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Sans la musique des Noirs, les boîtes de nuit de Montréal seraient vides

Je mets quiconque au défi de me nommer une boîte de nuit ou un resto-bar de Montréal qui ne jouit pas de la richesse musicale des Noirs pour faire salle comble. Et je suis prêt à parier que si on fouille dans l’histoire du nightlife de la métropole, on constatera que la culture noire a toujours tenu un rôle de premier plan dans les bars.

Qu’il s’agisse du célèbre « Club 1234 », où l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau et l’acteur Robert De Niro se sont déhanchés au son de la musique disco de Donna Summer et du groupe Chic à la fin des années 70, la musique noire régnait.

Qu’il s’agisse du mythique club « Business », considéré par plusieurs comme le meilleur club de l’histoire, qui a importé la musique House à Montréal, au milieu des années 80, des artistes noirs tels que Frankie Knuckles, Marshal Jefferson et Larry Heard ont dominé la scène du House music.

Il s’agit là d’un affairisme plutôt pervers des propriétaires de boîtes de nuit : des racistes qui se plaisent à détester les Noirs le jour, mais qui se branlent en fantasmant sur la musique noire la nuit.

Qu’il s’agisse des clubs « Orchid », « Dôme » et « Rouge », qui ont fait la pluie et le beau temps durant les années 1990, 2000 et 2010, la musique hip-hop, le rap et le R&B dynamisaient les « samedis fiévreux » des jeunes fêtards blancs.

Des politiques d’admission racistes

Or, en dépit de l’apport des Noirs au succès du nightlife montréalais, les Terrasses Bonsecours et autres resto-bars et boîtes de nuit adoptent des politiques d’admission qui sont semblables à l’Amérique de l’ère Jim Crow.

Avant de poursuivre, je tiens à souligner que, contrairement à ce que pense Christian Rioux, chroniqueur du journal Le Devoir, qui semble vouloir cadenasser les Haïtiano-Québécois dans un « particularisme », le problème d’un Noir est le problème de tous les Noirs, que celui-ci soit du Sénégal, des États-Unis ou du Brésil.

De plus, l’analyse de l’unicité du Peuple haïtien ne peut être faite sous la dictée paternaliste d’un chroniqueur blanc.

Pour revenir aux Terrasses Bonsecours, qui ont refusé l’entrée à un groupe d’amis noirs le 4 juillet dernier, disons que, n’eût été sa médiatisation, cette affaire n’aurait pas pris l’allure d’un « incident diplomatique », où les fautifs se confondent en excuses. Ce ne serait qu’un autre incident ethnique.

Un autre cas de racisme qui, comme un fantôme, va et vient, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre.

La clientèle visée par les Terrasses Bonsecours

Cette fois-ci, c’est sous la forme de racisme systémique qu’il s’est manifesté.

Chers compatriotes, à quoi bon dépenser des centaines, voire des milliers de dollars pour s’asseoir dans la section « VIP » d’un club blanc quand le personnel et la clientèle du club ne considèrent même pas le Noir comme un « P »?

Ce qui est le plus révoltant dans cette situation, c’est l’hypocrisie et l’incohérence de ces racistes qui utilisent la culture de gens qu’ils méprisent pour faire des affaires en or.

Il s’agit là d’un affairisme plutôt pervers des propriétaires de boîtes de nuit : des racistes qui se plaisent à détester les Noirs le jour, mais qui se branlent en fantasmant sur la musique noire la nuit.

Diagnostic : schizophrénie eugénique.

S’agit-il d’appropriation culturelle?

Dans ce cas, je voudrais bien, tout comme vous, parler d’appropriation culturelle, mais ce serait un euphémisme pour signaler que ce comportement malhonnête n’est qu’un vol, une spoliation culturelle de la population noire.

Une forme de « dap piyan » sur la culture noire par des Blancs très privilégiés…

À tous ceux qui désireraient sortir l’argument universaliste selon lequel la musique ne connaît pas de frontières, prière de reconnaître que les frontières des boîtes de nuit de Montréal sont régulièrement fermées aux Noirs.

Pour couronner le tout, ces propriétaires de boîtes de nuit et de resto-bars ont l’habitude d’utiliser machiavéliquement des portiers noirs pour traduire leur langage négrophobe : « Vous n’êtes pas habillé convenablement », « Le club est rempli à capacité » et « Service de bouteilles uniquement ».

