Culture

La popularité du griot haïtien et du pikliz au Québec et aux États-Unis


Pour paraphraser Bernard Derome, ancien chef d’antenne à Radio-Canada, si la tendance culinaire des Québécois et des Afro-Américains se maintient, le griot, qui est un classique de la gastronomie haïtienne, deviendra un de leurs plats principaux : que ce soit à Montréal, à New York, à Miami ou à Orlando, le griot conquiert le palais des gens avec sa saveur enivrante.

C’est à la suite d’une prise de bec cocasse entre une femme québécoise et la propriétaire d’un restaurant haïtien que l’idée de rédiger cet article a pris naissance.

Jamais sans le pikliz

Déçue de l’absence du condiment accompagnant son plat préféré, cette amoureuse de la cuisine haïtienne a signifié son mécontentement à la restauratrice.

« Je suis désolée de vous le dire, madame, mais je connais assez bien mon griot pour vous faire savoir que je ne peux pas le manger sans le pikliz », a martelé la brunette, tenant la poussette de son bébé d’une main et son plat à emporter de l’autre.

Le rayonnement de la gastronomie haïtienne dépasse les frontières de l’Amérique, et le griot doit être mis au premier plan afin d’amener encore plus d’étrangers à explorer notre cuisine.

Une femme québécoise qui mange son griyo

Et vlan, une situation qui définit ironiquement la maxime « Le client a toujours raison » : le griyo ne se mange pas sans le pikliz, à l’instar de beaucoup de gens qui ne consomment pas leur spaghetti sauce à la viande sans le parmesan.

La vérité, c’est que la cuisine haïtienne n’a plus de secret pour les Québécois ainsi que pour une bonne partie de la population afro-américaine, et le griot constitue l’arme puissante de l’arsenal culinaire des Haïtiens.

Préparé avec des morceaux de viande de porc infusés dans une marinade épicée puis braisés et frits, le griot est généralement servi accompagné de pikliz, de riz collé et de bananes pesées (bananes plantain frites).

Que ce soit dans les rues de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien, de Jacmel ou des Gonaïves, en soirée, le griyo est la tête d’affiche des bak-fritay.

Pourquoi porter une attention particlière au griyo ?

La mondialisation du griot

Après avoir publié le texte « Haïti en tête du classement mondial de la gastronomie », je reviens sur le savoir-faire culinaire de ma terre natale en proposant aux restaurateurs haïtiens de mettre l’accent sur le griot, comme c’est le cas pour la pizza des Italiens, le souvlaki des Grecs et le poulet des Portugais, qui occupent une place importante dans la culture nord-américaine.

Le rayonnement de la gastronomie haïtienne dépasse les frontières de l’Amérique, et le griot doit être mis au premier plan afin d’amener encore plus d’étrangers à explorer notre cuisine.

Par exemple, au restaurant caribéen Chef Paul Toussaint, au Time Out Market, le plat de griot porte le nom de « L’Haïtien », car le chef Paul Harry Toussaint, vedette du monde de la cuisine, reconnaît le rôle clé du griot dans la gastronomie caribéenne.

Au casse-croûte Quickstop, situé sur la rue Monselet, le porc frit, délicieusement épicé, est protéiforme : non seulement il est servi comme plat typique, mais il prend aussi la forme de poutine griot, poutine griot avec plantains ou avec patates douces.

Et leur « Shakabana », un sandwich au griot fait avec des bananes pesées, est une merveille à découvrir : le secret de ce sandwich se trouve dans la sauce.

Dans le centre commercial Les Galeries d’Anjou, les gens se mettent à la queue leu leu devant le restaurant Aléken pour commander leur griyo accompagné de pikliz.

De mon avis et de celui de beaucoup d’autres, les restaurants Kamúy, Chef Paul Toussaint (Time Out Market), Casse-croûtes Quick Stop ainsi que Sissi & Paul sont les meilleures destinations culinaires à Montréal.

Aux fins de la rédaction de cet article, j’ai visité plusieurs autres restaurants de la communauté haïtienne qui font saliver.

Plus j’essayais de comprendre l’engouement que suscitait le griyo en Amérique du Nord, plus j’embarquais dans des aventures de gens qui nourrissent une passion dévorante pour le porc frit à l’haïtienne.

Céline, 36 ans, une employée du gouvernement canadien rencontrée au restaurant Au goût tropical, n’y va pas par quatre chemins : « Il y a un grand manque d’épices ici. J’ai vécu plusieurs années au Sénégal et en revenant au Québec, j’ai été désorientée jusqu’au jour où j’ai découvert le griot et le pikliz ».

Même son de cloche pour François, un citoyen du quartier Villeray, qui est tombé en amour avec les épices haïtiennes depuis qu’il a commencé à fréquenter le casse-croûte Méli-Mélo : « Je viens de Trois-Rivières, donc j’étais peu habitué aux aliments épicés, mais dès le moment où j’ai goûté au griot, je savais que mes préférences culinaires allaient changer ».

À l’époque, ces trois événements (le mariage, la première communion et le baptême) constituaient les moments les plus gourmands, délicieux et abondants de la vie des Haïtiens, au détriment de la pauvreté qui faisait preuve d’un peu de pudeur et se cachait.

Nul ne doute que la poutine, la tourtière et les fèves au lard sont et resteront les mets emblématiques des Québécois ; néanmoins, plusieurs affirmeront que le griot s’est faufilé dans le vocabulaire et les foyers des « Gens du Pays ».

Les Afro-Américains adorent leur Soul Food ; toutefois, depuis quelques années, ils se rendent compte qu’il existe d’autres mets à découvrir, plus précisément que le porc frit du peuple noir qui a libéré le monde libère aussi des saveurs indescriptibles.

Invité à élaborer sur la cuisine haïtienne dans une émission à la télévision américaine, le rappeur Ludacris ne tarit pas d’éloges : « la nourriture haïtienne est maintenant ma nourriture préférée à 100%. Ce sont les personnes (les Haïtiens) les plus résilientes de la planète Terre », a déclaré l’auteur de la chanson « Southern Hospitality ».

Des bak-fritay aux salles de réception de mariage

Quand résilience rime avec enfance, et que planète rime avec fête.

J’ai quitté Haïti à un jeune âge, mais il n’en demeure pas moins que l’image des fêtes entourant le mariage, la première communion et le baptême reste gravée au fond de mon cœur à jamais.

À l’époque, ces trois événements (le mariage, la première communion et le baptême) constituaient les moments les plus gourmands, délicieux et abondants de la vie des Haïtiens, au détriment de la pauvreté qui faisait preuve d’un peu de pudeur et se cachait.

Je me souviens également des fêtes champêtres à la Plaine du Nord et à Limonade où le pikliz, les bananes pesées, les patates douces, les acras et le griot étalés dans les « bak fritay » se mêlaient à la musique des groupes Septentrional et Tropicana.

Durant ces jours de divertissement et de festivité, les grandes personnes consomment leur tafia en dégustant leur pikliz et leur griot, un cocktail explosif qui ne met pas le palais en danger.

C’est une lapalissade, mais le griot représente pour Haïti ce que le sushi représente pour le Japon, le hamburger pour les États-Unis et la tortilla pour le Mexique.

C’est notre plat national, celui qui peut accroître le rayonnement culinaire et culturel d’Haïti.

En toute honnêteté, tous les plats haïtiens sont succulents et appréciés de tous, qu’il s’agisse du lambi, du tassot de cabrit, du lalo, du poisson gros sel, du poulet aux noix ou du légume.

Cependant, dans ce merveilleux monde de la gastronomie haïtienne, le griyo est roi et doit être traité comme tel.


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