Société

Le racisme dans le milieu de la santé : les Noirs doivent continuer de mettre de la pression sur Legault


Alors que la date des audiences publiques concernant le décès de Joyce Echaquan, cette femme autochtone qui est morte dans des circonstances troubles à l’hôpital de Joliette, approche à grands pas, le racisme systémique du milieu de la santé frappe à nouveau à la porte de la Belle Province.

« Femmes Blanches Seulement », « Doit Être Une Femme Blanche » et « Devrait Avoir La Peau Blanche », titraient quelques-unes des annonces de recrutement du CISSS, sans égard aux conséquences que cela pourrait avoir sur la communauté noire, qui est fortement représentée dans le milieu de la santé.

On se croirait aux États-Unis, durant les années 1930, dans un vieux film en noir et blanc où le Noir est effacé : la ségrégation, la biologisation, la hiérarchie raciale et le lynchage.

La masturbation intellectuelle des caquistes

Sans vouloir replonger les Gens du Pays dans la période de la Grande Noirceur, cette situation constitue un recul de plusieurs décennies pour le Québec.

Ironiquement, l’histoire du Québec nous apprend que durant les années 1980, la belle époque  du Parti québécois et du mouvement indépendantiste, jamais un commerce de l’Ouest de Montréal n’aurait pu se permettre d’afficher publiquement « We are hiring only Anglo-Saxon ».

Il s’agirait d’une double faute de la part de cet établissement de santé, qui est situé dans le quartier Côte-des-Neiges : le non-respect de la loi 101 et le Québec bashing

Je me souviens.

Donc, si j’ai bien compris, pour fournir un accommodement déraisonnable à un patient blanc de l’Hôpital de Saint-Eustache, François Legault, le premier ministre de la société distincte, est prêt à ostraciser plus de 250 000 personnes noires ?

M. Legault aurait-il oublié qu’en 1998, il s’est joint aux péquistes pour libérer la nation québécoise de la discrimination systémique du Canada anglais ?

Bon, quelques uns diront qu’il n’est pas celui qui a envoyé ces messages désobligeants, mais sachez que M. Legault est le Souverain pontif du Québec, et en ignorant les problèmes raciaux, il invite ses apôtres du déni systémique à pécher en roue libre.

Des élus caquistes se sont même plongés dans de la masturbation intellectuelle en essayant de défendre l’indéfendable, alors que la majorité des infirmières de la communauté haïtienne subissent le racisme du système de la santé en silence.

« Non, on ne peut pas crier au racisme », a déclaré systématiquement Benoît Charette, le ministre responsable de la Lutte contre le racisme à la suite du dévoilement de la controverse soulevée par la publication d’offres d’emploi discriminatoires.

L’affaire Mireille Djomo

Or, si le député « polyglotte » de Deux-Montagnes ne croit pas au racisme systémique du réseau de la santé et des services sociaux du Québec, il doit se poser la question fondamentale suivante :

Pourquoi la voix de l’Afrodescendante, Mireille Djomo, qui était en détresse à l’Hôpital Charles-Le Moyne, n’a pas été entendue ?

Pourtant, la défunte, Mme Odjo, n’a formulé aucune demande d’accommodation spéciale, à savoir la réclamation d’un médecin camerounais pour la soigner ou la présence d’une préposée aux bénéficiaires noire à ses côtés.

Non, rien de tout cela.

Elle a simplement exprimé ses inquiétudes quant à la pénicilline, un médicament auquel elle est allergique, mais son cas a été traité différemment de celui du patient de l’Hôpital Saint-Eustache.

Gens de la Communauté, ne cherchons pas midi à quatorze heures, disons les choses telles qu’elle sont.

Le privilège blanc connaît actuellement ses plus beaux jours dans la Belle Province.

La gravité du scandale de l’Hôpital de Saint-Eustache et de l’affaire Mireille Djomo s’articule dans la banalisation culturelle du racisme et le comportement je-m’en-foutiste du gouvernement de François Legault.

Un, deux, trois, quatre.

Quatre personnes différentes du CISSS, ayant indubitablement une mentalité raciste, ont jugé qu’il était normal de publier des messages à connotation ségrégationniste, et ce, à 10 reprises.

C’est un peu ça le racisme systémique : les personnes noires et autochtones subissent des discriminations de manière disproportionnée par rapport aux autres Québécois.