Quant à la dernière excuse bidon concernant les bouteilles – Dom Pérignon, Grey Goose – et les tables – l’apanage de ceux qui veulent se donner des airs de patricien, il n’est pas rare de voir des frères et des sœurs payer des sommes astronomiques pour accéder à des clubs où les personnes noires sont persona non grata.

Les dépenses folles dans les boîtes de nuit

Chers compatriotes, à quoi bon dépenser des centaines, voire des milliers de dollars pour s’asseoir dans la section « VIP » d’un club blanc quand le personnel et la clientèle du club ne considèrent même pas le Noir comme un « P »?

C’est comme si nous devions payer un prix pour notre liberté dans un monde matérialiste et superficiel, où on se sert de la culture – danse et musique – noire pour combler les lacunes occidentales.

Pourtant, comme mentionné dans mon article « Que sont devenues les boîtes de nuit pour les Noirs à Montréal ? », il fut un temps où les noctambules de la communauté noire avaient l’embarras du choix en ce qui a trait au nightlife.

Il fut un temps où il y avait de nombreuses adresses où les Noirs pouvaient danser au son de la musique R&B, kompa et zouk, sans se soucier de subir des hostilités fondées sur le racisme.

Le souci d’une clientèle homogène

J’entends souvent certains de mes compatriotes évoquer la violence des jeunes Noirs pour justifier le système de discrimination raciale des clubs blancs.

Pour parvenir à une telle conclusion, il faut croire que le discours propagandiste des racistes fonctionne à merveille. Ou, simplement, nous sommes toujours aux prises avec la colonisation mentale.

D’après plusieurs sources – Dj, gérants, et portiers, la clientèle des clubs blancs préfère que les salles de danse qu’elle fréquente soient homogènes.

En d’autres mots, les fêtards blancs ne veulent pas se mélanger aux Noirs.

Club blanc, musique noire

Cette attitude « apparteidienne » ne date pas d’hier. Elle a toujours existé. Malheureusement, certains d’entre nous ont fini par la normaliser…

D’ailleurs, durant les années 1990, deux étudiants noirs originaires de l’Afrique se sont vus refuser l’entrée au restaurant Chez Alexandre, qui a pignon sure rue au centre-ville.

Après une longue bataille juridique, les deux étudiants africains ont obtenu gain de cause. Il est notoire que le Français Alain Créton, propriétaire du restaurant Chez Alexandre, est raciste, et j’avoue avoir été fier de cette victoire contre le racisme.

Mais aujourd’hui, je ne suis plus aussi fier d’aller en cour pour exiger qu’un raciste m’« aime » et qu’il m’accepte dans son club ou son resto.

Je crois qu’il est plutôt temps que nous boycottions ces endroits racistes, et que nous soutenions massivement les commerces noirs – Black-Owned.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

2 Commentaires

  1. « Je crois qu’il est plutôt temps que nous boycottions ces endroits racistes, et que nous soutenions massivement les commerces noirs – Black-Owned » Voilà, c’est tout.

    Nous avons un problème, nous. Nous sommes économiquement faibles, mais nous devons toujours jeter notre argent chez les autres ou dans les autres communautés qui ne visent qu’à nous exclure.

    Le jour où nos communautés (haïtienne, jamaïcaine, camerounaise etc.) seront indépendantes économiquement, on ne sera même plus interessés à aller se faire humilier comme des chiens errants dans les clubs des « autres ».

    Un exemple simple. Hier, j’avais envie d’une boisson froide. Je me suis dit que je passerai au dépanneur pour m’acheter une bouteille de jus. Depuis quelques mois, j’essaie de dépenser mes dollars chez les membres des communautés exclues (dites « noires »), j’ai réfléchi quelques secondes pour enfin me diriger vers un petit marché tenu par des Haïtiens là où j’ai pu acheter de l’eau de noix de coco.

    Nous avons la musique, nous avons la clientèle. Alors où sont nos clubs? Je veux bien y dépenser mes dollars et ne pas devoir faire la file chez l’autre comme un chien déséspéré qui se demande continuellement si il arrivera à franchir la porte d’entrée du club et à y dépenser ses dollars chez celui qui le déteste.

    Nous sommes notre propre malheur…

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Ma chère Mimitone, vous apportez ici un point très important au débat. « Nous sommes économiquement faibles, mais nous devons toujours jeter notre argent chez les autres ou dans les autres communautés qui ne visent qu’à nous exclure ».

      Pour répondre à vos sages paroles, je dirais qu’il est temps que nous nous attaquions à la décolonisation mentale.

      Merci pour votre beau commentaire. À bientôt.

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