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La liberté d’expression à sens unique


En Occident, la liberté d’expression fonctionne dans une voie à sens unique, c’est-à-dire qu’on exerce cette liberté pour offenser autrui par nos propos, mais lorsque l’inverse se produit, on s’offusque.

Comme preuve de cette liberté d’expression sélective, prenons l’exemple d’une caricature parue dans le quotidien Montreal Gazette, mardi, qui a suscité la colère du peuple québécois.

Le dessin du caricaturiste Jacques Goldstyn, alias Boris, montre une vieille dame qui tient en laisse son chien vêtu d’un petit drapeau canadien qui urine sur une affiche soulignant le 100e anniversaire de René Lévesque.

Publiée par un journal anglophone, cette caricature fait mal à la nation distincte des Amériques, et des voix se sont levées pour dénoncer l’acte odieux.

L’ancien premier ministre René Lévesque

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas pris de temps pour sortir les griffes et s’est servi de son compte Twitter pour lancer un message à connotation indépendantiste.

« Les Québécois ont droit au respect. Le fédéralisme aplavantriste ne nous donnera rien d’autre que le déclin et le mépris… C’est l’indépendance, ou le déclin », a écrit celui qui s’est donné comme mission de rebâtir le PQ et le camp du Oui.

D’autres personnalités des médias francophones ont abondé dans le sens de Plamondon et ont condamné sans réserve The Montreal Gazette.

Déclaration de Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

Personnellement, je n’approuve pas l’œuvre de Boris, tout comme je n’aimerais pas voir un chien vêtu d’un drapeau français uriner sur Jean-Jacques Dessalines, le père de la nation haïtienne, dans une caricature d’un quotidien parisien.

Je voue une trop grande admiration à M. Lévesque, un grand homme à qui le bien-être de son peuple tenait profondément à cœur, pour accepter que du pipi soit associé à la célébration de son centenaire.

Ce n’est pas drôle du tout.

Et je peux affirmer avec certitude qu’un bon nombre de gens de la communauté noire sont sensibles aux questions de respect de droits de la personne, et que le dessin controversé publié dans le plus ancien quotidien québécois ne leur fait pas rire.

Or, il est fascinant de constater que les personnes qui crient à l’injustice et accusent le ROC sont les mêmes qui, au nom de la liberté d’expression, s’acharnent à utiliser le « mot en N ».

Les mêmes qui pensent que les Noirs qui dénoncent le Blackface n’ont pas un sens de l’humour compatible avec le leur.

P. K. Subban représenté par du Blackface

En effet, je me souviens de toutes les fois où certaines personnes blanches ont refusé de se mettre à la place des membres de la communauté noire pour comprendre leur douleur, leurs sentiments et leurs émotions quand le « mot en N » est prononcé à la télé ou dans l’espace public.

Pour ces personnes privilégiées, la liberté d’expression passe avant toute autre considération.

En réalité, en Occident, la liberté d’expression semble avoir plus de valeur lorsqu’elle est utilisée pour offenser les groupes marginalisés, dont les Noirs, les musulmans et autres.


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1 Commentaire

  1. Bravo Walter pour ton article.

    Cette caricature qui est présenté sous forme de blague dans un journal sérieux, montre bien la discrimination et le racisme du Canada anglais envers les francophones.

    Ayiti a réussi il y a presque 200 ans, envers et contre tous, à se faire un pays indépendant. Malgré les efforts du passé et du présent des puissances colonisatrices de ne pas lâcher le morceau.

    Le Québec n’a pas encore réussi de son côté. Si on regarde les statistiques, il semble que la tendance est à l’assimilation linguistique et culturel. On se dirige plus vers la louisianisation que vers la formation d’un pays francophone en amérique du nord malheureusement.

    Je déplore les blacks faces et autres farces racistes. Mais comparer la caricature du journal anglophone le plus important et sérieux du Québec avec des clows de sketch ridicules me semble tiré par les cheveux. Si le journal La Presse avait une caricature raciste à la une, je comprendrais parfaitement ton point de vue et serais le premier à le dénoncer.

    N’en déplaise à quelques francophones blancs racistes et ignorant, le Québec partage un passé de colonisés avec plusieurs peuples de la terre. Depuis la révolution tranquille, un grand chemin a été parcouru, mais le travail n’est pas terminé. L’éducation populaire reste nécessaire. Frères et soeurs unissons-nous et encourageons le vivre ensemble !

    J’aime beaucoup ton site, très bon travail !

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