Société

Que serait le Québec sans les Haïtiens, les Africains et les Arabes ?


La question de l’immigration occupe une place prépondérante dans la campagne électorale des élections générales québécoises de 2022 et sème la controverse. Quand ce n’est pas le premier ministre sortant qui associe les immigrants à la violence, c’est le ministre sortant de l’Immigration qui baigne dans la médisance.

Ce texte aurait pu être intitulé « Que serait le Québec sans l’immigration ? », mais force est de reconnaître qu’en 2022, les immigrants ne sont pas blancs dans la pensée populaire et dans le monde politique.

D’ailleurs, comme preuve de cet aveuglement volontaire, les médias ne vont jamais sur le Plateau Mont-Royal pour interviewer les membres de la communauté française sur les dossiers chauds de l’immigration.

Pour plusieurs, l’immigrant est noir, arabe ou asiatique.

Cela dit, lors d’un débat électoral à Trois-Rivières mercredi dernier, le ministre Jean Boulet a affirmé que « 80 % des immigrants s’en vont à Montréal, ne travaillent pas, ne parlent pas français ou n’adhèrent pas aux valeurs de la société québécoise ».

Les immigrants, les souffre-douleur de la politique québécoise

Pour une personne qui occupe la double fonction de ministre de l’Immigration et celle de ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, ces propos mensongers sont extrêmement dangereux.

Cet incessant désir de rejeter la faute sur les « autres », les nouveaux arrivants et tous ceux qui ne s’appellent pas Tremblay est un signe de xénophobie.

Doit-on expliquer le comportement stigmatisant de M. Boulet par la paresse intellectuelle ?

Certains diront que le député de Trois-Rivières suit les traces de son leader François Legault, qui, au début de la campagne électorale, avait affirmé que la mauvaise intégration des immigrants pouvait nuire au climat pacifique qui règne au Québec.

Et mercredi dernier, en exprimant son inquiétude envers le déclin du français au Québec, M. Legault a qualifié de « suicidaire » l’idée d’accueillir plus de 50 000 immigrants par an.

Cet incessant désir de rejeter la faute sur les « autres », les nouveaux arrivants et tous ceux qui ne s’appellent pas Tremblay est un signe de xénophobie.

Il s’agit de la même xénophobie qui habitait Jacques Parizeau lorsqu’il a crié haut et fort le soir du référendum de 1995 que le clan du Oui avait perdu à cause de « l’argent et le vote ethnique », alors que, mathématiquement, les séparatistes n’avaient pas besoin d’un grand appui des allophones pour l’emporter.

Pendant des années, on a reproché à Jean Chrétien, ancien premier ministre du Canada, d’avoir volé le référendum en octroyant indûment la citoyenneté à de nouveaux arrivants afin de gonfler le vote du Non.

Les chauffeurs de taxi haïtiens lors d’une manifestation au début des années 1980

Et si on remonte à la fin des années 1970 et au début des années 1980, on constatera que la responsabilité de tous les torts et toutes les fautes a été attribuée aux immigrants, plus particulièrement aux Haïtiens.

Par exemple, les chauffeurs de taxi haïtiens étaient perçus comme des « voleurs de job » par leurs collègues blancs, et ils étaient victimes de harcèlement et d’intimidation de la part de certains policiers qui trouvaient qu’ils prenaient trop de place dans les rues montréalaises.

Or, paradoxalement, aujourd’hui, pour stigmatiser les nouveaux arrivants, le ministre de l’Immigration s’est créé un monde imaginaire dans lequel la majorité des immigrants ne travaillent pas.

C’est le monde à l’envers.

L’importance de la culture

Aurait-il déjà oublié les longues journées de travail des migrants qui ont œuvré dans les secteurs essentiels pendant la pandémie ?

Qu’arriverait-il au secteur de la santé si autant de personnes issues de l’immigration, notamment les Haïtiennes et les Arabes, n’exerçaient pas la profession d’infirmières et de préposées aux bénéficiaires ?

Sans l’apport de l’immigration, le Québec ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Le Festival international de Jazz de Montréal, nommé comme le plus grand festival de jazz au monde par le livre Guinness des Records, ne serait pas né sans l’esprit visionnaire du Guyanais Rouè-Doudou Boicel.

Et que dire du Festival international Nuits d’Afrique, fondé par le sympathique Guinéen Lamine Toure ?

C’est une richesse culturelle inestimable.

Continuons !

La Belle Province ne serait pas présente à l’Académie française si l’écrivain Dany Laferrière n’avait pas immigré au Québec, en 1976.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2020, un total de 81 850 naissances a été enregistré, soit 3% de moins que l’année précédente. L’Institut explique cette chute de la natalité par la réduction des flux migratoires.

Disons les choses clairement : Montréal serait-il aussi gourmand sans la présence des restaurants libanais, haïtiens, asiatiques et africains ?

J’en doute fortement.

La poutine et la tourtière sont excellentes, mais lorsque celles-ci sont entourées de griot, de couscous, de chich taouk et de sushi, le palais du Québec devient plus raffiné.

Plusieurs, pour ne pas dire la majorité, des commerces du centre-ville de la métropole sont tenus par des gens d’affaires d’origine ethnique.

Quiconque détient un minimum de lucidité intellectuelle sait que l’immigration est essentielle à la Belle Province, sans oublier ses retombées culturelles et sociales.

Ralentissement démographique

De plus, ça ne prend pas la tête à Papineau pour savoir que l’immigration constitue la solution à la situation de pénurie de main-d’œuvre.

Quant à la protection de la langue française, je crois fermement que dans la formation ou l’existence d’une nation, la langue est un préalable indispensable; toutefois, je ne pense pas qu’accueillir plus d’immigrants au Québec représente un acte suicidaire.

Le ralentissement de la croissance démographique du Québec semble plus préoccupant.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2020, un total de 81 850 naissances a été enregistré, soit 3% de moins que l’année précédente. L’Institut explique cette chute de la natalité par la réduction des flux migratoires.

En d’autres mots, l’immigration représente une composante cruciale de la croissance de la population québécoise.

Ce n’est pas en fermant les frontières que le Québec s’ouvrira culturellement et sortira des préjugés.

Et comme solution au problème linguistique, il faudrait peut-être favoriser une immigration francophone : les Haïtiens, les Maghrébins et les francophones de l’Afrique subsaharienne sont des candidats idéaux pour combler les besoins du Québec en matière de protection de la langue française.

Et qui sait, peut-être que de cette immigration émergeront des futurs Dany Laferrière.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

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