Société

Fête nationale : et si Parizeau n’avait pas parlé de l’argent et du vote ethnique ?


C’est une histoire qui date des années 1990, mais à chaque célébration de la Saint-Jean, la fameuse déclaration de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau lors du 2e référendum sur l’indépendance du Québec refait surface, virevoltant dans l’esprit des Québécois d’origine immigrante.

À l’instar du 1er janvier en Haïti, du 4 juillet aux États-Unis et du 5 juillet en Algérie, la date du 24 juin revêt une signification particulière au Québec.

Toutefois, contrairement à ces pays, la Belle Province n’est pas une république, et Jacques Parizeau a imputé l’échec du référendum de 1995 aux Québécois venus d’ailleurs.

Revenons sur cet événement politique pour mieux analyser l’héritage de la déclaration mensongère de l’ancien premier ministre.

Alors que le 20 mai 1980, les Québécois avaient rejeté, dans une proportion de 59,6 % contre 40,4 %, l’idée que la Belle Province devienne un État souverain associé économiquement au reste du Canada, en 1995, seulement 50,58 % ont dit NON à une séparation du Canada.

L’ancien premier ministre Jacques Parizeau lors du référendum de 1995

Le Non a gagné le référendum de 1995 avec une différence de seulement 54 288 voix.

Le taux de participation a été de 93,25 %, et un nombre considérable d’électeurs issus des communautés haïtiennes, maghrébines et sud-américaines ont donné leur appui au camp du Oui.

Or, en dépit du soutien de ces Québécois d’origine immigrante, Jacques Parizeau a choisi de racialiser son discours pour expliquer la défaite du Oui : « C’est vrai qu’on a été battus, au fond, par quoi ? Par l’argent puis des votes ethniques », a lancé M. Parizeau au soir du 30 octobre 1995.

Il s’agissait là d’une erreur monumentale, qui a entraîné des répercussions politiques et sociales sur le Québec.

Sur le plan politique, reconnaissons que l’idée souverainiste commençait à germer dans l’esprit d’un bon nombre de gens de la communauté haïtienne, et les Africains francophones, qui arrivaient au Québec au milieu des années 1990, démontraient une certaine ouverture au projet de pays des Québécois.

Sans oublier, bien sûr, les Maghrébins et les Sud-Américains dont le français est la deuxième langue.

Mettons une chose au clair : l’Haïtien est indépendantiste dans l’âme, et peu importe où il se trouve sur terre, la mentalité dessalinienne l’accompagne.

Mais après le regrettable discours de M. Parizeau, beaucoup d’Haïtiens, de Maghrébins et de Sud-Américains se sont soustraits des ailes de la liberté du Québec.

La pensée binaire des partisans du mouvement indépendantiste les a renvoyés à leurs origines : le fameux concept du « Nous et Eux » s’est manifesté.

Le plus troublant dans tout cela a été le fait qu’un grand nombre de Québécois ont approuvé et perroqueté la phrase fractionnelle de Jacques Parizeau, comme si leur destin était entre les mains des communautés culturelles.

Aujourd’hui, devant l’affaiblissement du Parti québécois, il ne fait aucun doute que quelques-uns des séparatistes lucides se demandent ce qu’il serait advenu de leur mouvement si leur ancien chef n’avait pas fauté dans son discours de défaite.

Cette question restera malheureusement dans les « si » de l’histoire.

Pour trouver réponse au comportement de M. Parizeau le soir du 30 octobre 1995, certains ont évoqué le « suicide politique », d’autres ont mis l’alcool au banc des accusés.

Quelles qu’en soient les raisons, la déclaration sur « l’argent et le vote ethnique » a provoqué une blessure profonde chez les membres des communautés culturelles qui ont embrassé la cause souverainiste, et leurs enfants portent encore les cicatrices émotionnelles de cette phrase.

Des enfants qui se tournent vers le mode de vie afro-américain pour exister.

Bien qu’ils aiment le Québec, cette province qui les a vus naître, il y a souvent de la réticence de leur part à afficher leur sentiment d’appartenance à la nation québécoise.

Cette situation doit être corrigée.

Car, chaque personne, peu importe ses origines, son allégeance politique, sa religion ou la langue utilisée à la maison, contribue au développement social, économique et culturel de la Belle Province.

Pour ma part, j’ai le privilège de faire la fête le 1er janvier, le 18 mai et le 24 juin. Et beaucoup d’autres exercent ce privilège.

En réalité, nous sommes tous Québécois, et aucun individu ne devrait détenir le droit de définir notre identité nationale.


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