Actualités

Rickey D, le promoteur qui a uni les communautés noires

Je ne savais pas chanter, je ne savais pas danser et je ne savais pas rapper non plus. Cependant, j’avais tellement la passion pour la musique que je me suis dit que j’allais distribuer des flyers », a révélé humblement le promoteur d’événements Rickey D, en recevant un prix soulignant l’ensemble de sa carrière au Gala Dynastie 2020.

Je me sens privilégié d’avoir été un témoin des grandes réalisations de ce promoteur qui a su faire rayonner la culture hip-hop dans la Belle Province.

De ce fait, permettez-moi de vous relater quelques faits de son illustre carrière en puisant dans mes propres souvenirs.

Certes, Rickey D a collaboré à de grands spectacles mettant en vedette les Fugees, Wu Tang Clan, LL Cool J et le Tribe Called Quest, mais selon moi, ces brillants faits d’armes ne se comparent pas à l’esprit de tolérance et de coexistence entre les communautés qu’il a pu instaurer dans le monde de la nuit

Tout d’abord, entendons-nous bien : Rickey D n’a pas menti à propos de son incapacité au niveau de la danse et du chant. On ne le voyait jamais sur les pistes de danse ou en train de fredonner une chanson quelconque. En revanche, il avait toujours en sa possession des flyers, prêt à nous pourchasser pour des sollicitations promotionnelles.

La modestie d’un grand organisateur

Toutefois, si l’infatigable promoteur a dit la vérité sur la naissance de sa carrière, il n’a pas dévoilé comment il a fait tomber le « mur de Berlin » qui existait entre les Haïtiens et la communauté noire anglophone durant les années 80 et 90.

Il nous a également caché le fait qu’il ait été le premier promoteur de la communauté anglophone à avoir diversifié les clubs de RnB/Hip Hop du centre-ville de Montréal en intégrant la musique Kompa dans ses soirées.

Ah, la modestie! Quelle belle vertu qui rend le mérite encore plus beau!

Rickey D honoré pour son implication dans la communauté au Mois de l’histoire des Noirs de 2015

Certes, Rickey D a collaboré à de grands spectacles mettant en vedette les Fugees, Wu Tang Clan, LL Cool J, Big Daddy Kane, Jay-Z et le Tribe Called Quest, mais selon moi, ces brillants faits d’armes ne se comparent pas à l’esprit de tolérance et de coexistence entre les communautés qu’il a pu instaurer dans le monde de la nuit.

En réalité, le natif de la Petite-Bourgogne symbolise la convivialité et le vivre-ensemble.

Destiné à changer les choses

C’est aux alentours de 1986 que Rickey D a amorcé sa carrière en approchant son ami d’enfance Fabian Ash, qui était le DJ du groupe événementiel Fitz & Fabian, pour l’appuyer dans ses activités promotionnelles.

Après avoir grandement contribué aux succès des clubs « La Mansarde » et « Exode » que Fitz & Fabian promouvait, il ne se contentait plus d’être un simple flyer boy dans cette industrie florissante. Il a alors décidé de voler de ses propres ailes en formant un duo avec Shaheed, un autre ami de longue date.

Ainsi donc, au début des années 1990, Rickey D & Shaheed devient le principal compétiteur de Fitz & Fabian. À vrai dire, c’était une saine rivalité dont bénéficiaient les noctambules afro-montréalais, et je me plaisais à attiser cette concurrence en louangeant les événements de Rickey D auprès du clan Fitz & Fabian.

D’ailleurs, pour les fins de cette chronique, j’ai contacté Fitz Cole – promoteur de Fitz & Fabian, maintenant domicilié à Toronto, et c’est avec des rires que nous avons commenté les ambitions de Rickey D à l’égard de la promotion à l’époque.

