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Un Noir a-t-il le droit à une deuxième chance au Québec?

Croyez-vous qu’un Noir qui a fait de la prison a le droit à une seconde chance au Québec?

À cette question, je réponds oui.

Mais que celui-ci obtienne une seconde chance, s’enrichisse et roule dans des voitures de luxe, c’est une autre histoire.

En fait, les choses se compliquent considérablement quand cet ex-détenu parvient légalement à avoir une meilleure condition de vie que la plupart des gens de la société qui l’a condamné.

Nous devons admettre sans détour que la polémique soulevée par les détracteurs d’Adonis Stevenson a pris une tournure de racialisation.

La jalousie

Et, je le dirai sans ambages, le statut particulier de personnalité publique du boxeur noir a entraîné chez plusieurs une jalousie inouïe.

L’ex-champion Adonis Stevenson

Une jalousie qui est accompagnée par de la haine, de la médisance et des préjugés raciaux. Il s’agit là d’un cocktail explosif qui peut mener à des divisions regrettables.

Par respect pour les victimes de Stevenson et pour la crédibilité de ce texte, je reviens brièvement sur le passé criminel du pugiliste.

Adonis Stevenson, entre les années 1997 et 1998, s’est livré à des activités criminelles très graves. Alors âgé de 20 ans, il a été condamné pour proxénétisme, voies de fait et menaces.

Et, oui, ses victimes, qui étaient âgées de 17 à 25 ans, ont beaucoup souffert et, peut-être, souffrent encore.

Cependant, après avoir purgé sa peine, l’ancien champion de la WBC a le droit à l’oubli, ou, du moins, à une véritable réinsertion.

Or, selon les commentaires inhumains de plusieurs sur les réseaux sociaux, Stevenson, qui est provisoirement condamné par des complications médicales, subit un autre procès.

Ces envieux, qui se cachent derrière leur « rigorisme moral », profitent de la vulnérabilité de l’athlète québécois pour l’achever.

C’est un coup bas de la part de gens lâches et sans coeur, qui doit être dénoncé en chœur par ceux qui croient en la justice et en la démocratie.

Être noir, riche et célèbre au Québec

D’ailleurs, j’applaudis les interventions dénonciatrices des journalistes Réjean Tremblay et Bertrand Raymond, qui ont remis les pendules à l’heure.

Néanmoins, à l’heure actuelle, il leur est impossible de percevoir ce que les membres de la communauté noire suspectent et, disons-le, ce n’est pas leur Cause.

Le très talentueux Jean Pascal, ancien champion du monde

En analysant bien la situation au cours de ces derniers jours, des questions ont virevolté dans mon esprit, comme une feuille au gré du vent.

Et si Adonis Stevenson était blanc, francophone, donc l’un des « Gens du Pays »?

Et s’il n’était devenu qu’un simple citoyen gagnant sa vie au salaire minimum, sa réinsertion serait-elle plus facile?

Quelle est la réelle cause du départ de P.K. Subban?

Bon, les « si » ne nous mènent nulle part qu’à Paris, tandis que nous sommes à Montréal, et que « Superman », lui, est à Québec, essayant d’éviter le K.-O. de la mort.

N’en demeure, nous devons reconnaître qu’il a dû accumuler le double des K-O. de Lucian Bute pour se faire remarquer dans cette province supposément inclusive.

Et que Jean Pascal, un talent pourtant indéniable, devait se servir de sa « grande gueule » pour vendre autant de billets que ce même Bute.

Et pourquoi donc? « Si ce n’est pas à cause de la couleur de leur peau, ça doit être leur race », disait ironiquement mon ami Frantz.

Pas le droit à l’erreur

De ce fait, chers lecteurs haïtiens, vous connaissez sûrement ce discours que vos parents vous ont maintes fois prononcé et que je n’aime pourtant pas.

« Quand on est noir, on doit travailler trois ou quatre fois plus fort que les Blancs pour réussir dans la vie ».

Voyez-vous, on peut également formuler cette locution d’une autre manière : « Quand on est noir, les marges de manœuvre sont réduites ».

