Femme noire

Les femmes noires sont-elles bien protégées au Québec ?

Le 22 mai 1962, dans un discours concernant le sort réservé aux femmes noires, Malcolm X, l’un des plus grands leaders de l’histoire des États-Unis, a déclaré ceci : « La personne la moins respectée en Amérique est la femme noire. La personne la moins protégée en Amérique est la femme noire. La personne la plus négligée en Amérique est la femme noire ».

Or, aujourd’hui encore, il est étonnant de constater que tenir de tels propos demeure d’actualité, et qu’au Québec, la voix des femmes noires n’est pas entendue et leur signal de détresse est ignoré.

Un traitement différencié

L’incident survenu le 20 février à Laval au cours duquel une Haïtienne, Marly Édouard, âgée de 32 ans, a été tuée par balle en est la preuve ultime.

Malgré un SOS lancé aux autorités locales concernant des menaces de mort dont elle a fait l’objet, le corps de la jeune femme a été retrouvé au petit matin dans le stationnement de son immeuble en copropriété, comme un bateau baptisé « La Négligée », qui s’est échoué sur le banc de neige systémique du racisme du Québec.

En d’autres termes, nous protestons vivement contre le profilage racial et les abus policiers qui nuisent à la qualité de vie des hommes noirs, mais ignorons la culture de dénigrement dont les femmes noires sont fréquemment l’objet.

À vrai dire, l’assassinat de Marly Édouard est bien plus que celui d’un humain. C’est le naufrage d’une société. Une société qui préfère naviguer sur la mer du déni plutôt que de reconnaître son racisme qui est érigé en système.

Une société où le ministre blanc de la Lutte contre le racisme demande aux Noirs de suivre l’exemple d’une Afro-Québécoise qui est aveugle face aux injustices qui paralysent la communauté noire.

Enfin, une société qui considère que des menaces proférées à l’endroit d’une Tremblay sont beaucoup plus préoccupantes que celles reçues par une Abdulahi.

D’ailleurs, l’arrestation rapide de l’homme qui aurait proféré des menaces de mort aux animateurs Guy A. Lepage et Julie Snyder via les réseaux sociaux entre le 17 et le 19 février nous offre un exemple frappant de ce traitement différencié.

Soulagée de la tournure des évènements, Julie Snyder a démontré sa gratitude et son admiration au Service de police de Laval en couvrant celui-ci d’éloges.

Cependant, si je suis content que les policiers de Laval aient réglé le problème de l’animatrice de La semaine des 4 Julie en un temps record, il n’en demeure pas moins que l’enquête sur le meurtre de ma compatriote, Marly Édouard, qui avance à pas de tortue, m’inquiète.

En réalité, je m’inquiète pour la gent féminine de ma communauté, qui est souvent laissée à elle-même ou reléguée au dernier rang des priorités.

En d’autres termes, nous protestons vivement contre le profilage racial et les abus policiers qui nuisent à la qualité de vie des hommes noirs, mais ignorons la culture de dénigrement dont les femmes noires sont fréquemment l’objet.

Des larmes causées par les injures et les insultes gratuites

Messieurs, permettez-moi d’attirer votre attention sur un point important : que ce soit sur les réseaux sociaux, dans les rues de Montréal ou en milieu de travail, nos sœurs subissent des injures et des insultes gratuites.

Carla Beauvais brise le silence

Je n’oublierai jamais la fois où l’activiste Anastasia Marcelin m’a interpellé sur le harcèlement psychologique dont elle a été victime sur Facebook, lors des cérémonies du 10e anniversaire du séisme en Haïti, à la TOHU.

Malgré le fait que j’avais écrit un billet pour apaiser les tensions entre les protagonistes, elle m’a reproché mon immobilisme, ou du moins ma neutralité vis-à-vis la situation.

Avec du recul, je peux dire qu’elle avait raison. Nous en faisons peu pour épargner nos femmes de l’ignominie et des conséquences dévastatrices de l’intersectionnalité, c’est-à-dire que nous ne les protégeons pas contre le sexisme de la société et les stéréotypes racistes qui les désignent comme colériques et indésirables.

C’est avec tristesse que j’ai lu, cette semaine, le texte, La fois où… Carla Beauvais a abdiqué, de l’entrepreneure Carla Beauvais, dans le magazine féminin Elle.

