Culture

L’impact social et culturel de Sidney Poitier sur les Noirs


Devine qui vient dîner : bien des couples interraciaux qui ont fait face aux tensions raciales de leurs parents se sont inspirés de ce film. Les Anges aux poings serrés : les enseignants désirant survivre à une classe hostile devraient regarder ce film. Et ceux qui s’intéressent au septième art lui vouent un grand respect et une grande admiration.

Avec la mort de Sidney Poitier disparaît la star de cinéma la plus populaire au box-office américain de la fin des années 1960 et le premier Noir à remporter l’Oscar du meilleur acteur.

Une étoile est née

Oui, Poitier a bel et bien été au cœur d’un paradoxe américain difficile à expliquer : il remplissait les salles de cinéma, mais n’avait pas le droit d’embrasser ses partenaires blanches et sa communauté se battait pour obtenir le droit de vote.

Alors pourquoi a-t-il été autant sollicité par Hollywood ?

Bien que la profondeur des racines du tronc de l’arbre de l’excellence de l’Amérique noire ait permis à des acteurs tels que Denzel Washington, Halle Berry, Samuel L. Jackson et Michael B. Jordan de se hisser au sommet d’Hollywood, il y a quelque chose de particulier qui distingue Sidney Poitier de tous les autres.

Il a été le plus grand.

Grâce à son charisme, il crève l’écran et touche le cœur des spectateurs dès 1950, avec le film La porte s’ouvre (No Way Out).

Dans La chaleur de la nuit, j’ai encore en mémoire cette scène où Poitier a rendu sans hésitation la monnaie de la pièce à un homme blanc qui l’a giflé. Cette gifle du revers de la main a réjoui les militants noirs qui le trouvaient trop docile dans les rôles d’Hollywood.

Dans la population noire américaine, bien que contesté par des militants de la cause noire, plus particulièrement ceux du Black Panther Party, Poitier était une icône, un modèle à suivre.

En réalité, il incarnait le rêve du leader des droits civiques Martin Luther King, et son nom résonnait au-delà des frontières états-uniennes.

En Haïti, comme dans les autres pays des Antilles, Sidney Poitier était adulé par les cinéphiles.

Une gifle qui change tout

Mes parents m’ont initié très tôt à la Poitiermanie. Si ma mémoire est bonne, le film Devine qui vient dîner a été le premier que j’ai vu. C’est à ce moment que j’ai appris qu’un homme noir, qu’il soit médecin ou non, n’est pas bien reçu chez les parents de sa petite amie ou fiancée blanche.

D’ailleurs, à l’époque, l’histoire de ce film a suscité une polémique raciale dans la communauté noire : certains ont déploré le fait qu’il faille un Noir près de la perfection, un docteur brillant irréprochable, pour être aimé d’une femme blanche sans qualités particulières.

Bref, l’œuvre du réalisateur Stanley Kramer, mettant en vedette la grande Katharine Hepburn et Tracy Spencer qui se glissent dans la peau des parents de la fiancée de Sidney Poitier, n’a laissé personne indifférent.

En fait, Devine qui vient dîner était devenu le slogan des couples interraciaux. À l’instar de « Get Out », titre du film de Jordan Peele, qui traite du racisme, cette formule s’est faufilée dans la pensée occidentale.

Par la suite, j’ai découvert La Chaîne (1958), Les Anges aux poings serrés (1967) et Dans la chaleur de la nuit (1967), des films abordant encore la question raciale.

Dans La chaleur de la nuit, j’ai encore en mémoire la scène où Poitier a rendu sans hésitation la monnaie de la pièce à un homme blanc qui l’a giflé. Cette gifle du revers de la main a réjoui les militants afro-américains qui le trouvaient trop docile dans les rôles d’Hollywood.

Nelson Mandela s’était particulièrement intéressé à la scène de la gifle, car elle a été censurée par les autorités sud-africaines lorsqu’il a regardé le film pour la première fois en prison.

Selon l’oncle de Poitier, ses ancêtres du côté paternel avaient immigré d’Haïti et faisaient peut-être partie des esclaves en fuite qui ont établi des communautés dans les Bahamas.

Les films de Poitier m’ont marqué à un point tel que plus tard dans mon adolescence, j’ai décidé de mener des recherches approfondies sur sa vie.

Sidney Poitier est né le 20 février 1927, à Miami, en Floride, lors d’un voyage de ses parents, des fermiers bahaméens.

Peu de temps après, son père lui achète un cercueil, car il n’était pas disposé à accueillir un nouvel enfant. Suivant les conseils d’une voyante qui prédit un avenir brillant à Sidney, sa femme rejette cette idée.

Ayant grandi dans la pauvreté aux Bahamas, à 14 ans, presque analphabète, il débarque à Miami et vit avec son frère aîné avant de partir deux plus tard tenter sa chance à New York.

Selon l’oncle de Poitier, ses ancêtres du côté paternel avaient immigré d’Haïti et faisaient peut-être partie des esclaves en fuite qui ont établi des communautés à travers les Bahamas.

Après des années difficiles au pays de l’Oncle Sam, il obtient sa chance dans l’industrie cinématographique au début des années 1950. Et en 1964, la même année où la loi sur les droits civils a été ratifiée, Le lys des champs, de Ralph Nelson, lui vaut un Oscar.

Son militantisme

Poitier sera reconnu autant pour sa brillante carrière d’acteur que pour son engagement social.

D’ailleurs, tout au long de sa carrière, il a porté sur son dos le lourd poids de la responsabilité raciale. Par principe, il a refusé des rôles renforçant des stéréotypes raciaux et plutôt choisi de jouer à l’écran des hommes dignes et respectés.

C’était sa façon de militer pour la cause des Noirs.

D’après le New York Times, dans une interview accordée en 1967, Poitier a déclaré : « Si le tissu de la société était différent, j’accepterais volontiers de jouer les méchants et de faire face à différentes images de la vie des Noirs qui seraient plus dimensionnelles ».

Selon le magazine People, Poitier avait l’habitude d’accueillir chez lui des militants du mouvement des droits civiques.

Sa participation au Freedom Summer, un événement relatif aux droits civiques, en 1964, à Greenwood, au Mississippi, constitue le plus bel exemple de son activisme.

Émus par la mort de trois militants des droits civiques tués après avoir tenté d’inscrire des Afro-Américains sur le droit de vote, Sidney Poitier et Harry Belafonte ont remis 70 000 dollars aux organisateurs de l’événement afin de financer le mouvement des droits civiques.

En quittant Greenwood, Poitier et Belafonte ont été pourchassés par des membres armés du Ku Klux Klan et ont eu la vie sauve de justesse, a rapporté The Nation en 2017.

Poitier a pris part à de nombreuses marches importantes de la communauté afro-américaine, dont celle de Martin Luther King sur Washington en 1963 et celle en l’honneur de James Meredith, le premier Noir à fréquenter l’Université du Mississippi, qui a été tué cette année-là lors d’une manifestation.

Comme vous pouvez le constater, la vie de Sidney Poitier va au-delà du divertissement et des Oscars d’Hollywood. La communauté noire a perdu un homme fort et positif.

Je suis quant à moi particulièrement heureux d’avoir visionné la majorité de ses films, et je tiens à lui envoyer ce message afin de lui exprimer ma gratitude :

Monsieur Poitier, au nom de ma défunte mère, qui a été charmée par votre prestance, votre élégance et votre intelligence, je vous dis merci.


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