Culture

La Commercialisation du Caribana


Cette année, le Caribana souffle ses 50 bougies. En dépit du temps frisquet, ce samedi 5 aout 2017, plus d’un million de gens se sont retrouvés sur le boulevard Lake Shore pour célébrer le demi-siècle du carnaval.

Déguisement, plumes, chars et fleurs qui nous proposent une multitude de couleurs ont accompagné la chaleur humaine pour authentifier le caractère carnavalesque du défilé de ce festival caraïbéen.

Créé en 1967 par des étudiants antillais, ce rasemblement annuel a connu des transformations importantes au fil du temps. D’ailleurs, le nom Caribana, que l’on affectionne tous, n’est plus. En 2011, il a été remplacé par l’appellation Carnaval Caraïbéen de Toronto de la Banque Scotia. Cette association entre l’institution financière et le  »Caribana » a pris fin lorsque, en 2014, Frantz St-Fleur, un Torontois d’origine haïtienne a indûment été arrêté dans l’une des succursales d’une Banque Scotia.

Les employés de la banque ne croyaient pas qu’un Noir pouvait avoir un chèque de 9 000 dollars à encaisser. Baptisé Banking while Black ( Être Noir à la banque), cet incident hautement médiatisé a laissé un goût amer à la communauté noire.

Plusieurs pensent que le Caribana a laissé son âme sur la rue University, au centre-ville de Toronto, endroit où se tenait le défilé avant 1991. D’autres mentionnent les clôtures de sécurité qui empêchent les carnavaliers à prendre part à la fête en dansant tout au long du parcours. On doit également souligner le tarif de 20 dollars exigé par les organisateurs pour assister au départ des chars au stade de l’Exhibition. Des mauvaises langues disent que la Banque Scotia leur a appris à  »comptabiliser ».

Personnellement, je crois que l’invasion américaine des artistes du hip hop a quelque peu dénaturé ce festival caraïbéen.

Je n’oublierai jamais le regard curieux et enfantin d’un policier qui n’était pas trop loin de moi quand le char de P Diddy passait devant nous. C’était en 1997, quelques mois après la mort de Biggie Smalls, mon rappeur préféré. La foule qui suivait le char qu’occupaient, entres autres, Puff Daddy, Mase et Faith Evans, était si immense, qu’il a fallu la disperser… Avec Wyclef Jean qui suivait et qui jouait les succès de son premier album solo, je me croyais dans un gala du BET awards.

Évidemment, le Soca, qui est un symbole du carnaval de Toronto, a été diminué par le Géant.

Cette année, malgré les 50 ans du festival, cette fâcheuse habitude n’a pas changé; des chansons de Rihanna aux musiques Trap, l’influence américaine était palpable au défilé, mais bon…

Pourquoi les Antillais et les Brésiliens aiment-ils tant le carnaval?

Venant du mot latin carna vale, signifiant  »adieu la chair », le carnaval est un moment de réjouissances populaires où tout est permis durant les 40 jours de Carême.

En Haïti, les gouvernements se servent habilement de ce moment de plaisirs et d’oubli, justement, pour propager une amnésie collective; la faim, la souffrance et l’insatisfaction politique sont couvertes par la danse, le rire et la joie.

Pour revenir à Toronto, contrairement aux millions dépensés par les gouvernements haïtiens et brésiliens, le gouvernement ontarien accorde peu d’attention à cet événement qui génère 400 millions de dollars à la province.

Les gens d’un certain âge que j’ai sondés après le défilé prféféraient parler du bon vieux temps de ce rendez-vous estival. Peu choyés par le présent de leur tradition, ils se refugient dans la nostalgie. Les jeunes, qui représentent l’avenir, sont peu préoccupés par la préservation de l’héritage culturel de leurs parents.

Après des générations, certaines tradtions se perdent, surtout lorsqu’on est atteint par l’américanisation du Géant.

Que retiendra-t-on de ce carnaval? Insatisfaction et mécontentement.

Les carnavaliers ont vite compris l’astuce du comité organisateur qui affiche son nouveau visage mercantile en essayant constamment de transformer le parcours du défilé en  »autoroute à péage ».

En tant que spectateur et observateur, je rejoins ma voix à ceux qui perçoivent une détérioration du Caribana.

Cependant, rien n’est impossible! Il y a indubitablement matière à amélioration. Si les Irlandais peuvent maintenir leur défilé de la Saint-Patrick, pourquoi pas nous?


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2 Commentaires

  1. Shirley Thomas Répondre

    C’est fou comme l’argent peut tout acheter même notre culture y passe. Il finira par nous engloutir tous…Merci pour ce réveil car vraisemblablement nous nous sommes endormis Walter. 🎩🎩

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Tu as raison, Shirley Thomas! Nous devons rester vigilants, sinon, l’argent achètera l’amour. Certains pensent que c’est déjà fait… Merci pour ton intervention.

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