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Les Haïtiens de la Diaspora sont-ils unis?

Deux Haïtiens valent mieux qu’un, et quatre mieux que deux. Nul besoin d’être Albert Einstein pour faire ce raisonnement mathématique : « l’Union fait la force », comme l’indique la légende du drapeau haïtien. Mais, confusément, à entendre certains, on pourrait croire que l’autodévalorisation est devenue « la faiblesse des Haïtiens »…

En premier lieu, entendons-nous sur une chose : les mésintelligences qui existent actuellement entre les fans de Sweet Micky et des Haïtiano-Québécois dévoués au rigorisme, qui protestent contre la tenue du concert de l’ancien président, ne fragmentent aucunement la communauté haïtienne.

Cela représente une victoire de la démocratie et un « malaise familial ».

Contrairement à la croyance largement répandue dans la diaspora, nous, les Haïtiens, que ce soit du Québec ou des États-Unis, ne sommes pas moins unis que les autres groupes ethniques de notre société.

Ne parvenant toujours pas à décoloniser notre imaginaire, nous imaginons des histoires dans lesquelles le défaitisme tient le rôle principal. Nous croyons que tout ce qui vient de l’extérieur est mieux que ce qu’il y a dans notre communauté.

La diaspora haïtienne célébrant à New York

En fait, nous créons un peu nos propres légendes urbaines… Tout un drame!

Le drame réside dans le fait qu’au sein des communautés haïtianno-diasporiques, il ne se passe pas un jour sans que la solidarité haïtienne ne soit mise en doute.

Le poids des mots

Dans l’auscultation de notre slogan « L’Union fait la force », la parole pessimiste est extrêmement courante même dans les plus hauts des échelons de la communauté haïtienne.

En effet, à Montréal, c’est souvent avec stupéfaction que je lis dans les médias et réseaux sociaux les mots suivants : « les Haïtiens ne sont pas unis », sous la plume de gens que je considère pourtant instruits et brillants.

Sans même évaluer la véracité et le poids de ce propos, nous l’intégrons dans nos discours et nos discussions. Il devient prisonnier de notre pensée, se transmuant en un message qui se diffuse de génération en génération.

Or, ce mensonge répété insatiablement et formulé de différentes manières se transforme de plus en plus en vérité. Il s’agit toutefois d’une fausse vérité qui, malheureusement, risque de coloniser l’esprit des jeunes Haïtiens.

Manifestation des Haïtiens de Montréal

Cela dit, au punctus interrogativus qui nous concerne tous, à savoir si les Haïtiens sont unis, je réponds oui.

Et je dis que, à bien des égards, nous représentons un modèle d’unité.

Fouillons un peu le dictionnaire Larousse pour en avoir le coeur net!

Selon le Larousse, l’union peut se traduire en « un groupement de personnes ou de collectivités associées menant une action, défendant une même cause ».

Alors, si l’on se réfère à cette définition claire et précise, les Haïtiens se sont forgé une réputation de peuple uni en chassant les colons de leur terre.

L’annulation du spectacle SLAV n’a-t-elle pas été causée par l’union entre Haïtiens et d’autres personnes de race noire?

Protestattion contre le spectacle SLAV

Et songeons aux nombreux combats menés et gagnés par la communauté haïtienne de Montréal, de New York et de Miami, dans un passé pas si lointain.

La dévalorisation de soi

De ce fait, chers compatriotes, comment expliquer que, dès que notre belle communauté est victime de persécution, les mêmes poncifs reviennent : « il n’y a pas d’union entre nous », « si c’étaient les Italiens, ils feraient ceci, feraient cela »?

Est-ce à dire que nous préférerions la dévalorisation de soi à la connaissance de soi?

Désirerions-nous déserter notre réalité en contemplant l’idéalité de gens que nous connaissons peu?

Pour mieux examiner ce phénomène psychologique, où l’opprimé en vient à se sentir coupable des injustices qu’il subit, je serais tenté de me rendre à Stockholm. Néanmoins, un petit tour dans les quartiers Outremont et St-Michel suffit à ces fins analytiques.

Tout d’abord, comme dirait mon ami Frank, « l’Italien, c’est l’Italien, et moi c’est moi. Il a ses problèmes, et j’ai les miens ».

Par exemple, une dizaine de jeunes gens n’auront aucun souci à circuler librement dans les rues de Westmount, alors que quatre ou cinq écoliers d’origine haïtienne ne peuvent se réunir paisiblement dans un parc du nord de la Ville sans être associés au phénomène des gangs de rue par les forces de l’ordre.

Les Haïtiens ne s’unissent pas, dites-vous?

Bien au contraire, on les humilie, les marginalise.

Il y a union, il y a pouvoir économique

Plus j’y pense, plus je constate qu’en cogitant sur « l’absence » de la solidarité dans notre communauté, nous errons dans un labyrinthe de mots et de termes, dans lequel nous nous perdons : nous confondons l’union – bien qu’elle soit plurivoque – avec le sens de l’organisation, la force économique et le pouvoir politique.

Point n’est besoin de souligner que les trois derniers atouts mentionnés ne sont pas forcément ceux de la communauté haïtienne.

Il n’en demeure pas moins que le manque d’argent n’a jamais été un obstacle à un Haïtien voulant secourir un compatriote. Et que, notre impuissance au niveau politique ne nous empêche pas de nous regrouper pour défendre une cause.

Pour conclure, disons que oui, notre solidarité se manifeste différemment de celle des Italiens, des Portugais ou d’autres groupes privilégiés.

Car, voyez-vous, nos quotidiens respectifs ne se ressemblent tout simplement pas…


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