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Fillette noire agressée : Et si elle était blanche ?


En 2014, une étude menée par le psychologue afro-américain Phillip Atiba Geoff, de l’université UCLA, a révélé que les enfant noirs sont perçus comme étant plus âgés et moins innocents que les enfants blancs. Or, le crime monstrueux qui a été commis lundi, dans Pointes-aux-Trembles, en est la preuve tangible.

Autrement dit, dans la recherche de Phillip Atiba Geoff, qui a été publiée par l’American Psycholgy Association, on apprend que les enfants noirs font régulièrement l’objet d’« adultification » et de déshumanisation.

La vie des enfants noirs compte-t-elle au Québec ?

Par exemple, prenons le cas d’Alyia (nom fictif), cette fillette noire, qui a été lâchement attaquée par un adulte.

Lorsque cette histoire est présentée dans les médias, certains journalistes parlent de la « jeune fille » plutôt que de la « fillette » ou de la « petite fille », faisant fi de l’innocence de l’enfance de la petite Alyia.

Si c’était une fillette blanche…

En réalité, nous vivons dans un monde hypocrite où l’assassinat d’un adolescent blanc est beaucoup plus visible que celui d’un adolescent noir, et où le cas d’une fillette noire victime de voie de fait grave prend le chemin de la psychiatrie.

Autre fait à souligner : devant l’indicible violence faite à l’encontre de la petite Alyia, on n’aperçoit pas cette collectivité humaine et solidaire, qui caractérise le peuple québécois lorsqu’une petite Tremblay, une petite Bergeron ou une petite Gagnon est victime de brutalité.

J’ai encore en mémoire la disparition du petit Ariel, et je suis encore sidéré par l’insensibilité de cette employée de la lunetterie New Look, qui avait publié ostensiblement sur les réseaux sociaux « qu’elle souhaite le retour du petit garçon, car elle lui réserve un bel avenir d’esclave à domicile ».

Tout comme Alyia, le petit Ariel n’avait que 10 ans, et plusieurs ne partageaient pas la douleur de ses parents en raison de la couleur de sa peau.

La vie des enfants noirs compte-t-elle au Québec ?

La question se pose, néanmoins, une chose est sûre : dans la communauté noire, le cœur de chaque maman et chaque papa a été blessé par ce drame, et les larmes coulent sur leurs joues, ayant en tête l’image de la petite Alyia, souffrante et alitée.

En écoutant une émission de radio qui a abordé le sujet hier, j’ai constaté qu’on parlait peu de l’état de la victime. La conversation a plutôt pris la forme d’un long monologue dans lequel la santé mentale de l’accusé a été examiné en profondeur.

Si cela était arrivé à une petite fille blanche…

En réalité, nous vivons dans un monde hypocrite où l’assassinat d’un adolescent blanc est beaucoup plus visible que celui d’un adolescent noir, et où le cas d’une fillette noire victime de voie de fait grave prend le chemin de la psychiatrie.

En effet, à la suite de cette violence raciste, les médias ont préféré mettre l’accent sur la santé mentale plutôt que de la protection des enfants noirs et du racisme anti-noir.

Inconcevable.

Projetée au sol et frappée à coups de pied à plusieurs reprises à la tête, Alyia a eu la vie sauve grâce à des passants qui se sont interposés.

Je profite de l’occasion pour saluer l’intervention de ces braves gens.

Et j’applaudis l’initiative d’une internaute qui a organisé une collecte de fonds en vue de soutenir les parents de la victime.

Un crime haineux

Comment imaginer que cette fillette souriante allait connaître une telle horreur en début de semaine, elle qui revenait de l’école pour aller dîner à la maison ?

Gens de la Communauté, ne cherchons pas midi à quatorze heures pour trouver la cause de cette agression.

Et surtout, ne suivons pas la piste de la police, qui a brandi hâtivement le drapeau de la santé mentale afin de banaliser de manière consciente ou inconsciente cet acte de terreur.

