Femme noire

Santé mentale : Naomi Osaka et Simone Biles ne sont pas nos superwoman


La gymnaste Simone Biles et la tenniswoman Naomi Osaka sont toujours là quand nous avons besoin d’elles. Nous leur demandons de se surpasser et réaliser des exploits inatteignables. Installés confortablement devant notre téléviseur, nous leur crions notre souhait : « plus vite, plus haut, plus fort », comme le veut la célèbre devise de Pierre de Coubertin, oubliant qu’elles sont humaines.

Nous croyons que ces athlètes qui font tomber les records ne peuvent pas tomber.

Permettez-moi de vous libérer de l’univers Marvel et vous annoncer la « mauvaise nouvelle » : Naomi Osaka et Simone Biles ne sont pas vos superwoman. Tout comme vous et moi, elles connaissent des moments de vulnérabilité et d’incertitude.

Elles pleurent et elles chagrinent.

Le SOS lancé par Osaka et Biles

Pour vous mettre en contexte, l’Afro-Américaine Simone Biles, représentant les États-Unis aux Jeux de Tokyo 2020, s’est retirée mardi du concours général par équipes de gymnastique au plus grand événement sportif planétaire.

Je dirais plutôt qu’elle a été abandonnée par la Fédération de gymnastique qui n’a pas su la protéger, elle et 125 autres athlètes féminines, contre les abus sexuels de Larry Nassar, médecin de l’équipe nationale.

Aujourd’hui, on apprend qu’elle a également déclaré forfait pour le concours complet individuel de sa discipline.

Comme explication à son retrait de ces concours, elle a révélé à la presse qu’elle doit « faire face à ses démons », qu’elle n’a plus son niveau de confiance habituel et qu’elle ne ressent plus autant de plaisir à pratiquer son sport.

Simone Biles est épuisée mentalement et émotionnellement. Remporter la médaille d’or est le dernier de ses soucis à l’heure actuelle. Elle veut que le monde sache que malgré sa perfection aux barres asymétriques et à la poutre, elle n’est pas parfaite.

Il ne fait aucun doute que plusieurs d’entre nous, membres de la communauté noire, sommes déçus de ne pas la voir égaler le record de Larisa Latynima ; toutefois, sa courageuse décision nous permet de constater qu’elle n’est pas la petite sœur de T’Challa, qui habite Wakanda, où on règne de façon pérenne.

Dans un article relatant l’affaire Simone Biles, l’Agence France-Presse (AFP) a déclaré d’une manière incendiaire : « La superstar de la gymnastique a abandonné ses coéquipières… »

Vraiment ?

Je dirais plutôt qu’elle a été abandonnée par la Fédération américaine de gymnastique qui n’a pas su la protéger, elle et 125 autres athlètes féminines, contre les abus sexuels de Larry Nassar, médecin de l’équipe nationale.

D’ailleurs, en 2018, elle a exprimé son malaise de concourir aux JO Tokyo 2020, de peur de revivre ce cauchemar, dans le même centre de formation où elle a été maltraitée pendant son adolescence.

« La plupart d’entre vous me connaissent comme une femme souriante, heureuse et pleine de vitalité, mais récemment, je me suis sentie brisée et plus j’essayais de faire taire la voix dans ma tête, plus elle résonnait », avait-elle écrit sur son compte Twitter.

C’est en regardant un documentaire consacré à Naomi Osaka sur Netflix, hier, que j’ai compris à quel point la tenniswoman souffrait lorsqu’elle a tourné le dos à Roland-Garros, un tournoi du Grand-Chelem, à Paris.

Biles, la plus grande gymnase de l’histoire (GOAT)

Biles n’a rien à se reprocher moralement. Elle a tout donné à un pays qui ne considère pas ses semblables. Avec ses 5 médailles olympiques et ses 19 titres mondiaux à son palmarès, elle a moussé royalement le patriotisme américain aux Jeux Olympiques, cette machine de propagande.

L’heure est arrivée de déclencher un mouvement mondial en faveur de la santé mentale de ces jeunes athlètes en freinant la surexploitation de leurs capacités humaines.

C’est en regardant un documentaire consacré à Naomi Osaka sur Netflix, hier, que j’ai compris à quel point la tenniswoman souffrait lorsqu’elle a tourné le dos à Roland-Garros, un tournoi du Grand Chelem, à Paris.

Dans les deux premières parties de cette série divisée en trois, elle parle de ses problèmes d’insomnie causés par les tournois, elle se questionne sur son utilité dans l’univers du tennis et sur sa fragilité dans son métier. « J’ai l’impression de l’avoir laissé tomber. Je suis censée conserver sa mentalité au tennis, et je perds des matchs parce que je suis faible mentalement », se lamentait-elle les larmes aux yeux après la mort de son ami Kobe Bryant.

Le jour de son 22e anniversaire, on remarque que le sourire et le rire sont persona non grata à la table du souper en famille. Dans un esprit de mélancolie, de tristesse et de peur, elle philosophe sur la fin du monde, sur la disparition de son sport.

Le stéréotype de la « femme noire forte »

Incontestablement, les nombreuses interrogations de la Nippo-Haïtienne lèvent le voile sur son état d’anxiété et de dépression, et je parie que Simone Biles et elle ne sont pas les seules à lutter contre des problèmes de santé mentale.

Est-ce un hasard qu’à seulement deux mois d’intervalle, deux femmes noires au sommet de leur art soient préoccupées par leur santé mentale ?

Selon moi, leur problème va au-delà du domaine sportif.

Je ne sais pas si je devrais racialiser ou biologiser les cas de ces deux championnes, mais je suis convaincu que le footballeur noir Kylian Mbappé de la sélection française ainsi que les trois Afro-Britanniques, qui ont raté leur penalty lors de l’Euro 2021, ont pensé à leur santé mentale après avoir été sujets de propos racistes sur les réseaux sociaux.

Parmi les insultes xénophobes lancées à M’bappé, on pouvait lire sur le compte Twitter d’un Français : « Ce sale n*gre mérite de se prendre une centaine de coup de fouets et de se faire revendre en Lybie… (sic) ».

Or, la situation des femmes noires dans le milieu du sport ou dans l’industrie du spectacle est particulière, car elles subissent simultanément le racisme et le sexisme.

Autrement dit, elles se retrouvent dans une zone dangereuse, une intersection où la discrimination raciale s’entremêle avec le machisme et la misogynie.

Malgré leur parcours difficile comprenant de nombreux obstacles à surmonter, elles ont su porter le monde noir sur leur dos en s’alliant au mouvement Black Lives Matter.

En effet, il s’agit bien là de l’histoire des femmes noires et du stéréotype de la « femme noire forte » : elles se battent pour les hommes noirs tués par la police et elles sont mises en première ligne des manifestations contre le racisme.

Certes, Naomi Osaka et Simone Biles ont l’habitude de réaliser des exploits sportifs quasi surhumains, mais il y a des limites à ce que le corps humain peut endurer.


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

7 Commentaires

  1. Tellement de vérité dans tout ce que vous rapportez. Votre analyse de la situation est très juste. Comme dirait Serena « as much as I would love to be a robot I’m not one ». En tout cas le combat est encore long pour les hommes et les femmes noires mais nous ne lâcherons pas.

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