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Haïti-Canada : plus qu’un match de foot pour les Haïtiano-Canadiens

Je jure que je serai fidèle et porterai sincèrement allégeance à sa Majesté la reine Elizabeth Deux, reine du Canada, à ses héritiers et à ses successeurs, que j’observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien »



Pour l’obtention de ma citoyenneté canadienne, j’ai dû prononcer ce serment. J’ai juré devant un juge de la citoyenneté de porter une sincère allégeance au Canada et de respecter mes obligations de citoyen canadien.

Malheureusement, ce samedi 29 juin, lors du quart de finale de la Gold Cup, ces promesses ne seront pas tenues. Durant les 90 minutes de jeu du match opposant Haïti au Canada, je ne serai pas Canadien. J’afficherai assurément mes couleurs dessaliniennes.

Une déloyauté légitime

Quelle déloyauté de ma part, penseront quelques-uns. Oui, sans aucun doute, il s’agit d’une « haute trahison » d’un des citoyens du pays de la feuille d’érable. D’une désertion temporaire d’un enfant adopté qui veut renouer avec celle qui l’a allaité.

En effet, Haïti représente pour moi cette mère naturelle qui, contrairement aux habituels cas d’adoption, ne m’a pas abandonné. Je l’ai plutôt fuie pour des raisons que vous connaissez bien.

Haïti-Canada en quart de finale. La terre natale contre la terre d’accueil. Rarement un tel évènement n’aura mis à l’épreuve le sentiment d’appartenance nationale des membres de la communauté haïtienne du Canada. Comme l’indique le titre du texte, ce n’est pas un match comme les autres pour les Haïtiano-Canadiens, c’est plus qu’un match de football…

C’est l’occasion idéale de montrer aux jeunes Haïtiens du Canada que leur pays d’origine ne se classe pas toujours au dernier rang – premier du groupe B -, qu’il ne fait pas que trembler, qu’il a aussi eu son « Maurice Richard ». Discutez-en avec Dino Zoff, le célèbre gardien de but italien, et il vous évoquera le nom d’Emmanuel Sanon.

Parce que l’union fait la force : si ça ne prend pas la tête à Papineau pour savoir que le Canada sera hautement privilégié dans ce match historique, ça prend exigiblement le sang de Dessalines pour comprendre qu’Haïti a toujours été délaissée par le reste du monde.



Emmanuel Sanon et Dino Zoff

Allons plus loin : qui a dit que le sport n’est pas politique?

Le sport est politique

À tous ceux qui séparent le sport du politique, un petit rappel : lors de la finale de la NBA, impliquant les Raptors de Toronto et les Warriors de Golden State, la fièvre paroxystique qui s’est emparée du Canada a bel et bien politisé cet événement sportif. L’équipe torontoise devait gagner pour les gens de Toronto, pour l’Histoire et, bien sûr, pour la fierté nationale.

Nous étions des millions à scander frénétiquement « We the North » au sixième match de cette finale, qui a fracassé des records télévisuels. Et il ne fait aucun doute que plusieurs jeunes séparatistes du Québec ont été emportés par le vent de patriotisme qui soufflait sur le pays de Justin Trudeau.

Voilà un bel exemple de la politisation du sport par le patriotisme. Et ce samedi 29 juillet, je m’attends à ce que les Haïtiano-Canadiens politisent ce spectacle sportif en appuyant massivement les Grenadiers.

Il m’est difficile de ne pas souhaiter la victoire de mon pays d’origine lorque je sais qu’elle aurait l’opportunité de prouver à Donald Trump qu’il n’est pas un « trou de merde » en battant Team USA en finale.



La sélection haïtienne

Pourquoi se ranger du côté de la formation haïtienne plutôt que celui de Team Canada?

Parce que l’union fait la force : si ça ne prend pas la tête à Papineau pour savoir que le Canada sera hautement privilégié dans ce match historique, ça prend exigiblement le sang de Dessalines pour comprendre qu’Haïti a toujours été délaissée par le reste du monde.

Le sport et les privilégiés

Pour mieux vulgariser ma pensée, permettez-moi de vous parler d’eugénisme et de favoritisme, des mots qui vont très bien ensemble dans le monde du sport au Québec.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi Lucian Bute a été le boxeur favori des Québécois au cours des 15 dernières années?

Éric Lucas, David Lemieux et Stéphane Ouellet, d’autres boxeurs blancs, ne trônent-ils pas également en tête de ce groupe privilégié?

Or, les pugilistes d’origine haïtienne, talentueux ou non, n’ont jamais attiré l’attention du public. Pour vendre des billets, certains ont même dû s’auto-promouvoir avec exubérance émotionnelle.

Pour le Pays, pour les Ancêtres, marchons unis…

Cela dit, les Haïtiano-Canadiens qui observeront une neutralité lors de ce match tant attendu ont indubitablement une vision idyllique du monde.

Personnellement, il m’est difficile de prendre de la distance quand je m’aperçois que les seuls alliés d’Haïti sont les membres de sa diaspora.

Il m’est difficile de ne pas souhaiter la victoire de mon pays d’origine lorque je sais qu’il aurait l’opportunité de prouver à Donald Trump qu’il n’est pas un « trou de merde » en battant Team USA en finale.

Pour finir, il y a quelques jours, un de mes lecteurs, après avoir lu mon dernier article « Les Haïtiens du Québec se sentent-ils Québécois? », a gentiment suggéré que je suis bipolaire.

Il n’a peut-être pas tort, car ce samedi, je chanterai « Pour le pays, pour les ancêtres, marchons unis… », et deux jours plus tard, soit le 1er juillet, je fredonnerai « Ô Canada! Terre de nos aïeux… »

Voyez-vous, c’est un peu ça avoir la binationalité. On finit par développer une certaine bipolarité…

Bon match à tous!


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

3 Commentaires

  1. si vous détestez tant le Canada, pourquoi y résidez-vous ?
    votre manque de cohérence sur ce point semble plutôt le trait d’un organisme parasite crachant dans la soupe, mentalité très répandue dans les diasporas noires de par le monde.

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