Société

« Santé mentale et COVID-19 : « Cela fait deux ans que je n’ai pas vu le Père Noël »

En cette période des fêtes difficiles, je prête exclusivement ma plume à mon ami Joshua, qui tient à vous livrer un message important.


Je m’appelle Joshua, j’ai huit ans, j’obtiens de bonnes notes à l’école, et j’aime beaucoup mes parents et ma petite sœur. Cependant, je porte en moi une profonde tristesse : celle de ne plus recevoir la visite du père Noël, ce personnage bon et souriant, qui nourrit mon imaginaire.

Mes parents insistent pour dire qu’il est venu l’an dernier, et qu’il est revenu cette année, comme il le fait tous les ans, mais niet, ça n’a pas été le cas.

En ces jours de Fêtes, habituellement marqués par l’expression d’une joie collective, je ne sens pas la présence du père Noël. Son « Ho, ho, ho ! » est insonore, et ses lutins ne sont plus là pour nous jouer des tours.

Les choses ont bien changé depuis que ce vilain virus a débarqué dans notre quotidien sans nous prévenir au début de l’année 2020 : le père Noël ne se montre plus dans les centres commerciaux pour prendre des photos avec les enfants et ne défile plus avec la fée des étoiles sur la rue Sainte-Catherine.

Quelle déception !

Pourtant, dans la lettre que j’ai rédigée à son attention il y a environ deux mois, je n’ai pas demandé de PlayStation 5 ou de jouets sophistiqués comme cadeau, mais simplement sa présence le soir du 24 décembre.

Cette demande formulée par un enfant qui a été dépossédé de son innocence est totalement légitime.

Poursuivant ma réflexion, disons que les mots « confinement », « couvre-feu »,« éclosion », « hospitalisation », « agueusie » et « anosmie » se sont faufilés dans mon vocabulaire et ont chassé la légèreté et l’insouciance de mes tendres années.

C’est l’une des raisons pour lesquelles le père Noël me manque.

Les sorties au cinéma avec ma mère et ma sœur me manquent aussi.

Ne pas pouvoir aller chez ma grand-mère me déchire le cœur, car Il y a longtemps qu’elle ne m’a pas donné un gros câlin et pincé la joue en disant « Bèl gasson ». Comme plusieurs, elle redoute la transmission du virus des enfants aux personnes âgées.

Je suis las du port du masque à l’école, parce que ça me rend très anxieux. En fait, ça me rappelle la fois où j’ai reçu un résultat positif à la Covid-19 ; pour protéger ma famille, je devais constamment me couvrir le visage à la maison.

Je conserve un mauvais souvenir de cet épisode : je me suis senti comme un paria à la maison et persona non grata chez mes cousins.

Les beaux réveillons partagés en compagnie de la famille et des amis remontent à longtemps, lorsque j’étais en maternelle, en 2019. Nous étions plus d’une trentaine de personnes chez mon oncle, armées de nos sourires, à la veille du Nouvel An.

Or, en 2021, tout comme l’an dernier, les restrictions relatives aux rassemblements familiaux et amicaux ne nous permettent pas de vivre l’enchantement et la magie qui règnent durant le temps des Fêtes.

Oui, près de deux années de pandémie. De la Chine au Canada, en passant par l’Europe.

Qui a eu cette idée folle, un jour d’émettre un passeport au coronavirus afin qu’il puisse voyager autant ?

Cela peut paraître difficile à croire, mais l’enfance est courte et précieuse. C’est durant cette étape de la vie qu’on acquiert de la connaissance en allant à l’école, qu’on s’épanouit en pratiquant des activités sportives, qu’on se fait dorloter par nos parents et qu’on se fait gâter par Tonton Nwèl, comme l’appelle ma grand-mère.

À la télé, on ne parle que du variant Omicron, de la troisième dose de vaccin et des pertes économiques, comme si les enfants n’avaient pas besoin de soutien psychologique pour apaiser leurs inquiétudes devant la propagation de la Covid-19.

Autrement dit, au lieu de discuter de la perte de la routine, de repères et de stabilité des tout-petits, qui sont perturbés par les montagnes russes de la politique, on débat sur la portée de la vaccination.

Je ne me retrouve pas dans ce monde d’adultes, où la santé mentale des jeunes en temps de pandémie n’est pas au cœur de l’attention générale.

Selon Fannie Dagenais, directrice de l’Observatoire des tout-petits, des études réalisées dans plusieurs pays ont démontré que les enfants sont parmi ceux dont la santé mentale s’est le plus détériorée pendant la pandémie.

Et d’autres études ont décelé une augmentation des symptômes anxieux et dépressifs, des troubles du comportement, une diminution de la capacité d’attention des enfants et de la quantité et de la qualité du sommeil.

Pour vous donner une idée de l’impact de la pandémie sur les enfants, mon ami Brandon connaît des soucis qui nécessitent une intervention immédiate : il a perdu l’appétit, et son sommeil est davantage troublé par des cauchemars récurrents.

Son stress est indubitablement lié au comportement dépressif de son père, qui est sans emploi depuis que la maladie à coronavirus s’est imposé sur le territoire nord-américain.

Comme vous pouvez le constater, nous, les enfants, sommes des victimes collatérales des enjeux de nos parents dans ce contexte pandémique.

Il y a aussi ma cousine Clara, âgée de 15 ans, qui est souvent déprimée, et son jeune frère, Marvin, qui passe de plus en plus de temps devant les écrans.

En effet, d’après une étude menée par l’Académie de la transformation numérique (ATN), à l’Université Laval, 76% des Québécois de 6 à 17 ans sont plus souvent installés devant des écrans à la maison depuis le début de la pandémie.

Et sans aucune surprise, durant cette exposition prolongée aux écrans, visionner sur YouTube est l’activité la plus populaire auprès des jeunes, à 79%.

Pour conclure, je comprends parfaitement les préoccupations du gouvernement, et je soutiens naturellement, au vu de la situation actuelle, sa volonté de lutter contre la COVID-19.

Cependant, il importe de savoir qu’au-delà de la santé physique, du nouveau variant Omicron et de la crise économique, il y a les tout-petits et la santé mentale.


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