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Les « bons Noirs » de l’Amérique

Le titre de ce texte pourrait faire croire à un beau film de Spike Lee ou de Ryan Coogler, dans lequel les Afro-Américains sont adulés, alors que l’on touche ici à l’un des plus grands problèmes des Noirs de l’Amérique.

Le pardon. Aujourd’hui, comme vous pouvez le constater, l’Amérique blanche n’a que ce mot à la bouche. Elle célèbre le geste « courageux » de son nouveau héros Brandt Jean, le frère de Botham Jean, un homme noir qui a été abattu mortellement dans son appartement par une ex-policière blanche, à Dallas, en 2018.

Dnans ce cas, nul besoin de vous dire que l’unanimisme de cette Amérique qui n’a jamais eu de considération pour ses citoyens noirs est douteux.

On s’attend à ce que le gémissement « I can’t breathe » d’Eric Garner soit inaudible à l’Amérique noire. Que le racisme et l’injustice puissent régner dans leur laideur, et que les Noirs s’enveloppent de paix.

La bonté ou la faiblesse?

Après le verdict à l’égard d’Amber Gruyger, qui a obtenu une sentence dérisoire, Brandt Jean, a déclaré à la meurtrière de son frère : « je vous pardonne. Et je sais que si vous allez vers Dieu et que vous le lui demandez, il vous pardonnera ».

La meurtrière l’ex-policière Amber Gruyger et en médaillon, Botham Jean, la victime

Ne se contentant pas de ses paroles « libératrices », il supplia la juge – noire aussi – de lui laisser prendre l’accusée dans ses bras, afin que les caméras immortalisent sa bassesse. Enfin, disons que c’est une « belle photo de famille » lorsqu’au même moment, on surprend la juge en train de verser quelques larmes.

Voilà ce qu’aime l’Amérique blanche : que les Noirs soient « bons », « justes » et « conciliants ».

Pour traduire l’idiotisme des privilégiés de l’Amérique, on s’attend à ce que les Noirs pardonnent et oublient tout, tout comme ceux-là qui ont fait preuve de miséricorde envers Dylann Roof, un meurtrier néo-nazi qui a tué neuf hommes et femmes noirs, dans une église de la Caroline du Sud, en 2015.

On s’attend à ce que le gémissement « I can’t breathe » d’Eric Garner soit inaudible à l’Amérique noire. Que le racisme et l’injustice puissent régner dans leur laideur, et que les Noirs s’enveloppent de paix.

Le terroriste néo-nazi Dylann Rooof

L’hypocrisie de l’Amérique blanche

Or, il est fascinant de constater que les Américains fassent la promotion de la paix ces jours-ci, alors qu’ils n’avaient pas « tendu l’autre joue » lorsqu’ils avaient été la cible des attaques japonaises, à Pearl Harbor, en 1941.

Et à ce que je sache, le peuple américain ne s’est pas montré, à raison, conciliant à l’égard d’Oussama Ben Laden et ses acolytes à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

On peut également se demander si les parents de Nicole Brown Simpson et Ron Goldman ont finalement pardonné à O. J. Simpson, malgré le fait que ce dernier ait été innocenté par la Justice.

Comme vous le voyez, chers amis, en Amérique, le pardon roule dans une autoroute – que je nommerai Autoroute 40 Acres – à sens unique, où des Blancs insensibles à la cause noire gèrent la circulation.

Permettez-moi de poursuivre ma réflexion en vous proposant que l’on procède à une autocritique.

Les caresses de la chevelure de la meurtrière qui ont choqué l’Amérique noire

Tout d’abord, posons-nous cette question : pourquoi aimons-nous tant pardonner à ceux qui nous oppriment, encore et toujours?

Le rôle de la Bible

Oui oui, je sais, nous sommes très croyants, et selon la Bible, pardonner n’est pas un luxe, mais une nécessité. Bien.

Cependant, dans la réalité démocratique de l’Occident, l’impunité d’un groupe privilégié ne représente-t-elle pas la discrimination systématique des autres?

Bien sûr que oui.

D’ailleurs, je ne me souviens pas avoir déjà vu un Afro-Américain pardonner à ses semblables avec autant de compassion et de gentillesse que Brandt Jean l’a fait.

Je n’ai pas non plus souvenance d’avoir observé sur le réseau CNN un huissier de justice noir caresser les dreadlocks d’une accusée pour la réconforter à l’annonce de sa sentence.

Comme quoi, The Revolution will not be televised – La Révolution ne sera pas télévisée -, comme disait Gil Scott-Heron.

Ainsi donc, attribuer à la Bible notre mésusage du verbe pardonner s’avère une paresse intellectuelle qui nous empêche de revisiter les champs de coton de la Virginie, où les « Noirs de maison » étaient les « bons Noirs » d’aujourd’hui.

En conclusion, oui, le titre de mon article fait allusion à un film. Un film qui se déroule dans la vraie vie des Noirs des USA et qui est à l’affiche au Canada.

À vous de prendre le temps d’analyser et comprendre ce mélodrame.

Toutefois, il importe de ne pas confondre les « bons Noirs » de l’Amérique aux bonnes gens de la population noire.


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