Société

Le mouvement anti-vaccination : un phénomène qui n’est pas haïtien


Contrairement à l’information erronée qui circule sur les réseaux sociaux et qui est communiquée à la radio, la communauté haïtienne de Montréal ne compte pas plus de réfractaires au vaccin contre la COVID-19 que les autres groupes de la société québécoise. Et les Haïtiens ne souffrent pas de traumatisme historique découlant de la vaccination.

C’est en effet ce sempiternel cliché de l’image stéréotypée des Haïtiens qui nourrit les idéologies racistes, faisant d’eux des gens indisciplinés, donc des propagateurs du virus.

Je le répète : les Haïtiens ne sont pas à la tête du vaccino-scepticisme qui est en cours.

Cela dit, si mes souvenirs sont exacts, la vaccination fait partie des premiers mots « savants » que j’ai appris. J’avais environ trois ans, et l’immunisation s’était intégrée depuis longtemps dans les normes haïtiennes et dans celles du reste du monde.

Le mensonge qui a miné la confiance des gens

Cependant, les temps ont changé. Depuis l’apparition d’Internet et des médias sociaux, un événement particulier a miné la confiance des gens envers le vaccin en Occident.

En réalité, d’autres groupes ethniques, y compris les Québécois blancs, ont montré plus de réticence à se faire vacciner que les Haïtiens.

La vaccination d’un membre de la communauté haïtienne

En février 1998, dans un article frauduleux publié dans la revue médicale The Lancet, Andrew Wakefield, un ancien chirurgien britannique, établit un lien entre l’autisme et le vaccin rougeole-oreillons-rubéoles (vaccin ROR).

Alors le bruit court que la vaccination infantile peut causer l’autisme, et la peur s’empare des pays occidentaux.

En 2010, après une série de recherches épidémiologiques menées par la communauté scientifique, le General Medical Council démontre la fraude scientifique de Wakefield et le déchoit de son titre de médecin.

Bien que The Lancet ait retiré l’article, les paroles de Wakefield ne se sont pas envolées, et ses écrits sont restés gravés dans la mémoire occidentale.

Ce mensonge répété inlassablement depuis deux décennies s’est transformé en vérité, et chacun, Noir, Blanc et Arabe, transforme cette fausse vérité à sa manière.

En réalité, d’autres groupes ethniques, y compris les Québécois blancs, ont montré plus de réticence à se faire vacciner que les Haïtiens.

Un débat futile

Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai reçu un appel téléphonique de Sébastien, un ami québécois de souche avec lequel j’avais perdu contact depuis que la pandémie est entrée dans notre quotidien.

Après des salutations chaleureuses, il ne perd pas de temps pour me mettre en garde contre le « piège » du nouvel ordre mondial : « Walter, mon ami, éloigne-toi de ce foutu vaccin », m’a-t-il lancé de manière insistante.

Pendant une vingtaine de minutes, il a tenu un monologue dans lequel il prétendait que la vaccination était mise à nu par des données scientifiques. Je dis bien monologue, car depuis quelque temps, j’évite les échanges concernant ce sujet qui divise la société et qui brise des familles et des amitiés.

Devant mon inaction au bout du fil, Sébastien met fin à son cours de biologie et m’invite à envahir le monde d’Internet pour mieux percevoir son apocalypse annoncée.

Ouf.

Donc, si j’ai bien compris la dialectique de cet ancien camarade de classe, cette campagne de vaccination contre la COVID-19 contribuerait, à l’instar des bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki en 1945, à la capitulation des humains.

C’est-à-dire qu’une bonne partie d’entre nous seront éliminés, et les survivants seront placés dans une condition servile.

Comment peut-on donc parler de séquelles liées à la vaccination si les Haïtiens continuent à faire vacciner leurs enfants ?

Comme vous pouvez le constater, d’incidences liées à l’autisme, à l’infertilité féminine jusqu’à la destruction massive, la vaccination a été associée à tous les mensonges, par des gens d’origines ethniques diverses.

Bien que Sébastien soit libre de prophétiser la fin du monde, je désirais tant lui apprendre que le vaccin a épargné un grand nombre d’Haïtiens et de Québécois de la fièvre typhoïde, de la varicelle et de la rougeole, des maladies qui ont ravagé la planète, mais je tiens trop à cet ami pour risquer de le perdre à cause d’un débat devenu futile.

Je mourais d’envie de lui révéler que beaucoup de mythes entourent cette préparation biologique qui consiste à nous immuniser contre la COVID-19, cependant qui suis-je pour contredire quelqu’un qui a consacré des centaines d’heures à visionner des vidéos sur YouTube afin de découvrir les failles du vaccin ?

La vaccination en Haïti

Par ailleurs, je dois avouer qu’au cours des derniers jours, quelques-uns de mes lecteurs d’origine haïtienne, qui sont plongés dans une grande perplexité, m’ont contacté via Facebook pour discuter en privé du vaccin contre ce virus qui perdure.

Et j’ai été étonné que deux de ces gens aient évoqué la notion de traumatisme historique pour expliquer la dissidence de quelques-uns dans nos rangs.

Or, si l’on tient compte du sens du terme traumatisme historique, qui, par définition, est déclenché lorsqu’un traumatisme provoqué par l’oppression historique se transmet de génération en génération, cette blessure haïtienne est inenvisageable.

Elle est quasi inexistante.

Car, voyez-vous, quelques mois avant l’apparition du coronavirus, soit en aout 2019, une campagne de vaccination nationale contre la rougeole, la rubéole et la polio a été lancée par l’État haïtien.

Plus de 1.5 million d’enfants ont été visés par cette campagne connue sous le thème de « Vaksinen ti moun yo pou pwoteje sante yo » (Vaccinez les enfants pour protéger leur santé).

Comment peut-on donc parler de séquelles liées à la vaccination si les Haïtiens continuent à faire vacciner leurs enfants ?

La vérité est que la population haïtienne n’a jamais été au courant des irrégularités des industriels du médicament en Haïti ou dans les pays africains.

Certes, les Africains-Américains de Tuskegee craignent de se faire vacciner contre la COVID-19 à cause des souvenirs du scandale de l’étude sur la syphilis dans les années 1930.

Cependant, à mon humble avis, les membres de la communauté haïtienne n’ont été au fait de cet événement que tout récemment.

Permettez-moi de vous proposer une liste de mythes et vérités sur la vaccination.

Mythe: Les Haïtiens âgés se méfient du vaccin contre la COVID-19 à cause d’un traumatisme historique.

Vérité : En 1880, les habitants de l’Angleterre et d’autres pays de l’Europe prennent la rue pour s’opposer aux campagnes de vaccination.

Mythe : Les Haïtiens font plus confiance au docteur feuilles qu’à la médecine moderne.

Vérité : Selon une étude Ipsos, la France est le pays le plus réticent face au vaccin anti-COVID.

Vérité : Proportionnellement au nombre d’habitants, les Québécois de souche sont plus nombreux à s’opposer au vaccin contre la COVID que les Haïtiano-Québécois.

Voilà !

Pour conclure, Gens de la Communauté, nous avons le devoir de vérifier ce qui se dit ou s’écrit sur nous, car un mensonge peut faire le tour de la terre le temps que la vérité se prépare pour sortir.


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