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Femmes battues : où est le féminisme haïtien?

Alors que l’on s’approche de la date de la Journée internationale des femmes, où la violence conjugale est souvent débattue, une vidéo provenant d’Haïti nous montre que la Terre de Dessalines a du chemin à faire en matière de droits des femmes…

Dans la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, une femme, sans honte et sans retenue, fait l’apologie de la violence faite aux femmes, du machisme et de l’assujetissement de la femme, dans ce qui s’apparente à une entrevue.

D’emblée, ces trois minutes de radotage fait en roue libre nous signalent qu’un bon nombre des filles de Dessalines ne sont pas totalement libres.

D’après cette dame qui, tristement, dirige une organisation des droits des femmes, « une épouse doit constamment être sur le droit chemin, obéir à son époux et ne doit pas commettre l’adultère sous peine d’affreux sévices ».

Visage ensanglanté d’une femme battue

Il ne fait aucun doute que les paroles de cette personne au comportement masochiste sont aussi violentes qu’inhumaines. En fait, pour employer le terme pugilistique et littéraire, c’est un coup en dessous de la ceinture qui fait très mal aux femmes haïtiennes.

Une déloyauté féminine qui nous incite à questionner le rôle qu’occupe le féminisme dans la pensée haïtienne.

L’importance des femmes dans la révolution

Si l’on tient compte du fait que Victoria « Toya » Montou, une femme d’exception, ait été celle qui a enseigné à Jean-Jacques Desalines, le père de la Nation, comment se battre au corps à corps et comment lancer un couteau, l’on peut affirmer que le féminisme haïtien a été un élément clé des événements de 1804.

Et quand on porte un regard sur la contribution de Marie-Claire Heureuse Félicité, de Suzanne « Sanité » Bélair ainsi que de Catherine Flon dans l’armée des indigènes qui a vaincu les colons, on se dit que « derrière la grande histoire d’Haïti, se cachent de belles histoires de féminisme ».

Victoria « Toya » Montou, celle qui a formé Jean-Jacques Dessalines

Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, sans distinction de classe ou de race, la violence conjugale est monnaie courante en Haïti. Et que l’objetisation de la gent féminine est banalisée, voire applaudie dans des chansons de la musique Kompa, par les deux genres.

D’ailleurs, pour mieux examiner la fugacité du féminisme dans la société haïtienne, ajoutons des chiffres aux mots.

Selon une étude financée par plusieurs organismes, dont l’UNICEF et le gouvernement du Canada, 17% des femmes en Haïti trouvent normal qu’un mari batte sa femme.

44% de femmes en rupture d’union sont victimes de violence conjugale. Et seulement 24% d’entre elles recherchent de l’aide.

Ces chiffres sont fortement révélateurs de la domination masculine, dans une société corrompue, où les batteurs de femmes agissent en toute impunité, sans craindre d’être jugés et condamnés, sous le protectorat de la « jalousie ».

Les tribulations judiciaires de Nice Simon, actrice et mairesse de Tabarre, qui a été brutalisée par son conjoint, nous démontrent bien que les femmes d’Haïti sont laissées pour compte.

L’actrice et mairesse Nice Simon, victime de violence conjugale

Comment mettre fin à ce fléau?

En réalité, un redressement de la situation passe par un féminisme prônant la lutte pour l’égalité entre les sexes.

Néanmoins, n’est-il pas sensé de prioriser l’émancipation des femmes haïtiennes ainsi que l’affranchissement de leurs barrières psychologiques plutôt que de viser l’égalitarisme?

Mais bon, pourquoi ne pas rattrapper le temps perdu?

Le féminisme au masculin

Ainsi donc, il est important de savoir qu’en parlant de féminisme, je n’y opère aucune ségrégation : l’égalité des sexes concerne autant les hommes que les femmes.

La violence faite aux femmes ne devrait-elle pas rappeler à tous les hommes qu’ils ont – ou avaient – une mère, dont une femme, qui les a aimés et chéris?

Messieurs, n’est-il pas souhaitable de combattre la discrimination envers les femmes afin que votre soeur ou cousine soit traitée au même titre que leurs collègues de travail masculins?

De plus, il serait illogique et hypocrite de ma part de ne pas m’allier au mouvement féministe, alors que je dénonce le racisme avec acharnement, tel « un rebelle sans pause ».

Pour les adeptes d’entraînement musculaire, veuillez prendre note que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas mesurable dans une salle de musculation, où la testostérone règne en maître.

Non, pas du tout! Il ne s’agit point de force physique.

L’égalité des sexes promeut le traitement égal entre les hommes et les femmes dans tous les domaines, politique, économique, social… Et elle condamne les discriminations basées sur l’appartenance à un sexe ou l’autre.

En d’autres mots, la femme ne peut être battue par le simple fait qu’un mari ou un amant macho pense qu’elle est sa propriété. Sachez que la puissance maritale est perçue comme obsolète dans la plupart des sociétés.

Une marche pour les droits des femmes en Haïti

En conclusion, je ne saurais passer sous silence les efforts déployés par différentes personnalités du mouvement féministe en Haïti.

Elles tentent tant bien que mal de vulgariser la notion du féminisme, mais le message ne semble pas atteindre la population, qui est jeune et envoûtée par des artistes sexistes.

Une population qui préfère participer aux défilés du carnaval plutôt que d’appuyer une marche pour les droits des femmes…


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1 Commentaire

  1. Bonjour Walter.

    A part ce que tu en as écrit, je connais à peu près rien de cette problématique en Haiti. Toutefois, pour avoir connu un certain nombre de Montréalaises d’origine haïtienne, elles ne semblent pas du tout du genre à tolérer la violence physique.

    J’en conclus que la précarité financière en Haiti doit être la raison première de cette situation. En second lieu vient probablement un manque de support des autorités judiciaires et policières.

    Il n’y a pas si longtemps ces deux points étaient aussi déficients au Québec et les femmes battues n’étaient pas rares.

    Bye.

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