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Top 10 des plus grands chanteurs haïtiens

Choisir les meilleurs chanteurs haïtiens de tous les temps? C’est un exercice difficile, puisque nous avons enfermé plusieurs de nos grands artistes dans une boîte à souvenirs dont nous avons oublié l’existence dans un coin poussiéreux.

Par exemple, nous savons tous que Michael Jackson est le roi de la pop, mais combien d’entre nous, Haïtiens, savent que Nemours Jean-Baptiste est le père du Kompa?

Qu’il s’agisse de Dodof Legros ou d’Arly Larivière, ne devrions-nous pas célébrer nos artistes avec des mots élogieux, des notes de remerciement pour leur travail?

Cela dit, étant une personne qui « voyage souvent dans le temps », j’ai toujours aimé comparer les différentes époques. Et comparer les chanteurs d’hier et d’aujourd’hui constitue un vrai régal pour ma culture.

Or, dans ma quête de « vérité » en ce qui a trait à la voix haïtienne, j’ai constaté deux choses : primo, les femmes se démarquent des hommes par leur créativité. Secundo, notre Haïti chérie n’a pas connu que le Kompa…

Cette démarche se veut donc un témoignage de reconnaissance à l’égard de ceux qu’on n’a pas connus ou qu’on a oubliés.

Mes critères de sélection? La voix, la musicalité et la présence du chanteur ou de la chanteuse.

Ainsi donc, en toute subjectivité, je vous invite à l’un de mes voyages en vous proposant mon classement des 10 meilleurs chanteurs haïtiens de tous les temps


10. Toto Bissainthe

Née en 1934 au Cap-Haïtien, Marie Clotilde « Toto » Bissainthe a incarné la force d’Haïti par son opposition au régime Duvalier.

Elle était à la fois chanteuse, compositrice et comédienne. Elle a valorisé le patrimoine haïtien en illustrant le vaudou traditionnel dans ses chansons.

Parmi ses plus belles chansons, on remarque « Ou soti Pos Machan », « Rasanbleman » et « Lamizè pa dous ».


9. Alan Cavé

Indéniablement, on peut dire que l’ancien chanteur du groupe musical « Zin » a été la Voix des années 1990.

Adulé autant par les jeunes que les moins jeunes, Alan Cavé symbolise l’unité intergénérationnelle.

Véritable puriste de la langue haïtienne, il parvient à harmoniser poésie, douceur et sexualité dans ses chansons.

J’ai encore souvenance de la jovialité exprimée par la gent féminine lorsque la formation musicale « Zin » s’amenait à Montréal. Que de beaux souvenirs…

D’ailleurs, plusieurs croient que l’artiste new-yorkais d’origine haïtienne ne chante que pour les femmes. Et pourquoi pas?

À la fin des années 90, Alan Cavé sort son premier album solo « Se pa pou dat ». Et parmi ses plus grands succès, on retrouve « Se pa pou dat », « J’ai besoin de toi » et « Fanm Dous Men ».


8. Martha Jean-Claude

Voilà une autre femme forte, qui a su se servir de sa belle voix et de ses textes engageants pour combattre les régimes dictatoriaux de sa terre natale.

Depuis son exil d’Haïti, forcé par le Président Paul Eugène Magloire, en 1952, Martha Jean-Claude n’a cessé d’être Haïtienne.

Établie à Cuba, la diva d’Haïti se liera d’amitié avec la grande chanteuse cubaine Celia Cruz et connaîtra un succès international.


7. Emeline Michel

Surnommée la « Reine de la chanson créole », cette merveille des Gonaïves s’est initiée à la musique en chantant du gospel dans l’église de son quartier.

Dès l’âge de 12 ans, elle enregistre sa première chanson.

Après des études en musique au Detroit Jazz Center, aux États-Unis, elle retourne en Haïti et sort son premier album intitulé Douvanjou ka leve – Que le soleil se lève -, en 1987.

Et vous connaissez la suite, surtout les gens de Montréal, ville où elle a séjourné : une grande carrière internationale.


6. Ansy Dérose

Je ne crois pas qu’il existe un chanteur haïtien ayant reçu plus de leçons de technique en chant qu’Ansy Dérose. Son insatisfaction quant à sa technique vocale l’incitera à suivre des cours en Allemagne et aux États-Unis.

En 1972, son premier album intitulé « Ansy, sa Musique et sa Poésie » a séduit les mélomanes. Deux ans plus tard, en 1974, il pousse la note toujours plus haut, et plus loin encore, et sort son second album « Quo Vadis Terra », qui le place au sommet.

Il serait inimaginable de dresser une liste des plus grands de la chanson haïtienne sans la présence de ce chanteur polymathe.


5. Gérard Dupervil

Ce trompettiste devenu chanteur ne pensait sûrement pas qu’il allait devenir l’idole de la jeunesse de la génération des années 60.

Lorsqu’il rejoint le Super Jazz des Jeunes en 1958, il attise « l’incendie » créé par la polémique entre Nemours Jean-Baptiste et son nouveau groupe.

Son succès « Fleur de mai » restera gravé dans la mémoire haïtienne. Il demeurera un chanteur inimitable et respecté des musiciens d’Haïti.


4. Guy Durosier

Moi, je devais travailler fort. Mais, Guy – Durosier -, lui, n’avait pas à faire autant d’effort. C’était naturel chez lui. Il était si doué —- Issah El Saieh

Ces paroles venant du grand musicien Issah El Saieh nous illustrent bien l’immense talent du chanteur Guy Durosier.

