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M. Legault, la communauté noire n’est pas à vendre !

C’est toujours bien de voir des membres de la communauté noire être sollicités par des partis politiques, que ce soit au niveau municipal, provincial ou fédéral. Toutefois, lorsqu’un(e) candidat(e) noir(e) met de côté ses valeurs les plus profondes pour atteindre le sommet, son ascension personnelle peut entraîner la chute de sa communauté.

Une communauté déjà affaiblie par l’individualisme et le « sousouisme » de ses élites.

Une volte-face inattendue

C’est un secret de polichinelle que l’annonce de Shirley Dorismond, ancienne vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), comme candidate de la CAQ dans l’élection partielle de Marie-Victorin, a produit une onde de choc dans la Belle Province.

Si les principaux médias du Québec s’en sont donné à cœur joie en posant des questions gênantes à Mme Dorismond au cours des derniers jours, les Afrodescendants s’inquiètent et cogitent sur la facilité avec laquelle François Legault vient cueillir les plus beaux fruits de leur communauté, pour ensuite leur imposer une saveur typiquement caquiste.

Comme diraient les Haïtiens, M. Legault pénètre au cœur de la communauté noire comme s’il entrait dans le jardin de son père.

Après avoir perdu les ministres Lionel Carmant et Nadine Girault au profit du mercantilisme de la CAQ, nous assistons tristement à la capitulation d’une guerrière qui a pourtant fait preuve de combativité dans le passé.

Mme Dorismond et M. Legault

Pour vous mettre un peu en contexte, il y a quelques mois, Mme Dorismond et le premier ministre étaient à couteaux tirés en public au sujet de la convention collective des membres de la FIQ.

En mai 2021, Shirley Dorismond a amorcé son attaque anti-caquiste en déclarant dans une vidéo que « si le gouvernement Legault avait fourni une protection adéquate aux travailleurs de la santé, des décès massifs en CHSLD auraient pu être évités ».

Six mois plus tard, dans une lettre adressée à François Legault, elle l’accuse d’être complice d’une violence organisationnelle subie par les infirmières.

À l’égard du racisme systémique, elle a dénoncé la politique aveugle de la CAQ en twittant « qu’il n’y aura pas de justice sociale tant que le racisme systémique existera ! »

C’était en juillet 2020, à l’époque de George Floyd, de l’engagement militant, de Black Lives Matter.

Or, aujourd’hui, Mme Dorismond tourne casaque et détourne les questions relatives au racisme systémique des journalistes pour propager un discours pro-Legault.

Les interviews qu’elle accorde aux médias sont d’une platitude vide de sens politique ou intellectuel, trahissant son psittacisme caquiste.

Indubitablement, cette volte-face spectaculaire fait très mal aux 320 000 Noirs vivant au Québec ainsi qu’aux communautés autochtones, qui sont victimes d’un racisme érigé subtilement en système.

C’est également un coup bas porté aux 76 000 membres de la Fédération interprofessionnelles de la santé du Québec, qui est composée d’infirmières, d’infirmières auxiliaires et d’inhalothérapeutes.

Le manque d’amour de soi

Enfin, amies et amis afrodescendants, nous avons beau critiquer la politique machiavélique de François Legault, qui tente par tous les moyens de posséder les doubles des clés de notre communauté, nous devons revoir notre manière de penser et d’agir.

Pour être plus précis, j’estime qu’une réflexion sur notre amour-propre s’impose.

Après avoir perdu les ministres Lionel Carmant et Nadine Girault au profit du mercantilisme de la CAQ, nous assistons tristement à la capitulation d’une guerrière qui a pourtant fait preuve de combativité dans le passé.

Sans même tomber au combat, Mme Dorismond intègre les rangs systémiques de M. Legault. Nos ancêtres Jean-Jacques Dessalines, Malcolm X et Thomas Sankara doivent se retourner dans leur tombe.

Quelle est donc la cause de la fugacité de l’esprit dessalinien de nos frères et sœurs ?

Je l’ai mentionné un peu plus tôt, et je ne cesserai de le répéter : nous avons un important problème d’estime de soi, et non un problème économique, contrairement à la croyance populaire.

Gens de la Communauté, osons le dire : plusieurs d’entre nous se font tout petits devant l’étranger, c’est-à-dire qu’ils pratiquent le « mouripoulisme », pour être acceptés ou aimés.

Au lieu de chasser le colon de notre tête, on pourchasse des rêves dignes d’idéalisme merveilleux, dans lesquels on se sent fier d’être le seul Noir dans un milieu de Blancs, et le premier Noir à faire ceci et cela.

Hélas, cet onirisme, qui est très présent dans notre communauté, permet à certains de s’octroyer un statut privilégié dans le système érigé en racisme.

Nous devons faire comprendre à ces politiciens que le patriotisme lié à l’ethnicité passe avant le conformisme politique.