Dans ce vibrant témoignage, on apprend que deux chroniqueurs d’un journal à sensation anti-Noir, qui s’entendent comme larrons en foire, ont mis la vie de Carla en danger en publiant sa photo sur leur page Facebook, la décrivant comme séditieuse, en raison de ses démarches militantes qui valorisent l’égalité raciale et sociale.

Cet acte malveillant a suffi pour que les disciples de ces chroniqueurs, qui sont composés d’hommes blancs, francophones et séparatistes, des privilégiés de la Belle Province, fassent vivre un enfer à Carla Beauvais.

Menaces de mort, propos haineux, harcèlement téléphonique et plainte à la police pour incitation à la haine raciale, voilà une partie de tout ce qu’a vécu la perle de notre communauté après qu’elle a dénoncé la brutalité policière durant l’été 2020.

Tout un calvaire, comme il a été mentionné dans cet article, que je vous recommande de lire.

Les hommes noirs doivent protéger leurs sœurs

Malheureusement, Gens de la Communauté, et plus particulièrement les hommes, sachez qu’Anastasia Marcelin et Carla Beauvais ne sont pas les seules à avoir fléchi devant les violences systémiques de gens qui veulent affirmer leur masculinité et leur blanchité en attaquant les femmes noires.

Pourquoi tombons-nous dans ce mimétisme blanc en infligeant à nos semblables du genre féminin les insultes de l’oppresseur ?

La vérité est que plusieurs de nos sœurs, qu’elles soient des personnalités publiques ou non, se taisent afin de préserver leur image de « Superwoman ». D’autres, plus guerrières, se battent sans armure, sans la protection masculine de leur communauté.

Cette situation est inadmissible et elle doit être corrigée. Il est impératif que nous protégions nos femmes du langage abusif de la société occidentale.

Pour ce faire, nous, hommes noirs, devons commencer par gommer de notre pensée le concept selon lequel la femme noire est au bas de la pyramide sociale.

Nous devons cesser de nous désolidariser des femmes noires et rejeter les stéréotypes sur elles, qui sont véhiculés par les Blancs à des fins de domination d’une « race » sur une autre, d’une classe sur une autre.

Combien d’entre nous se complaisent dans le dénigrement du modèle féminin de la Communauté en reprenant, comme un psittacisme, des discours populaires tels que « Je ne sors pas avec les femmes noires », « Les Noires ont trop d’attitude », ou même « Les femmes noires ne sont pas belles » ?

Pourquoi tombons-nous donc dans ce mimétisme blanc en infligeant à nos semblables du genre féminin les insultes de l’oppresseur ?

C’est un piège esclavagiste qui nous divise et qui ne nous permet pas d’évoluer.

Oui, oui, messieurs, je sais. D’après le principe de la hiérarchisation de l’Occident, les femmes noires se situent au bas de l’échelle sociale.

Cependant, ne devrions-nous pas les porter sur nos épaules afin qu’elles atteignent le sommet ? Après tout, They ain’t heavy, they’re our sisters.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

9 Commentaires

    • Sophie-Ann Perron Répondre

      Bonjour à tous,

      J’espère que vous allez bien.

      En lisant ce texte tout ce qui me vient à l’esprit c’est ENFIN ET MERCI !!!

      Effectivement, trop de FEMMES 💖 Noires subissent des injustices sociales graves. De ce fait, malheureusement encore aujourd’hui, les besoins en santé mentale dans la communauté sont de plus en plus criant à cause de ces traumatismes laissés par ces souvent subtiles injustices sociales. Et c’est ce subtile qui éloigne, divise, détruit et tue toute la communauté certe, mais surtout la Nation Québécoise – Canadienne … peu de soignants représentant la communauté pour la quantité de personnes dans le besoin en soin de santé et en services sociaux, c’est sans y ajouter la problématique à reconnaître cette réalité !!! Pour le bien-être de la communauté, nous avons besoin de chercheurs, de médecins psychiatres, de biologistes, d’astrophysiciens, de cobayes, etc.

      Mais que faire ? Par où commencer ? Qui est prêt à investir ? Est-il encore possible d’y arriver ???

      • Bonjour Walter
        Une réalité que les femmes noires vivent à tel point que cette réalité est devenue une normalité. La vérité est que le système ne nous a jamais pris en compte avant et ne tiendra pas compte de nous dans le futur tant et aussi longtemps que notre communauté ne sera pas une communauté forte…. si on veut s’en sortir, on doit devenir une communauté forte. Les textes, les marches, les dénonciations n’ont jamais rien changé à notre situation de femmes noires et ou d’hommes noirs. Une communauté forte c’est la seule porte de sortie que je trouve.