D’emblée, j’estime que la santé mentale est une chose qui doit être prise au sérieux; toutefois, il existe d’autres causes telles que le racisme anti-noir, les crimes haineux et la protection des enfants noirs qui ne sont pas à négliger.

Car, voyez-vous, dans cette société qui se veut égalitaire, on ne garantit pas aux enfants noirs une égalité de traitement.

Vous souvenez-vous du jeune Jannai Dopwell-Bailey, cet adolescent noir qui a été poignardé à mort par d’autres adolescents blancs ?

Non seulement certains médias ont associé à tort le défunt à un gang de rue, mais le premier ministre François Legault et la mairesse Valérie Plante ont pratiqué une politique de deux poids, deux mesures à son sujet.

Souvenons-nous que Mme Plante n’a démontré aucun intérêt à l’égard de la famille de Jannai Dopwell-Bailey, mais était prête à soulever le mont Royal pour satisfaire les proches du jeune Thomas Trudel, cet adolescent blanc, qui a été tué par balles à la même époque.

Et M. Legault, qui n’avait pas souligné la mort de Jannai, était allé se recueillir sur les lieux du meurtre de Thomas Trudel.

C’est ce qu’on appelle le privilège blanc.

Revenons à Alyia et au diagnostic rapide de troubles mentaux posé par la police et répandu dans les médias.

D’emblée, j’estime que la santé mentale est une chose qui doit être prise au sérieux; toutefois, il existe d’autres causes telles que le racisme anti-noir, les crimes haineux et la protection des enfants noirs qui ne sont pas à négliger.

Permettez-moi d’ajouter quelques chiffres aux mots afin de mieux saisir l’amplitude du fléau que représentent les crimes de la haine.

Selon des données de Statistique Canada, en 2019, la communauté noire a été le groupe le plus visé par les crimes de haine, à savoir des crimes visant leurs victimes en raison de leur appartenance raciale, religieuse ou de leur orientation sexuelle.

Plus de 335 cas de crimes haineux visant les Noirs ont été recensés par la police, soit 18% de tous les crimes haineux au Canada.

C’est beaucoup.

Ce phénomène est en hausse au Canada, et le Québec, qui a connu une augmentation de 23 cas, se classe en troisième position derrière la Colombie-Britannique et l’Ontario.

Ainsi, si toutefois il s’avère que l’agresseur de la victime souffre de réellement de troubles mentaux, son acte peut quand même avoir été teinté de racisme.

Et il y a certes lieu de se demander : pourquoi la petite Alyia parmi tous les gens qui marchaient sur le trottoir au moment de l’acte ?

À la radio, comme sur les réseaux sociaux, certaines personnes tentent d’exclure le facteur racial dans l’équation en invoquant le fait que l’accusé du crime ne soit pas blanc. Alors, je les invite à faire un voyage autour du monde afin de trouver un pays où les Noirs ne sont pas maltraités.

Que ce soit au Portugal, en Chine, en Inde, en Argentine ou en Ukraine, le racisme anti-noir est présent, et des actes violents sont perpétrés.

En toute honnêteté, je ne ressens aucune fierté quand je tiens de tels propos, mais je dois dire la vérité telle que je la connais.

Gens de la Communauté, nous devons faire preuve de la plus grande vigilance et veiller à ce que nos enfants soient protégés contre les crimes haineux et les lâches de ce monde.

Et à nos semblables qui nous exhortent à ne pas toujours crier au racisme, je leur réponds qu’à force de garder le silence pour ne pas déranger le loup, celui-ci finira par nous manger.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.


4 Commentaires

  1. Merci mon frère. Comme d’habitude un très bel article. Oui, cette gifle et l’attitude de Rock aussi font vraiment mal aux communautés noires🤔

  2. Comme d’habitude, rien à ajouter, tout a été dit. Merci d’être la voix de notre communauté!

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