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L’affaire Enposib et l’amour du konpa dans la diaspora haïtienne


Une semaine après son passage à Montréal, le groupe Enposib, qui est devenu la tête d’affiche du HMI, continue de susciter de nombreuses préoccupations et interrogations quant à l’organisation de ces bals accueillant des milliers d’amants de la musique konpa.

Avant de poursuivre, notons que, de l’avis général, Enposib et Phyllisia Ross, qui était l’artiste invitée, ont été à la hauteur des attentes.

Tout comme vous, j’ai vu quelques-unes de ces nombreuses vidéos mettant à nu les organisateurs du HMI (Haitian Music Industry) circuler sur les réseaux sociaux.

C’est un peu pathétique.

La fièvre du konpa

Dans la première vidéo qui m’a été envoyée par une lectrice, on aperçoit autour du Evo Plaza Centre-Ville une file d’attente interminable de gens résignés à porter leur croix pour clôturer la fin de semaine pascale.

Dans une autre, c’est le délire : des fêtards s’engagent dans une épreuve de force avec des membres du personnel du Evo Plaza, lieu de l’événement, afin d’accéder à une salle qui leur était peut-être interdite.

Cependant, le portrait le plus révélateur de la situation chaotique de ce bal tant attendu a été brossé par des centaines de témoignages qui se sont empilés sur les réseaux sociaux.

Des témoignages de gens qui ont dépensé des centaines de dollars, mais qui ont passé la majeure partie de la soirée à réclamer les bouteilles qu’ils avaient réservées.

Un ami m’a raconté comment il a dû sortir pour aller retirer de l’argent à un guichet automatique bancaire, car les cartes bancaires étaient persona non grata au bar.

Bref, la déception des fans d’Enposib était palpable au lendemain de ce bal qui affichait complet.

Pourtant, les amoureux du konpa n’en sont pas à leur première mauvaise expérience dans la vie nocturne de Montréal.

Sauf que cette fois-ci, leur patience a atteint ses limites, et ils veulent être remboursés.

Ne dit-on pas que le client a toujours raison ?

En réalité, les soirées de konpa nous permettent de nous rassembler, de fraterniser entre nous et de nous évader provisoirement, et les organisateurs du HMI exploitent l’immense amour que nous éprouvons pour le konpa à leur profit.

Je m’explique.

Des moments d’évasion et de divertissement

Au début du II siècle, le poète Juvénal, auteur des Satyres, qui est également l’auteur de l’expression « Du pain et des jeux », a dit : « Le peuple qui faisait autrefois les empereurs, les consuls, les tribuns, enfin dont toutes les choses dépendaient, est trop heureux d’avoir aujourd’hui du pain, et il ne désire tout au plus que du spectacle».

Autrement dit, le peuple n’avait plus d’autre préoccupation que le spectacle, le divertissement et ne se souciait plus de la vie de la cité, de la politique.

Je n’irai pas jusqu’à comparer la diaspora haïtienne aux dérives antiques critiquées par Juvénal, toutefois force est de constater que les organisateurs du HMI ont exploité en roue libre l’amour radical des membres de la diaspora haïtienne pour la musique konpa.

Oui, ils savent parfaitement que leurs compatriotes feront l’impossible pour voir des groupes tels que Klass, Nu Look, Kreyol La, Harmonik et Ekip.

Ils sont au fait que plusieurs d’entre nous ne peuvent vivre sans leur dose quotidienne de cette musique qui a été fécondée par Nemours Jean-Baptiste.

Ils ne se gênent pas pour négliger certains aspects cruciaux de leurs soirées, car ils sont convaincus que, quoi qu’il arrive, les billets de leurs prochains événements s’envoleront rapidement et les réservations des tables VIP leur permettront de faire des affaires d’or.

Dans un des témoignages que j’ai lus sur Facebook, une participante au bal d’Enposib a déclaré qu’elle et son groupe ont payé 2800 dollars pour une table de douze personnes, mais ont finalement obtenu une table ne pouvant asseoir que six personnes et n’avaient toujours pas reçu leurs bouteilles d’alcool après 1h30.

Quelle confusion !

Le mea culpa des organisateurs

Bassmint Canada, qui a produit cet événement, et Enposib ont-ils été victimes de leur popularité ?

