Sports

La Boxe, Un Sport Barbare Et Rétrograde

Permettez-moi de débuter ce texte en vous parlant brièvement de la locution latine Panerm et Circances « du pain et des jeux (du cirque) ».

Dans la Rome antique, pour détourner le peuple des enjeux de grande importance, l’empereur distribuait du pain et organisait des jeux de cirque impliquant des sensations fortes.

Après s’être remplie l’estomac, la population romaine se noyait dans l’illusion du bonheur et de satisfaction en voyant les gladiateurs s’entretuer, tout en scandant : « Du pain! Des jeux! Du pain! Des jeux… »

En d’autres termes, le Peuple oubliait ses soucis et les mauvaises politiques des dirigeants romains.

Cela remonte à plusieurs siècles.

Des gladiateurs romains

Une frénésie déchaînée

Or, aujourd’hui, quand on va aux bars sportifs pour regarder un gala de boxe, force est de reconnaître que nous sommes aussi avides de violence et de sang que la Rome antique.

Après un bon « riz collé » ou un filet mignon, un besoin élémentaire, nous acclamons nos pugilistes, ces « gladiateurs » de l’Antiquité, un besoin non fondamental pour la société.

Pas si mignon, selon moi. Comme des poissons, nous sommes pris dans le filet des promoteurs de boxe qui nous vendent la violence comme spectacle.

Nous nous contentons peu des combats de boxe allant à la limite des 10 et 12 rounds.

Nous recherchons constamment ce crochet qui ébranlera l’adversaire de notre favori, cet uppercut qui l’enverra au « lieu imaginaire ».

Nous ne nous soucions point des séquelles que peuvent engendrer les 150 coups de poing en moyenne que reçoivent les pugilistes dans un duel.

Nous ignorons les commotions cérébrales qui sont légion en boxe professionnelle.

Bref, nous nous comportons comme les spectateurs des combats de gladiateurs de la Rome antique : frénésie déchaînée.

La boxe, la violence et le sang

Un scénario inimaginable

Néanmoins, malgré ces paroles dénonciatrices du caractère anachronique de la boxe, J’avoue que celle-ci est mon sport préféré.

Bon, il y a aussi le soccer et le hockey, mais à la maison, quand il s’agissait d’un combat de boxe, un consensus était observable dans la famille : nous étions tous rivés devant le téléviseur.

Cependant, autant j’affectionne ce sport que je suis depuis ma plus tendre enfance, autant je le réprouve, moralement et philosophiquement.

Tout un paradoxe, n’est-ce pas?

En effet, souvent, des questionnements d’ordre moral viennent se mêler à mes cris  « K-O! K-O! », quand mon boxeur favori est en action.

Cela ne vous rappelle pas le célèbre Panerm et Circances – Du pain et des Jeux -, de la Rome antique?

Pour en venir à l’événement qui est au cœur de cet article, les dernières heures ont plutôt été inquiétantes.

Jamais on n’aurait pu écrire un scénario où « Superman » – Adonis Stevenson – ne serait en mesure de se relever après des coups subis par un adversaire.

Adonis Stevenson, communément appelé « Superman »

Il était encore plus impensable d’inclure le terme médical « coma artificiel » dans ce film dramatique. Après tout, c’est « Superman », se dit-on.

L’inquiétude de la population qu’a soulevée cette mise hors de combat est à la mesure des souvenirs qui me hantent encore.

Oui! Je me souviens du combat mortel entre le boxeur noir Cleveland Denny et Gaétan Hart, originaire de Gatineau.

Le 20 juin 1980, en préliminaire de la bataille tant attendue entre Sugar Ray Leonard et Roberto Duran, Gaétan Hart assène le coup fatal à Cleveland Denny, un Montréalais d’origine guyanaise, au 12e round.

Après 16 jours de coma, Denny s’éteint à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

C’était la consternation dans le monde de la boxe du Québec.  Et c’était mon éveil à la cruauté du « sport noble ».

Deux ans plus tard, en 1982, mes parents et moi regardions l’un des combats le plus violent de l’histoire de la boxe, impliquant l’Italo-Américain Ray Mancini et le Sud-Coréen Duk-Koo Kim.

Au 14e round, d’un crochet du droit à la tête, Mancini envoie Kim dans les cordes : K-O, civière, coma, et quatre jours plus tard, la mort s’en est suivie.

