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Non, les Noirs ne sont pas immunisés contre le coronavirus


Quand j’étais petit, j’entendais souvent des proches de la famille dire que le cancer était une maladie de Blancs, que les ingrédients qui composaient les bons plats haïtiens n’attiraient pas cette maladie mortelle. Cette croyance populaire a régné dans la communauté haïtienne, et je ne l’ai jamais remise en cause jusqu’à ce que le cancer emporte ma propre mère.

Et beaucoup d’entre nous dans la communauté noire continuent d’associer les maladies mentales et le suicide aux personnes de « race » blanche, malgré de nombreux cas qui les contredisent.

Le coronavirus ne discrimine pas

Or, aujourd’hui, alors que la planète entière se prépare à une « guerre » contre le COVID-19 en s’armant de papier de toilette et de mesures significatives, certains Afro-descendants ont l’esprit en paix, croyant à un parcours discriminatoire de cette épidémie qui cherche à occuper le territoire nord-américain.

En d’autres termes, dans leur monde imaginaire, seul le monde blanc peut tomber devant le coronavirus, l’ennemi public no 1.

La ruée vers le papier de toilette

Bon, j’avoue que le très faible nombre de cas recensés dans les pays africains suscite des interrogations, et je ne peux cacher ma joie du fait qu’Haïti, pays déjà affaibli par un paupérisme chronique, soit jusqu’à maintenant épargnée.

Cependant, force est de constater que, contrairement à l’idée véhiculée au cours des dernières semaines, les Noirs sont bel et bien sujets à être contaminés par ce virus dangereux.

Comme preuve que le coronavirus ne voit pas la couleur de ses victimes, on n’a qu’à penser à Rudy Gobert et Donovan Mitchell, deux joueurs noirs de la NBA, qui ont été infectés, ce qui a forcé la ligue à suspendre ses activités.

En Afrique, le berceau de l’humanité, on n’avait détecté que deux cas à la fin du mois de février. Or, à ce jour, la propagation du COVID-19 a atteint 12 pays africains, dont 112 cas ont été confirmés, faisant deux morts.

Que représentent les 112 personnes testées positives dans un continent d’une population de 1,216 milliard, me direz-vous?

Peu. Très peu.

Toutefois, on peut croire qu’en Italie, où le cap de 1000 morts a été atteint, on ne s’attendait pas à ce que le pays soit aujourd’hui paralysé par le COVID-19 lorsqu’on a recensé les premiers cas de contamination.

On peut également deviner que la Chine, le lieu de naissance du COVID-19, a peut-être minimisé elle aussi la létalité du virus au tout début de sa propagation.

Le mythe de la surhumanisation des Noirs face à des maladies mortelles ne date pas d’hier.

Des fausses croyances qui nous piègent

Parlant de la Chine, la légende urbaine de la résistance noire face au nouveau coronavirus s’articule sur le prompt rétablissement de Kem Senou Pavel Daryl, un jeune étudiant camerounais, qui avait contracté le virus au début du mois de février, en Chine.

Dès lors, de nombreux Afro-descendants ont partagé des images du jeune survivant dans les réseaux sociaux, faisant ainsi l’éloge de la peau noire en affirmant que les médecins ont confirmé que « Senou est resté en vie parce qu’il a la peau noire, et que les anticorps d’un Noir sont 3 fois plus forts, plus puissants et plus résistants que ceux d’un Blanc ».

En toute honnêteté, il est difficile de lier la race du ressortissant camerounais à sa guérison de cette maladie sans aucune preuve scientifique.

Le mythe de la surhumanisation des Noirs face à des maladies mortelles ne date pas d’hier.

Si vous me le permettez, je vous ramène à l’époque de l’esclavage, dans la ville de Philadelphie, en Pennsylvanie, afin de vous donner un exemple des croyances qui ont eu des conséquences tragiques dans le monde noir.

En 1793, une épidémie de fièvre jaune s’est emparée de Philadelphie, qui était alors la capitale des États-Unis. Près de 20 000 personnes, dont la moitié de la population, ont fui Philadelphie cette année-là, tandis qu’un bon nombre d’Afro-Américains sont restés dans la ville après que Dr. Benjamin Rush, un abolitionniste, leur a fait croire qu’ils étaient immunisés contre la fièvre jaune.