« C’était évident dès le début : Rickey avait une si grande soif de réussite et d’accomplissement que je savais qu’il était destiné à devenir une référence incontournable dans l’industrie du spectacle. Il mérite pleinement ce prix d’excellence », m’a déclaré Fitz à la fin de notre conversation téléphonique.

Pour la petite histoire, saviez-vous que depuis l’apparition de leur concept The Day After, en 1999, Rickey D et son partenaire Shaheed ont établi la soirée du 1er janvier comme étant la grande soirée pour célébrer durant le temps des Fêtes?

Que l’on soit francophone ou anglophone, cela ne fait aucune différence pour lui. Il nous réunit sous un même toit, nous incitant à écouter la musique, la langue la plus universelle qui soit.

DJ Fabian Ash et Rickey D

Rickey D, le rassembleur

Je me souviens que lorsque j’allais au Soul Heaven, l’un des premiers night clubs de Rickey D & Shaheed, j’étais au septième ciel : il y avait du beau monde et la « fièvre du samedi soir » était traduite par l’ambiance chaleureuse de cette boîte de nuit, qui était située sur la rue Ontario Ouest.

Mais le souvenir que je chérirai à jamais a été la fois où Rickey D, par souci de respect envers sa clientèle haïtienne, a insisté pour que la musique Kompa soit jouée lors d’une soirée organisée pour célébrer la Carifête, chose qui ne s’était jamais produite auparavant dans la communauté noire anglophone.

Ce moment magique a été enrichissant pour les membres de la communauté anglophone, qui ont pu découvrir la belle voix du chanteur Alan Cavé et l’énergie du groupe Carimi. Et cela a aussi encouragé le duo Keith & Karyn, un pionnier dans l’organisation d’événements musicaux, à suivre cet exemple.

Fait à noter, il m’aurait été impossible de parler de Rickey D en taisant le nom de Malik Shaheed, son coéquipier de la première heure.

Mon texte disparaîtrait également dans le vide si je n’y apposais pas le nom de Fitz & Fabian, Keith & Karyn et Garry T, tous des promoteurs qui l’ont inspiré.

Et que dire de Mehdi & Harry, Stephane Bellamy, les Wyland, DJ Ace et DJ Majess, des acteurs du milieu, avec lesquels il a collaboré?

Voyez-vous, l’histoire de Rickey D, c’est un peu ça : l’union fait la force.

Que l’on soit francophone ou anglophone, cela ne fait aucune différence pour lui. Il nous réunit sous un même toit, nous incitant à écouter la musique, la langue la plus universelle qui soit.

Rickey D et le rappeur T.I.

En conclusion, à l’époque, quand j’attirais son attention sur son travail acharné et son désir de faire salle comble partout où il mettait les pieds, Rickey me lançait en souriant : « I’m a blue collar, Whizzy Whizz – surnom qu’il m’avait donné –, I’m a blue collar! » (Je suis un col bleu, Whizzy Whizz, je suis un col bleu!).

Or, le 1er mars 2020, c’est en tant que col blanc que Ricardo Daley, accompagné par sa famille, s’est présenté à la Place des Arts pour accepter ce prestigieux prix et exprimer sa reconnaissance à un public qui lui a toujours été fidèle.

De ce fait, cher Rickey, comme diraient les « Gens du Pays », c’est à ton tour de te laisser parler d’amour.

Et après m’avoir fait danser, rire et festoyer au cours des dernières décennies, c’est à mon tour de te dire merci.


Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire au bas du site. Merci.

1 Commentaire

  1. Encore un autre excellent article pour me ramener dans le passé. Je dois arrêter de venir sur cette page, ça me rend trop triste que ce temps soit fini. Rickey Dizzay! Un prix bien mérité. N’oublions pas non plus qu’il anime depuis près de trente ans l’émission Sound of soul sur les ondes de CKUT. Cette émission sur le soul/R&B qui joue les dimanches soir qui me permet de commencer la semaine en douce. Props Rickey D!

Laisser un commentaire