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Les chauffeurs de taxi haïtiens et le racisme

L’industrie du taxi et les chauffeurs de taxi haïtiens sont une composante très importante de la communauté haïtienne de Montréal. Trouvez-moi un Haïtien qui n’a jamais connu un chauffeur de taxi, je le nommerai « Celui qui a déserté sa communauté ».

Or, le séisme politique qui a secoué l’industrie du taxi ces derniers jours a fait ressurgir une réalité brutale à laquelle les chauffeurs de taxi haïtiens ont toujours été confrontés.

Une réalité que plusieurs jeunes gens d’origine haïtienne, victimes de profilage racial, vivent quotidiennement à Montréal-Nord et à St-Michel.

Une réalité dans laquelle des Noirs, marginalisés dans leur milieu de travail, peuvent se reconnaître.

PK Subban, l’une des victimes du racisme québécois

Une réalité qui est aussi mise en scène à la télévision, où les minorités visibles à l’antenne sont invisibles.

On peut même affirmer sans hésitation que, aussi riche et célèbre soit-il, PK Subban a également connu cette réalité québécoise, en raison de la démence d’un certain dirigeant de club de hockey.

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le visage multiculturel du taxi, accentué par son teint noir, a pesé lourd dans les décisions qui ont été prises par les gouvernements libéral et caquiste.

Mais pourquoi donc tout ce détour tautologique avant de poser mon diagnostic sur la « mort » du taxi au Québec?

Quand on ne s’appelle pas Tremblay

Sans plus tarder, appelons un chat un chat, et les racistes des racistes.

L’industrie montréalaise du taxi a été aussi raciste que les gouvernements qui n’ont rien fait pour stopper l’hémorragie qui frappait l’industrie au plus fort de l’ascension du géant Uber.

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le visage multiculturel du taxi, accentué par son teint noir, a pesé lourd dans les décisions qui ont été prises par les gouvernements libéral et caquiste.

En effet, sachant que les Haïtiens forment un peu plus du tiers des propriétaires de taxis, et que la moitié des membres de cette industrie proviennent des communaués ethniques, le gouvernement actuel peut aller de l’avant avec son projet de loi, en tenant compte que la vie de famille des Tremblay, Gagnon et Bouchard ne sera pas perturbée.

Bien entendu, certains déploreront ma biologisation dans ce que l’on croit être une question d’économie, d’affairisme et de soussouïsme en faveur de l’Oncle Sam.

D’autres diront que je reviens trop souvent à la charge pour traquer le racisme, dans toute sa laideur, sa petitesse et sa turpitude.

À ceux-là, je réponds que la récurrence de ce sujet dans mes écrits suit tristement un mode sans fin, sans limites…

Et, comme le dit l’expression anglaise, « it’s a dirty job, but somebody’s got to do it ».

Il était une fois à Montréal

Or, aujourd’hui, chers amis haïtiens, nous devons faire « ce sale boulot » pour les taximans de notre communauté qui, dès leur arrivée dans l’industrie du taxi au milieu des années 1970, ont subi le racisme et la discrimination.

Rejetés par un grand nombre de compagnies de taxi, humiliés par des clients qui refusaient de monter dans leur taxi, les chauffeurs haïtiens ont dû porter plainte à la Commission des droits de la personne, en mars 1982, afin de ralentir les habitudes de discrimination raciale dans l’industrie du taxi à Montréal.

Ces braves travailleurs haïtiens ont même été victimes de harcèlement et d’intimidation de la part de certains policiers qui trouvaient qu’ils prenaient trop de place dans les rues montréalaises; « vous êtes de trop ici! Retournez dans votre pays! », lançaient ces agents de paix qui n’étaient pas du tout paisibles.

Manifestation contre la discrimination raciale des chauffeurs de taxi haïtiens en 1982

Uber ou Hubert?

Pour revenir au présent, j’avoue préférer Hubert à Uber. Quand je monte dans le taxi de Hubert, il m’accueille avec un « Sak Pase! », on se parle et on rit. Toute une différence avec la prévisibilité déshumanisante de Uber.

De plus, en priorisant Hubert – taxi, je contribue à l’essor économique de ma communauté et je protège le Québec contre l’invasion américaine.

En mesurant l’ampleur du tremblement de terre causé par le ministre des Transports, François Bonnardel, je n’ai pu m’empêcher de penser à mon beau-frère qui a su procurer une qualité de vie respectable à mes neveux et nièces grâce à l’industrie du taxi.

Mes pensées vont également aux autres pères et mères de famille qui dépendent de l’industrie du taxi, quelles que soient leurs origines.

Pour aller en profondeur, je dirais même que le choc du gouvernement caquiste est ressenti jusqu’ en Haïti, au Liban, en Algérie, au Maroc, bref, dans tous les pays où bon nombre de familles dépendent de l’argent du taxi montréalais.

Ainsi donc, en passant en revue la terre natale de quelques-uns de ces chauffeurs, vous aurez compris que le détrônement du taxi comme transport payant par Uber n’a peut-être rien à voir avec la modernisation ou quoi que ce soit d’autre.

À vous d’en juger!

En conclusion, même s’ils affichent souvent un sourire radieux au volant de leur taxi, ces compatriotes que j’appelle « les ambassadeurs de la ville » n’ont jamais joui d’aucune « immunité diplomatique » de la part du gouvernement.

Bien au contraire, ils ont toujours été la cible d’un racisme qui, aujourd’hui, est bien caché dans un système honteux.


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