Et tant et aussi longtemps que le premier ministre sera dans le déni quant à cette question, le racisme systémique continuera de sévir dans plusieurs secteurs d’activité, entraînant des violations graves des droits de la personne.

Les choses doivent changer

« Il faut que quelque chose change ici », comme l’avait dit un certain Karol Wojtyla, à Port-au-Prince, trois années avant la Révolution haïtienne de 1986.

Bien sûr, les choses doivent changer en matière d’emploi, d’accès au logement et aux services publics.

Les enfants de la communauté noire ne devraient plus faire l’objet de traitement différencié dans le domaine de l’éducation.

Les interpellations abusives de la part des policiers du SPVM doivent devenir chose du passé.

Ainsi donc, j’encourage tous les membres de ma communauté, les Autochtones et autres groupes qui se sentent étouffés par ce système de poursuivre leurs démarches visant à faire reconnaître leurs droits.

Resserrons l’étau autour de François Legault en braquant les projecteurs sur les nombreux cas de racisme systémique.

En d’autres termes, mettons de la pression sur le gouvernement caquiste !

Contrairement à ce que pensent certains, en démocratie, revendiquer ses droits dans une société que l’on veut plus juste et égalitaire n’est pas synonyme de mendicité. On appartient à cette société ou on n’en fait pas partie.

Si les Canadiens français de Jean Lesage et de René Lévesque n’ont eu de cesse d’insister sur l’importance de lutter contre la discrimination (et non le racisme) des Anglais, et de défendre le particularisme québécois, pourquoi nous, Noirs, ne devrions-nous pas mettre la pression sur le gouvernement caquiste dans le but de briser ce système de la honte ?

Nous devons faire savoir aux ministres Lionel Carmant et Nadine Girault, qui sont aveuglés par la couleur céleste du Salon bleu, que leurs sœurs, leurs cousines ou leurs tantes ne font pas partie des femmes recherchées dans les annonces du CISSS.

Et ils doivent se rappeler qu’en dehors de la Salle de l’Assemblée nationale, ils sont à la merci du profilage racial des policiers et d’autres entraves du racisme systémique.

La route de la victoire est longue, avec de nombreux virages et des obstacles à surmonter. Toutefois, nous ne lâcherons pas prise.

Car, de toute évidence, François Legault ne nous offrira pas ce que nous voulons sur un plateau d’argent. Nous devrons l’arracher, et cela exige de la persévérance et du courage.


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6 Commentaires

    • Béatrice Jean Répondre

      Très bon article…et véridique
      Moi, on m’a déjà demandé de ne pas donner tels soins a un patient, qui ne voulais pas être servi par une noire, par mes supérieurs.
      En entendant mes supérieurs, me dire cela, j’étais sous le choc, car je me disais en moi-même : non, c’est pas vrai 🥺🥺 avec les larmes aux yeux, on est bien en 21e siècle…
      J’ai fait comme si rien n’était, puis je suis partie pleurer au toilette et toute la journée j’étais pas bien, mais vraiment pas…puis j’ai continué a faire mon travail, mais le cœur n’y était pas….

      • Walter Innocent Jr Répondre

        Merci beaucoup pour le compliment, Béatrice. Et je suis désolé pour ce qui vous est arrivé. Le racisme est très présent dans le système de la santé, et les infirmières, les infirmières auxiliaires, les préposés au bénéficiaires souffrent en silence. Il est temps que l’on aborde sérieusement cette problématique afin que la santé mentale de ces gens-là ne soient pas affectées.

        À bientôt, compatriote. Courage.

  1. Carline Victor Répondre

    On m’a congédié parce que je dennoncais le racisme systématique que vit notre communauté. L’infirmière québécoise qui a pété tout une coche en disant des mots raciste à une de mes collègues noire et qui a laissé ces deux patientes sans surveillance et que je fut obligé de prendre en charge une de ses patients auxquels on m’a demandé de prendre en charge les deux patientes qui n’était pas ensemble physiquement auquel j’ai refusé on m’a accusé de ne pas avoir pris en charge une des patiente tandis que j’étais avec une de cette patiente dans une salle .

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup pour ce témoignage, Carline ! Permettez-moi de saluer votre courage, car plusieurs penseraient aux conséquences. Et, oui, le racisme existe bel et bien au Québec, et il est même érigé en système. Je vous dis à bientôt, chère camarade.

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