      • Walter Innocent Jr Répondre

        Merci pour ces bons mots, Sophie-Ann. En effet, la santé mentale est un sujet qui est rarement abordé dans la communauté noire, et pourtant… Nous n’avons qu’à penser à a vague de féminicides qui affecte le Québec ces jours-ci. Il est possible d’y arriver, nous devons simplement avoir un bon plan de sensibilisation. Gardons espoir.

        Vous avez soulevé un point très important, et je vous dis à bientôt.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup Carmel-Antoine. En effet, je me souviens de vous et du terme misogynoir. Quelle tristesse, n’est-ce pas ?

      Espérons que les choses changent, camarade. Qui sait, avec des dialogues et des débats ouverts, nous verrons le bout du tunnel.

      À bientôt, compatriote.

  1. Pourquoi ne pas être avec une femme noir ?

    C’est peut-être intergénérationnel.
    En tant que homme d’origine haïtienne, j’ai tellement mangé de bâton par ma mère que je me suis dis, je vais peut- être recevoir le même traitement si je courtois une haïtienne. Ensuite, j’ai constaté que je vivais dans l’est de Montréal. Hahaha Néanmoins, mon ex ne ma jamais traité de n Word ou dénigré.

    Aussi, ma soeur biologique ma payé ma première pair de soulier et elle ma envoyé de l’argent de l’Angleterre. J’ai toujours voulu être comme ma soeur: apprendre des langues rapidement, voyager partout dans le monde etc.

    Mr. Walter, je pense que tout est une question de petception.

    Il y a des femmes noirs qui ont cette haine de cachée à l’intérieur et il y a des femmes blanches qui vont toujours ce taires pour ne pas créé de chicane.

    Une femme reste une femme, mais quand tu es noir tu dois travailler très fort. Quand tu travaille fort en tant que black, tu est fier en te disant; si c’était pas de ma mère ou de ma soeur, j’aurais peut être eu moins de force.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Emmanuel. Merci pour ce témoignage. J’admire votre franchise. Et tant mieux si tout fonctionne pour vous ainsi. Toutefois, la protection de la femme noire ne veut pas forcément dire fréquemter une femme noire. C’est tout simplement ne pas la dénigrer et y porter secours lorsqu’elle en a besoin.

      Merci pour votre visite, compatriote. À bientôt.

  2. Bonjour M. Innocent,

    Je suis heureuse, enfin, un homme noir dit tout haut ce que j’ai constaté à l’automne 1997 lors de mon arrivée
    à l’Université Laval à Québec. Subir de la discrimination raciale des blancs, ça fait mal mais je suis en mesure
    de répondre, de me défendre car j’y suis préparée. Or, lorsque je subis cette même discrimination par mes confrères, non seulement ça fait mal, mais je suis complètement déstabilisée. Que dois-je répondre à une personne qui me ressemble lorsqu’elle me dénigre devant ses collègues blancs pour booster son image et/ou avancer sa carrière???
    Croyez-moi, je sais de quoi je parle, Je travaille pour le service de police de la ville de Montréal. Je suis sur mes gardes constamment. Je n’ai pas ma langue dans ma poche. J’ai gagné un litige d’harcèlement psychologique contre un boss blanc qui lui a valu un déplacement et la perte de la possibilité de gérer une autre équipe de travail. Par conséquent, j’ai échoué 8 entrevues en ligne. Aucun avancement au niveau salarial. Aucune nomination à des postes plus payants.
    Je vous remercie d’avoir abordé ce fameux sujet de la discrimination raciale par ses pairs. Believe me, je sais c’est quoi. J’ai tout entendu des hommes noirs. Je suis une femme dans un corps d’un homme. Il me manque qu’un pénis et j’en passe!
    Bonne journée!

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci pour les bons mots, Pamela. Et je suis désolé pour ce qui vous est arrivé. Je comprends parfaitement votre situation, car nous sommes presque tous passés par là. Et, oui, comme vous le dites, plusieurs hommes noirs préfèrent préfèrent vendre leurs semblables en les dénigrant. Nous avons du chemin à faire. Gardons espoir.

      À bientôt, compatriote.

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