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Le mot n*gre, le racisme à l’école Henri-Bourassa et l’hypocrisie des « alliés »

Trop souvent, nous devons vivre une grande épreuve, être mis au pied du mur pour changer nos façons de faire et d’être. C’est également face à cette adversité que l’on reconnaît ses vrais amis. Or, concernant la question raciale au Québec, nous titubons de crise en crise, de bouleversement en bouleversement, sans pour autant apprendre de nos erreurs.

« Black Lives Matter ! »… « No justice, no peace ! », scandaient il y a quelques mois les alliés, ou, si vous préférez, les amis de la cause noire, à la suite de la mort de l’Afro-Américain George Floyd.

L’effet George Floyd

De Montréal à Québec en passant par Trois-Rivières, Noirs et Blancs ont défilé au coude à coude pour faire entendre leur voix antiraciste de la façon la plus claire, la plus passionnée. Ils ne se sont tus que durant huit minutes et 46 secondes, afin de rendre hommage à la victime de cet acte cruel.

L’unanimisme de la révolte était indiscutable : tous les médias de la province ont dénoncé la brutalité des policiers de Minneapolis, théâtre de cette tragédie.

Une fresque « La vie des Noir.es compte » avait même couvert une partie de la rue Sainte-Catherine afin d’acroître la sensibilisation au sujet du racisme.

Une société qui, depuis quelques jours, est tombée dans un réel psittacisme, un flatus vocis, en répétant encore et encore le même poncif : « Et si on veut parler de l’histoire ? »

Bref, l’esprit soixante-huitard des Québécois brillait d’un éclat resplendissant dans cette page sombre de l’histoire américaine.

Or, aujourd’hui, force est de constater que le slogan « Black Lives Matter », qui a fleuri un peu partout dans la Belle Province, au cours de l’été 2020, s’est fané.

La polémique suscitée par l’utilisation du mot n*gre par la professeure québécoise lors d’un cours à l’Université d’Ottawa a mis en lumière la fugacité et la fragilité de la solidarité de ces « alliés » qui ne combattent le racisme que lorsqu’il est américain.

L’histoire a le dos large

Bon, je ne dis pas que Verushka Lieutenenant-Duval est raciste, toutefois il convient de préciser que le débat sur l’utilisation du mot n*gre a dirigé une bonne partie de la population québécoise vers l’eugénisme et le racialisme : les Blancs francophones d’un côté, les Blancs anglophones de l’autre et la communauté noire au mitan.

Certains diront que nous vivons dans un monde fou, fou, fou, mais pour moi, il s’agit d’une schizophrénie sélective, qui dévoile le dilettantisme d’un bon nombre des alliés et qui traduit l’hypocrisie d’une société obsédée par son angélisme.

Une société qui, depuis quelques jours, est tombée dans un réel psittacisme, un flatus vocis, en répétant encore et encore le même poncif : « Et si on veut parler de l’histoire ? »

Ah, l’histoire des Noirs, prétexte fallacieux invoqué par les médias et les intellectuels du Québec, selon lesquels le mot commençant par N doit être utilisé dans les salles de classe, afin de mieux raconter la souffrance des Noirs à l’époque esclavagiste !

C’est ainsi que Vincent Ouellette, un enseignant de l’école secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, est entré dans le courant dominant d’historicité et de liberté d’expression pour prononcer le mot n*gre à maintes reprises durant un cours en ligne.

D’après le témoignage d’une dizaine d’anciens et actuels élèves – « Béliers solidaires » – dans une vidéo, l’enseignant d’histoire de l’école Henri-Bourassa est connu pour son racisme décomplexé, et ce, au su de tous, y compris le directeur de l’école et le syndicat des enseignants.

Un racisme érigé en système, dites-vous ?

Quand la jeunesse se lève

Et selon des sources fiables, d’autres enseignants « roulibeurs » de Montréal se sont servis de leur liberté d’enseignement comme visa pour voyager dans le monde des racistes, où le mot commençant par N occupe une place prépondérante.

Voilà ce que redoutaient Émilie Nicolas, Vanessa Destiné, Ricardo Lamour et Webster, qui ont expliqué avec éloquence les raisons pour lesquelles le mot n*gre ne doit pas aller dans n’importe quelle bouche, lors de leur passage à l’émission Tout le monde en parle, le 25 octobre.

L’humoriste Renzel Dashington et l’entrepreneur social Fabrice Vil ont également fait un bon travail de vulgarisation dans ce brouhaha médiatique qui a suivi la controverse de l’Université d’Ottawa.

Aux Québécoises et Québécois dits de souche, je vous pose les questions suivantes :

D’où vient donc votre intérêt soudain pour l’histoire des Noirs ?