Pour revenir à la candidature de Shirley Dorismond dans la circonscription de Marie-Victorin, certes, j’adhère à la notion de la liberté individuelle. Cependant, quand cette liberté nuit à l’avancement d’un groupe, d’une communauté, il faut se poser des questions.

D’ailleurs, M. Legault, qui limite les libertés des non-vaccinés au nom de la santé publique, sait parfaitement de quoi je parle.

Comment renforcer la communauté noire

Quant à ceux qui prétendent qu’il faut placer ses pions à l’intérieur du système pour le faire tomber, je leur réponds qu’un grand nombre d’Afro-Américains ont occupé des postes clés dans la politique américaine, y compris celui de président, et rien n’a changé.

Année après année, on perroquette aux Noirs « Allez voter », et rien ne change, car les politiciens noirs des partis au pouvoir se conforment aux règles du « tout-puissant » système.

Bon, loin de moi l’idée de faire de l’obstructionnisme aux valeurs démocratiques de l’Occident en incitant les gens à ne pas voter, mais je ne peux ni rester insensible envers la réalité de la communauté noire du Québec ni taire le comportement je-m’en-foutiste de certains politiciens afrodescendants.

Les Noirs ont en ras-le-bol des coups bas et des trahisons, et l’affaire Shirley Dorismond est une gifle de trop.

À quoi nous sert-il d’avoir des élus noirs à l’Assemblée nationale lorsqu’ils font, comme des marionnettes et au détriment des intérêts de leurs semblables, ce que leur chef fait ?

Nous devons faire comprendre à ces politiciens que le patriotisme lié à l’ethnicité passe avant le conformisme politique.

C’est ce qui renforce une communauté.

Et c’est ce principe que l’ex-députée Maria Mourani, d’origine libanaise, a adopté lorsqu’elle a été expulsée du caucus du Bloc Québécois en raison de son opposition au projet de Charte des valeurs québécoises, qui inquiétait la communauté arabe, en 2013.

En 1976, Jean Marchand, membre influent du Parti libéral du Canada, démissionne de la Chambre des communes, car il était en désaccord avec une décision de son parti, qui limitait l’usage du français chez les contrôleurs aériens du Québec.

En 1990, Lucien Bouchard, qui était ministre de l’Environnement, quitte son bon ami Brian Mulroney et le Parti progressiste-conservateur du Canada parce qu’il était insatisfait du traitement réservé au peuple québécois.

Bref, chers compatriotes, nous devons faire savoir au premier ministre François Legault et quelques-uns des nôtres que la communauté noire n’est pas à vendre.

Et que les plus beaux fruits de notre arbre de la créativité et de l’excellence n’ont pas de prix.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

5 Commentaires

  1. Je vous remercie de cet article. J’aimerais ajouter quelque chose. Je suis déçues et triste de voir cela, mais nous devons nous rappeler que la communauté noire n’est pas monolithique et que les personnes noir.e.s représentent que eux même et non les autres. Je suis en désaccord avec sa manière de faire et je me sens moi même trahie alors que je ne suis pas dans le système de santé. Mais je crois toujours qu’on doit prendre jn recul et réalise que c’est une personne qui ne représente pas la communauté noire ni toutes les femmes noires. Cette nouvelle ma fait mal rt j’ai de la difficulté à la digérer mais c’est aussi une réalité qu’on doit comprendre que les noires ne sont pas monolithique et que certains vont le faire pour leur propre agenda.

  2. -(On a brisé les chaînes hier, aujourd’hui on brise le silence) •Damso
    Demain nous reprendrons notre liberté.

    La mission va être aussi longue que nôtre histoire et nous nous devons d’être aussi fort physiquement et mentalement que nos ancêtres.
    Malgré la déception en vers les agissements de certain(e)s, on ne laissera pas nos semblables derrière car devant cette puissance blanche notre mélanine lui donnera toujours raison sur nous.

    -Seul on va vite, ensemble on va plus loin.
    (Dicton de la terre de nos ancêtres et nos enfants ainsi que de leurs)

  3. Je suggère de commencer l’unification des familles (surtout les parents soucieux de l’avenir de leurs enfants) pour réaliser un projet en un an.(ex: école privé et en parallèle fond social) Ça ne prend que mille personnes avec mille dollars pour faire un million 🤔. Démontrons notre capacité à faire des alliances entre nous, faisons des ententes d’amitié, créons la réalité que nous désirons, bref, revenons à la manière ancienne et à notre culture. Rappelons-nous que nos aïeux sont bâtisseurs de civilisation. Disons la vérité! Nous sommes pas une couleur, nous sommes Maures! Enseignoms à la prochaine génération les principes fondamentaux. Ainsi, la communauté sera fortifiée.

  4. Comme je dis toujours il y a l individualime et du nationalisme …. Et il y en a qui sont fait cette confusion

  5. Wow ! Excellent article, vous avez tout dit. Merci beaucoup pour cette réflexion. Comme vous le dites : LA COMMUNAUTÉ NOIRE N’EST PAS À VENDRE !

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