tulsa juin 2020, un rallye qui s’est avéré un spectaculaire fiasco. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai eu connaissance du massacre. Je n’arrivais pas à croire que cela ait pu se produire aux USA, si tard dans leur histoire et que cela ne soit pas plus connu. Tulsa a probablement été le pire en amplitude, mais il y en a eu beaucoup d’autres, en grande majorité victimisant des Afro-Américains.

    ——————–

    Un Black Wall Street dans la région de Montréal? Virtuellement, d’accord. Tu as d’ailleurs montré comment. Physiquement, je crois que c’est impossible. Je ne vois aucun quartier ayant une concentration et une stabilité démographique suffisantes pour le permettre. Cela vaut pour toutes les communautés ethniques. Seul le quartier chinois persiste tant bien que mal, mais pour combien de temps?

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