Au lieu de lutter pour la survie du mot n*gre dans la conscience collective, pourquoi ne pas se battre pour que le mot « Vertières » – fierté haïtienne et échec français – soit admis dans tous les dictionnaires français ?

Pourquoi tant vouloir utiliser le terme n*gre, lorsque les mots « handicapé », « nain » et « retardé » ne font plus partie de votre vocabulaire ?

Je profite de l’occasion pour saluer les vrais alliés, qui font de grands efforts pour comprendre et soutenir la lutte contre le racisme. Et je tiens à féliciter le groupe « Béliers solidaires » pour son courage.

Pour conclure, chers Gens du Pays, je vous invite à suivre ces jeunes membres de la communauté noire qui ont véhiculé des valeurs favorisant le respect des droits des personnes racisées à Tout le monde en parle.

Et n’oubliez surtout pas que les valeurs humaines ne sont pas à discuter, il faut les inculquer et les respecter.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

7 Commentaires

  1. Carmel-Antoine Bessard Répondre

    Solidaire avec vous M. Walter! Votre texte est très important car la société québécoise comprend qu’il y a plusieurs discours au sein de la communauté Noire. Oui, nous suivons de près cette génération qui ose. J’ajouterais à votre liste l’humoriste Renzel F. Dashington. Merci.

  2. Excellent texte. J’aime bien l’utilisation du mot « alliés » car nous sommes effectivement en guerre contre une horde puissante, aux ramifications multiples qui ne veut que nous amoindrir afin de nous asservir.

  3. Vous avez une belle plume Walter Innocent Jr et surtout un franc parler. Je vous félicite d’avoir expliqué, avec objectivité, lucidité et surtout avec honnêteté, l’enjeu de l’utilisation du concept n*gre que certains ignorants, hypocrites, fanatiques ou arrogants utilisent comme bon leur semble et dans certains cas de manière intentionnelle. Ils ne sont pas intéressés aux concepts suivants : Vertières, Première république noire, Citadelle, Perle des Antilles, berceau de l’humanité (l’Afrique), mais ils choisissent les mots qui les intéressent au nom de l’histoire. Je qualifie cette mentalité de : hypocrite et malhonnête. À la prochaine mon grand! Salut.

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  5. Bonjour Walter. Il est évident que le prof de l’école Henri-Bourassa s’est senti enhardi par les nombreuses prises de positions provenant du Groupe Québécor appuyant sans restriction la prof d’Ottawa. Cela alors qu’on ne sait même pas quelles étaient exactement ses paroles, ni si c’était bel et bien en anglais. Ces mêmes gens ont renchéri en attaquant les organismes anti-racisme. Aujourd’hui, Martineau va même jusqu’à dire que Woke est à Trudeau, ce que QAnon est à Trump. Ce type est soit d’une malhonnêteté sans fond, soi complètement cinglé.

    Aucun doute dans le cas de Vincent Ouellette, le type cherche de toutes évidences la provocation et probablement a-t-il de profonds sentiments xénophobes. Il sera très intéressant de connaître la suite.

    Il est un peu dommage que tu partitionnes le Québec, semble-t-il, en segments hermétiques. Les francophones racistes ou xénophobes ont en grande partie quitter le PLQ ou dans un moindre mesure le PQ pour passer à la CAQ. Québec Solidaire a toujours été épargné par ce fléau.

    Je crois qu’il faut se faire une raison et accepter, qu’en français, ce mot, si vraiment nécessaire, puisse être utiliser en prenant bien soin d’éviter toute forme de provocation et en limitant le plus possible son utilisation. Deux restrictions que le prof de Henri-Bourassa a transgressées honteusement.

    En anglais, il se peut fort bien que le mot soit à proscrire totalement. Dans ce cas, il faudrait que les institutions établissent individuellement une règle claire.

  6. Désolé pour les quelques fautes, c’est ce qui arrive lorsqu’on veut aller trop vite.

  7. Je cherchais autre chose, mais je suis tombé sur l’interview de la prof d’Ottawa à Tout le monde en parle. Son cours était en anglais, mais il semble bien qu’on peut éliminer tout désir de provocation. A-t-elle manqué de tact ou s’est-elle complu dans l’usage du mot? Il faudrait entendre un enregistrement pour le dire, l’interview me laisse penser que ce n’est pas le cas.

    Conclusion et au risque de te déplaire Walter, je crois que le recteur a erré. Il n’y avait, selon toutes vraisemblances, aucune règle claire interdisant l’usage du mot dans un but strictement pédagogique. Il aurait du en convenir et expliquer cela aux étudiants concernés. Par la suite, l’Université d’Ottawa aurait pu établir une telle règle s’ils avaient jugé cela nécessaire.

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