Société

Quand le vaccin déchire des familles, brise des amitiés et sépare des couples au Québec


Cré-moé, cré-moé pas, quèqu’part à Montréal ou à Québec, il y a un homme qui s’ennuie en maudit et qui se sent seul : sa petite copine est partie en raison d’une dispute au sujet du vaccin contre la COVID-19, du passeport vaccinal et des droits et libertés des individus.

Il ne s’agit pas ici d’un texte moralisateur visant les non-vaccinés, ou encore moins d’un plaidoyer en faveur de nos droits et libertés, mais bien d’un portrait fidèle de la réalité québécoise en ce temps de preuve vaccinale.

Des tensions constantes

C’est bien connu que discuter de politique ou de religion dans les soupers de famille provoque parfois des conflits et de profonds désaccords. Par contre, ce que l’on ne savait pas, c’est que le passeport vaccinal deviendrait un sujet tabou et ferait partie des débats à éviter.

Que ce soit en famille, dans les cercles d’amis, dans les milieux de travail ou même en couple, il est impossible d’avoir une conversation civilisée sur le vaccin anti-covid, car le ton monte, les dents grincent, et cela finit en pugilat.

Et le téléphone ne sonne plus.

Si le racisme a déchiré et jeté à la poubelle le contrat social du vivre-ensemble, le débat sur la vaccination a froissé le tissu familial.

En effet, la question vaccinale fait autant de ravages que le fameux virus : de nombreux parents ont perdu contact avec leurs enfants, tant de gens ont coupé les ponts avec leurs amis et la vie conjugale de certains couples est menacée.

Dans un cas exceptionnel, un militant antivax de Montréal a déserté son foyer par souci de cohérence avec ses démarches « révolutionnaires ».

Ayant abandonné sa conjointe et son fils de 15 ans qui ont agi contre sa volonté en se faisant injecter secrètement une dose, le quadragénaire italo-canadien a indiqué qu’il est impensable qu’il vive sous le même toit que des moutons.

Quelle tragédie pour cette femme qui a perdu son compagnon de vie bêtement !

Si le racisme a déchiré et jeté à la poubelle le contrat social du vivre-ensemble, le débat sur la vaccination a froissé le tissu familial.

En juillet dernier, une banale discussion autour de l’efficacité du vaccin a tourné au vinaigre entre ma voisine et sa meilleure amie. Julie, une infirmière retraitée, qui a été infectée par la COVID-19, accepte mal que son amie soit réfractaire à la vaccination.

« Son comportement irresponsable et ses arguments complètement farfelus m’ont fait comprendre qu’elle appartient plutôt au monde du complotisme, et non au mien », a martelé la sexagénaire qui a mis fin à 20 ans d’amitié par des insultes.

Oui, les tensions sont quotidiennes dans la Belle Province.

Un passeport vaccinal qui ne passe pas toujours

Et la tension est montée d’un cran depuis que le gouvernement du Québec a annoncé qu’il était nécessaire de montrer son passeport vaccinal pour se présenter dans différents endroits jugés non essentiels.

Restaurants, bars, cafés, gyms, cinémas, salles de spectacle, bref, un peu partout dans la province, nous devons exhiber notre téléphone intelligent afin de prouver que nous avons reçu les deux doses du vaccin contre la COVID-19, que ce soit celles de Pfizer, de Moderna ou d’AstraZeneca.

Bien entendu, ce passeport vaccinal à code QR contient quelques-unes de nos informations personnelles telles que le nom, la date de naissance, le type de vaccin inoculé, le nombre de doses ainsi que les dates et lieux de la vaccination.

C’est bien cela l’enjeu, si bien qu’en examinant la situation pandémique, j’ai constaté que plusieurs d’entre nous sont nés pour avoir raison.

Cette situation s’ajoute malheureusement aux inquiétudes et mésintelligences que suscite la campagne de vaccination contre la COVID-19 : pour les opposants au vaccin, ceux qui ne pensent pas comme eux sont des « moutons », et ces derniers répliquent avec le néologisme « covidiot » pour décrire les récalcitrants au vaccin.

Stéphanie (nom fictif), une infirmière d’origine haïtienne, la trentaine, jure qu’elle ne se fera pas vacciner, quitte à perdre son emploi. Elle est très dubitative sur l’innocuité du vaccin à moyen et long terme.

« Je ne parle pas du tout à ma cousine qui me traite de complotiste et qui essaie de me faire changer d’avis », dit-elle. « Et je sais qu’il y a des collègues de travail et des amis qui critiquent ma décision, mais je reste campée sur mes positions, même si je risque de perdre quelques-uns d’entre eux », ajoute-t-elle.

Pourtant, au début de la crise sanitaire, Stéphanie avait été coopérative et incitait les gens à respecter les directives des autorités. Or, aujourd’hui, elle est prête à rompre ses liens de parenté pour défendre ses convictions.

Que s’est-il donc passé avec cette femme qui accorde une grande importance à ses amis et sa famille ?

A-t-elle été emportée par le vent de la liberté des opposants à la vaccination ?

Bien malin celui qui pourrait répondre à ces questions.

Qui a raison ?

Kevin, lui, un Afro-Montréalais, a dû rompre avec sa copine qui ne cessait de le comparer à un mouton, un mou, un égaré qui n’a pas une vision éclairée sur la campagne de vaccination qui, selon elle, est commandée par Bill Gates.

« Pendant des semaines, elle a pris d’assaut les réseaux sociaux pour lancer des messages railleurs à mon égard, allant même jusqu’à dire qu’elle sort avec un Noir qui n’est pas un vrai Noir », souffle d’une voix faible, remplie d’émotion, cet ingénieur dont l’ancienne copine est Québécoise dite de souche.