Or, Dr. Rush avait tort. Des centaines de Noirs qui sont restés pour l’aider à contrer cette maladie sont morts. Les Noirs n’étaient pas plus résilients que les Blancs face à la fièvre jaune. Quoiqu’en Haïti, le Général Leclerc et l’expédition… Non, gardons la suite pour un autre texte.

De plus, je m’oppose à toute idée voulant que, soit grâce leur « supériorité » génétique, biologique ou physique, les femmes noires et les hommes noirs soient immunisés face à une maladie ou une quelconque situation.

Cette façon de penser ne fait que nourrir les idéologies racistes, et c’est comme ouvrir une boîte de Pandore qui serait difficile à fermer.

S’il est vrai qu’il existe certaines maladies qui affectent un groupe ethnique plus que d’autres, il est rare qu’un être humain échappe à la dégradation de sa santé à un moment donné de sa vie.

Jeudi dernier, nous avons appris que l’épouse du premier ministre Justin Trudeau a été testée positive au COVID-19, comme quoi ce virus-là ne discrimine pas : que l’on soit Noir, Blanc, riche ou pauvre, il attaque.

Dans ce cas, chers compatriotes, chers amis de la Communauté, je vous suggère fortement de suivre les directives des dirigeants du pays, car la prudence est le plus grand des biens.


Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire au bas du site. Merci.

2 Commentaires

  1. Bonjour Walter,

    Je vous remercie grandement de vos beaux articles et spécialement pour celui-ci en ces temps de crise. Je suis d’accord que l’on devrait tous sans exception suivre les mesures préventives prescrites par les ministères de la santé de nos pays respectifs. Même lorsque nos ethnies noires sont pratiquement exempts de la maladie… Nous devons par solidarité sociale, par respect de nos leaders établis mettre en pratique les consignes de sécurité afin d’aider l’aplanissement de la courbe de propagation et minimiser les chances que le virus devienne plus résistant. Toutefois, dans les faits, le public a raison de constater que les Noirs semblent pouvoir porter et propager la maladie mais ne pas être infectés mortellement autant que certaines ethnies telles que asiatiques et caucasiennes… Il est vrai que l’on cite, en exemple, 3 Noirs qui ont été testés positifs… Encore une fois, porteurs mais pas malades. Lorsque les pandémies comme l’ébola et le sida avaient commencé à nous affecter plus que les autres ethnies rapidement ces maladies nous étaient associées. Aujourd’hui, puisque cette maladie atteint en majorité les populations de grandes puissances, des personnalités importantes et j’en passe, la maladie est soudainement universelle… Bref, je crois qu’il ne faut pas offenser l’intelligence des gens. En vérité, il est trop tôt pour affirmer avec certitude que les peuples afrodescendants sont immunisés par la maladie et il est trop tôt pour affirmer qu’ils sont vulnérables au même titre que les autres ethnies puisque les constats parlent d’eux-mêmes. Une chose est sûre, tous les premiers cas recensés (patients 0) dans les pays africains ou afrodescendants de Covid-19 étaient des ressortissants européens, américains ou asiatiques… Ce n’est pas la première fois que des maladies nous sont importées et allègrement partagées… Donc, il y a une part de vérité dans les propos de certains à dire que ce sont des maladies de d’autres ethnies.
    À mon humble avis, il faut recentrer le débat en admettant toutes les théories même celles qui semblent farfelues mais amener les gens à réaliser que peu importe qu’ils aient raison ou tort, Contentons-nous de faire preuve de prudence et d’adopter une attitude et des comportements de prévention comme le prescrit l’ordre social établi car jusqu’à présent, on ne sait pas d’où vient ce virus (originaire de Wuhan en Chine et de sa base militaire américaine? d’une espèce animale quelconque?) et ce qu’elle peut devenir demain… Nous sommes tous affectés! On n’est peut-être pas malade mais actuellement notre mode de vie à énormément changé depuis les 3 derniers jours… Conformons-nous!

    • Walter Innocent Jr Répondre

      À moi de vous remercier, Patsy. Et je vous félicite également pour votre éloquence. En ce qui concerne le peu de cas de décès dans la population noire, je crois que les Occidentaux commencent à se poser des questions. Même moi, je m’interroge sur la timidité du coronavirus sur le continent africain. Et, oui, vous avez bien fait d’avoir évoqué l’ébola et sida pour parler de la stigmatisation à laquelle nous avons dû faire face quand ces maladies étaient en puissance.

      Attendons la suite des événements tout en se protégeant.

      À bientôt, chère camarade.

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