Selon les dires, il composa sa première chanson titrée « Ma brune » à l’âge de 12 ans. Aucun musicien ou admirateur n’oserait mettre en doute ce fait, connaissant la capacité de création musicale de Guy Durosier.

À la suite de différends nébuleux avec le président François Duvalier, le musicien multidimensionnel fait un court séjour à Paris, où il compose « Siw ale an Ayiti ».

Après avoir fait le tour du monde, il revient en Haïti en 1970, pour interpréter l’un de ses plus grands succès, « Haïti, c’est toi que je préfère » au Ciné Capitol, à Port-au-Prince.

Ce prodige musical, qui a été déclaré « propriété de la République d’Haïti » par l’ancien président Dumarsais Estimé, excellait autant au saxophone qu’au piano.


3. Roger Colas

À la maison, lorsqu’il était question de désigner le meilleur chanteur d’Haïti, c’était un « conflit interrégional ».

Ma mère, qui était Capoise, ne jurait que par Roger Colas. Mon père, lui, étant Port-au-Princien et fan du Jazz des Jeunes, s’alignait du côté de Gérard Dupervil.

Comme vous le savez, tous les goûts sont dans la nature. Ces deux chanteurs excellaient dans leur domaine. Cependant, rares sont ceux qui avaient le talent de chanteur de feu Roger Colas.

Son naturel, qui se traduisait par ses notes prises sans effort, était sa marque de commerce.

Contrairement à la croyance populaire, venant surtout de Port-au-Prince, Roger Colas n’est pas né au Cap-Haïtien, mais bien à Quartier-Morin, le 6 janvier 1937.

Remarqué lors d’un concours à Radio Citadelle, au Cap-Haïtien, par Ulrick Pierre-Louis, le maestro de l’Orchestre Septentrional, Roger a été la vedette de Septent pendant près de 22 ans.

Il était certes la fierté capoise, mais aussi l’idole de millions de gens à travers Haïti.

Après avoir chanté plusieurs grands morceaux, dont « fè pa m » et « Tout moun jwen » avec Septent, Roger Colas a finalement suivi les conseils de Guy Durosier et a enregistré son album solo.

Le premier album du chanteur charismatique a pour titre « Canta de Augustin Lara », et a eu un énorme succès à travers l’Amérique latine.


2. Lumane Casimir

À ses 14 ans, cette prêtresse de la chanson haïtienne quitta Gonaïves, sa ville natale, pour aller prêter son talent d’artiste à la capitale nationale.

Si bien que le Jazz des Jeunes ne prit pas de temps pour intégrer sporadiquement Lumane Casimir dans sa formation.

Quand Lumane chantait, que ce soit avec micro ou sans micro, on ne pouvait s’empêcher de se retourner afin de découvrir cette belle voix inimitable.

D’ailleurs, de grands bruits courent à l’effet que, dans un face à face musical avec Celia Cruz, elle refusa de prendre le micro, tellement elle avait confiance en son talent.

Lors des festivités de l’Exposition internationale du bicentenaire de Port-au-Prince, en 1949, elle composa la chanson « Isit n Ayiti », pour charmer les touristes.

Et quand elle chanta « Pana m tonbe » et « Papa Gede bèl gason », elle charma la nation haïtienne… et le reste du monde.

Malheureusement, la carrière de la diva fut de courte durée, et ses derniers jours ont été d’une tristesse qui doit faire honte à nous tous Haïtiens.


1. Ti Manno

« Syklòn manke potem ale, David manke potem ale ».

Ce cri du cœur manifesté par Ti Manno, dans la chanson « David », de la formation musicale DP Express, est, selon moi, l’hymne de la diaspora haïtienne.

Mieux connu sous le sobriquet de Ti Manno, Emmanuel Jean-Baptiste est « indiscutablement » le plus grand chanteur de l’histoire de la musique haïtienne.

Né le 1er juin 1953, aux Gonaïves, le chanteur, auteur, compositeur et révolutionnaire était à l’avant-garde de la musique Kompa.

Ses textes, qui traitaient des sujets tels que le sexisme, le harcèlement sexuel, l’obscurantisme et bien d’autres formes d’injustice, font de lui un musicien militant, un humaniste.

Outre ses textes solides, il possédait la voix, la musicalité et la présence, qui le placent au sommet du panthéon des plus grands de la musique haïtienne.

Après de brefs passages dans les groupes Volo Volo, de Boston et Les Astros de New York durant les années 70, Ti Manno se joint finalement à la bande musicale, formée en Haïti, DP Express.

En 1981, il quitte DP Express et crée son propre groupe Gemini All Stars, avec lequel il enregistrera plusieurs albums.

Que ce soit avec DP ou Gemini All Stars, le répertoire musical du chanteur au talent naturel est bien garni. Il nous fait danser et réfléchir…

Je préfère ne pas revenir sur la mort de Ti Manno et conclure ce texte en beauté en vous alignant quelques-unes de ses belles chansons.

« David », « Lajan », « Korije », « Exploitation », « Nèg kont nèg », « Sort du tiers-monde », et « Ansamm », que du bonbon…

Le débat est donc lancé : selon vous, quel est le chanteur qui devrait faire partie de ce classement?


Pour prendre part à cette conversation, laissez un commentaire en bas du texte. Merci.



5 Commentaires

    • Walter Innocent Jr Répondre

      En effet, Magalie, Coupé Cloué aurait pu bien être là. Merci pour la visite.

  1. Donc , j’ai trouvé aucuns chanteurs de la génération 2000. Est-ce qu’on pourrait dire qu’ils n’ont pas assez fait?
    Ils devraient mettre fin à leurs carrière d’abord…?

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