Voilà ! Les réseaux sociaux sont devenus le refuge et la force des membres de famille et des amis qui ont été déchirés par le sujet de la vaccination. Dans ce royaume du fanatisme et de l’obstructionnisme, chacun (antivax et pro-vaccin) publie des articles et des vidéos pouvant lui donner raison.

Un couple qui ne s’entend pas sur la question vaccinale

C’est bien cela qui est en jeu, si bien qu’en examinant la situation pandémique, j’ai constaté que plusieurs d’entre nous semblent être nés pour avoir raison.

Certains sont devenus des champions de la polymathie, des détenteurs de la sciene infuse, pouvant trouver des solutions aux difficultés auxquelles nous sommes confrontés.

Bon, j’admets faire partie de ces « moutons » qui ont suivi docilement les consignes du gouvernement sur le port du masque, la distanciation physique et la vaccination.

Ce choix personnel, que je considère comme crucial à la collectivité, a consterné certaines personnes avec lesquelles j’ai l’habitude de philosopher et de débattre de l’avenir de notre société.

La semaine dernière, un ami de longue date n’a pu s’empêcher de montrer son étonnement et sa déception devant mon positionnement pro-vaccin.

« Je te croyais beaucoup plus intelligent que ça, Walter… Je suis très déçu… Où donc est passé ton sens critique ? », a lancé cet ami dont je tairai le nom.

Bien sûr, comme tout le monde, je favorise l’esprit critique.

Cependant, voyez-vous, ne possédant pas de compétences et de connaissances liées à l’épidémiologie, il m’est difficile de prouver que le vaccin n’est pas l’ultime moyen de vaincre la COVID-19.

Et il m’est encore plus difficile d’apporter davantage de précisions sur la nocivité ou l’innocuité des deux doses de Pfizer qui m’ont été injectées. Je me fie aux dires des scientifiques et au gouvernement qui a déclaré la guerre à cette pandémie depuis mars 2020.

Je me suis laissé aller au « panurgisme ».

Oui, je sais : il est vrai que le gouvernement Legault est souvent la cible de mes critiques en raison de son indolence en ce qui a trait aux dossiers des communautés autochtones et noires ; néanmoins, devant un ennemi commun, des ententes de défense mutuelle sont souhaitables.

Dans ce contexte particulier, je me joins à la communauté humaine pour remédier au vilain dommage.

Pour paraphraser Michel Rivard, ça ne vaut pas la peine de laisser ceux qu’on aime à cause de désaccords au sujet d’un vaccin. Cela fait souffrir des enfants, des parents et des amis.

C’est une blessure qui dure longtemps. Une plaie qui ne cicatrise jamais.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

6 Commentaires

  1. Excellent article et c’est dommage que ce soit le cas. On devrait respecter simplement les décisions de chacun… surtout que la pandémie est en perte de vitesse et le système de santé semble être à même de supporter les malades actuellement… si bien qu’on ose même suspendre sans soldes les employés qui refusent l’inoculation.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Albert, je remarque que, même autour de moi, que les gens ont beaucoup de difficulté à respecter les décisions des autres. Certains pensent avoir l’intelligence pour penser pour les autres. C’est unnombrilisme qui dérange beaucoup.

      Merci beaucoup, Albert. À bientôt.

  2. Great read. Thank you for doing this important article. So sad how this is such a divisive topic, but months ago I was telling my friends that this will become an « US vs THEM » scenario.

    I must confess that I keep the fact that I am unvaccinated hidden from my co-workers as I do fear they will treat me less than and judge me. I have no issues with those who chose to get vaccinated. I do not call them sheep. I choose not to get vaccinated because I already had COVID-19 and feel I have natural immunity. I wish people would recognize the « grey » zone. And that more studies would be conducted on people like me, but it seems like they just want everyone to get the jab.

    Until then, I keep my opinions to myself in the outside world. It should be noted that all my family and friends treat me no different for my choice. I just can’t join them when they go to the restaurant!

    • Walter Innocent Jr Répondre

      I understand your situation very well, Sasha. I think that that subject has become such a taboo, that we just have to be quiet about it. Too many friendships were broken and too many families are at war. It is a personnal choice, and I understand both parties.

      Thank you for your view point.

  3. Cher Walter! J’ai aimé ton article jusqu’au paragraphe où tu prétends que ton choix personnel est crucial à la collectivité! Tu as porté peut-être malgré toi, un jugement. Même la Bible me dit “aime ton prochain comme toi-même “ Je dois donc m’aimer d’abord. Cet amour m’interdit d’introduire dans mon corps quelque chose qui ne m’inspire absolument pas confiance. Il n’y a rien de plus intime que notre corps. Accepter d’y faire introduire quoique ce soit qui nous déplaît est carrément un viol!!

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Chère Nenette! Tu as le don d’élever le niveau du débat, mais tu as aussi la fâcheuse habitude de perndre la voie évangélique pour nous fausser chemin, sachant très bien que nous ne sommes peut-être pas outillés pour les discussions concernant la Bible.

      Cela dit, je comprends parfaitement ton point. Ton corps t’appartient, et personne ne peut obliger à administrer quoi que ce soit dans ton corps. Cependant, il importe que tu respectes ceux qui pensent agir en faveur de la collectivité en acceptant le vaccin. Qu’en penses-tu ? Nous avons tous raison, sauf que nous ne partageons pas tous le même point de vue.

      Toujours un plaisir de lire tes commentaires pertinents, Nenette. À bientôt.

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