Sans aucun doute.

Bassmint Canada s’est-il laissé emporter par le courant de l’affairisme en vendant plus de billets qu’il le fallait pour sa soirée ?

Je ne sais pas.

Cependant, s’il y a une chose dont je suis sûr, c’est que la colère exprimée par plusieurs depuis quelques jours pousseront certains organisateurs du HMI à porter une attention particulière aux gens qui les nourrissent.

On ne peut apaiser le peuple par le pain et les jeux pendant trop longtemps. Les gens finissent par en avoir ras le bol de ces soirées sens dessus dessous et expriment leur frustration publiquement.

D’ailleurs, il convient de souligner que ce soulèvement populaire a enfanté un point positif : la direction de Bassmint Entertainment a publié une lettre d’excuses sur leur page Facebook.

Bon, à l’instar de plusieurs personnes, qui ont apporté des bémols à la reconnaissance de fautes de Carl-Edward Osias, président de Bassmint Canada, je formulerais mes regrets autrement.

Dans des moments aussi sombres, je ferais preuve d’une certaine réserve quant à la liste des succès enregistrés au cours des dernières années.

Toutefois, ne chaussant pas les souliers d’organisateur de DJ Bass, je ne saurais peut-être pas comment trouver la voie me menant aux clients qui ont été perdus.

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le mea culpa de Bassmint Entertainment est sincère. Et je ne serais pas étonné que les membres de ce groupe soient déjà en mode solutions, ce qui constitue un premier pas vers l’efficacité professionnelle.

Cependant, espérons que Carl-Edward Osias, alias DJ Bass, n’adopte pas une vision court-termiste, c’est-à-dire qu’il pensera à l’avenir de son entreprise en acquiesçant aux demandes de remboursement des clients mécontents.

Cela dit, comme solution aux problèmes de surcapacité dans les bals konpa, certains ont évoqué la possibilité de louer le Centre Bell ou la Place Bell pour le prochain rendez-vous d’Enposib.

Cette idée me paraît aussi merveilleuse que le monde de Walt Disney.

Nul plus que moi n’aimerait voir ce rêve se réaliser, mais, comme vous le savez, les amants de la musique konpa veulent danser, socialiser, s’asseoir à des tables, et non se retrouver dans des estrades.

Pourquoi pas deux shows plutôt qu’un ?

Michael Jackson, le roi du pop

En 1984, Michael Jackson, le roi de la pop, a dû montrer ses talents de chanteur et de danseur au Stade olympique à deux reprises, soit les 16 et 17 septembre, tellement il était adulé par la jeunesse québécoise.

J’en conviens que Medjy n’est pas Michael, mais nous devons nous entendre sur ce point : le konpa prend de l’ampleur, et il traverse les frontières haïtiennes, culturelles et linguistiques.

Ainsi, en ce qui concerne sa popularité, le konpa a atteint un niveau jamais égalé.

Il revient alors aux organisateurs du HMI d’élever leur niveau d’excellence et de responsabilité afin que la diaspora haïtienne continue d’être… toujou sou konpa.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

4 Commentaires

  1. Félicitations encore Walter pour ce beau texte ! Mais selon moi il serait plus habile de commencer par l’arena MAURICE RICHARD louer des tables avant le centre Bell. Et ce que je trouve triste c’est quand on va au bal c’est pour danser alors que de nos jours les gens vont au bal pour « KANPE » en terme créole ! Non pas pour moi j’attendrai un bal de tropic ou Septen ! Si Dieu me permet !

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup Carline. C’est gentil. Carline, penses-tu vraiment que l’arena Maurice Richard est approprié pour recevoir des gens qui s’habille chic, qui veulent danser ou même « kanpe », commme tu le dis ? Si les amants du konpa sont d’accord avec cette idée, bien alors, c’est parfait.

      À bientôt, chère amie.

  2. Bel article. Je pense bien que 2 soirs de bal est la solution. Garder aspect salle de réception pour avoir espace pour s’asseoir et danser.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup Patricia. Tout à fait, compatriote, il est impensable de voir les gens s’habiller avec élégance pour alle s’asseoir dans des estrades d’un amphithéâtre. Comme nous le disons, e soirs de bal.

      À bientôt, Patricia.

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