Cleveland Denny terrassé par Gaétan Hart

C’est à la suite de cette tragédie que le nombre de rounds des combats de championnats ont été réduits. Ils sont passés de 15 rounds à 12 rounds.

Ces sombres souvenirs me reviennent chaque fois que je vois un boxeur allongé dans le ring.

Une barbarie qui n’a pas sa raison d’être

Heureusement, aux dernières nouvelles, l’état de santé de l’Haïtiano-Québécois s’est stabilisé, et souhaitons-lui un prompt rétablissement.

J’espère ne plus le revoir sur le ring, prenant part à cette barbarie.

En fait, je compte ne plus revoir deux êtres humains se détruire comme les gladiateurs de César.

Une commotion ou hémorragie cérébrale peut survenir à la suite d’un accident de voiture, nous en convenons tous.

Toutefois, une hémorragie cérébrale subie dans un combat de boxe n’est pas un accident.

C’est une aberration humaine qui peut facilement être évitée…

Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire en bas du site. Merci.

Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

4 Commentaires

  1. Bonjour Walter.

    J’espère de tout coeur que Stevenson s’en sortira et si c’est sans séquelles cela sera presque un miracle.

    J’ai revu les images quelques fois, mais par après je n’étais plus capable de les regarder. Avant le dernier coup, Stevenson aurait déjà été au tapis ne serait-ce des câbles qui l’ont tenu à moitié debout. Son adversaire lui a alors décoché un violent coup directement sur le nez. L’arbitre aurait du sauter pour empêcher ce dernier coup. mais cela s’est passé rapidement.

    Pour revenir au thème de ton article, je tiens aussi la boxe en très haute estime. Avec le tennis, qui est évidemment très différent, ce sont, à mon avis, les sports individuels les plus exigeants. Les combats extrêmes entrent aussi dans cette catégorie. Parlant de combats extrêmes, curieusement, il semble s’y produire moins d’accidents graves.

    Ta comparaison avec les gladiateurs romains est très adéquate. Toutefois, ces combats sont plus qu’une distraction. Ce sont nos instincts guerriers qui refont surface, quoique nous sommes bien contents de ne pas avoir à nous battre pour vrai, à plus forte raison à mon age.

    Un si triste accident incite à la réflexion, comment conserver l’essentiel de la boxe en tant que discipline sportive tout en réduisant les risques? Faire porter un casque et/ou modifier les gants sont les solutions les plus faciles. C’est presque certain que les boxeurs feraient alors moins d’argent, car la boxe serait moins « dramatique ». Tout revient à l’argent, une fois de plus.

    Pour finir, je recommande la lecture la chronique du 3 décembre de Réjean Tremblay. On peut reprocher bien des choses à Tremblay, mais il a toujours défendu bec et ongles tous les boxeurs.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Salut Smith! J’ai également pensé au casque protecteur, qui est utilisé chez les amateurs, mais je ne suis pas sûr qu’un tel changement se produise. Comme tu dis, les gens veulent voir du sang et des pugilistes au tapis. En d’autres termes, le K-O est le plus grand vendeur de la boxe.

      La boxe n’a pas sa raison d’être, mon ami. Et tu sais bien que j’adore ce sport. Mais je peux quand même être objectif.

      Quant à Réjean Tremblay, je me souviens bien qu’on avait des conversations à son sujet. Surtout toi, tu n’as pas été trop gentil à son endroit. Ha ha… Oui, j’ai lu son article, et j’ai bien aimé.

      Merci pour ta belle réflexion, camarade. À bientôt.

  2. Tous les sports de combat comportant des coups assenés à la tête sont évidemment dangereux et potentiellement mortels mais l’addiction a la testostérone et á l’adrénaline ne seraient-elles pas les vraies coupables? Le chasseur enseveli sous l’habit et notre recherche de stimulants visant á nous extirper de notre torpeur collective sont joyeusement exploités par des hommes d’affaire cherchant á faire du fric. Et bien que le racisme soit une triste réalité, j pathétique que certains osent récupérer la situation d’Adonis en cas de racisme!!!
    Ça ne sert pas la cause!!!
    #Respect

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Chantal, pour mieux te répondre, j’ai relu le texte une dizaine de fois, et je n’arrive toujours pas à trouver un passage où je racialisais le sujet en question. Enfin, aide-moi à le localiser.

      Merci pour ta visite, chère amie.

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