Elles deviennent même très très minces : aucun droit à l’erreur.

Et ce, même si on fait un don de 10 millions $ à la Fondation de l’Hôpital pour enfants.

Le charismatique P.K. Subban, l’un des meilleurs défenseurs de la LNH


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9 Commentaires

  1. Bonjour Walter.

    Oui, c’est certain que Stevenson a eu traitement différent et souvent abject de la partie à tendance raciste de notre population.

    Un petit rappel historique s’impose. La « vraie » carrière professionnelle de Stevenson a débuté à un age extraordinairement avancé, soit vers 33-34 ans. Deux ans plus tard, il devient champion WBC. Fin novembre 2013, La Presse publie un article, au ton respectueux et décent, sur toute la vie de Stevenson. L »article relate l’épisode de proxénétisme sans en atténuer la gravité, mais ce n’est pas le sujet central.

    https://www.lapresse.ca/sports/sports-de-combat/201311/25/01-4714284-adonis-stevenson-la-vraie-histoire-de-superman.php

    Quelques jours plus tard, Le Journal de Montréal publie une première page assassine centrée sur le proxénétisme. Plus jamais un article n’a été publié par la suite dans le Journal de Montréal ou ailleurs sans que les trolls racistes viennent y déverser leur fiel.

    Je suis presque certain que si Adonis Stevenson s’était appelé Marc Coté, le Journal de Montréal aurait plutôt louangé sa magnifique réhabilitation et son grand talent. Cela va exactement dans le sens de tes propos, Walter. Même chose pour Subban, qui, comme tu l’as parfaitement souligné, est un exemple frappant de la marge de manœuvre quasi inexistante que plusieurs accordent au noirs. On pourrait aussi mentionner le cas de Michaelle Jean.

    D’autres ont aussi goutté à cette médecine. Eugenie Bouchard par exemple, cela parce qu’elle a grandi dans un quartier très riche et surtout parce qu’elle a été élevée en anglais. Bien sur qu’elle a commis de légères bourdes, mais celles-ci sont toujours jugées très sévèrement.

    D’autre part, j’ai remarqué que certains Québécois, surtout hors de Montréal, acceptent les immigrants tant qu’ils gagnent moins qu’eux. Cela est encore plus vrai pour l’immigration dite visible.

    Bravo pour tes articles, ils sont fort bien écrits, avec un souci constant de la nuance et d’objectivité.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci pour le compliment, Luc! Une fois de plus, ton éloquence est remarquée. Et oui, il est dur de voir des immigrants gagner plus que les « maîtres chez nous ».

      Je n’ai pas grand chose à ajouter, puisque tu as tout dit. Cependant, cela me surprend que tu ne parles pas de Cleveland Denny et Gaétan Hart. Peut-être qu’à cette époque, tu ne suivais pas la boxe.

      À bientôt, mon ami!

  2. Rebonjour Walter.

    Un petit point rapidement, il me semble que la vie de Stevenson serait un bon sujet de film.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Oui, en effet, c’est bon sujet pourfaire un film, à l’instar de Jake Lamotta. Mais j’ai des doutes que des producteurs se lancent dans cette aventure à cause de l’implication du proxénétisme. Sujet très tabou.

  3. Ta comparaison entre Stevenson et Subban est boiteux, tu ne peux pas comparer le parcour des deux hommes Subban est adoré et l’échange point de vue hockey peut se justifier. Et tu a oublié de préciser que la haine contre Stevenson n’est pas seulement que du Québec, a Toronto contre Badou Jack la foule la-bas aussi le huait. Le problème de Stevenson c’est son passé qui n’a jamais semblé repentant et le fait qu’il choissisait des adversaire de catégorie B et osait danser dans le ring quand il gagnait. IL a affronté deux boxeur de catégorie A verdict une nulle et un coma…

    • Bonjour Michel.

      L’analogie entre Stevenson et Subban n’est pas boiteuse car Walter affirme que plusieurs de leurs dénigreurs avaient comme base commune de leur accorder une très mince marge de manœuvre et cela du fait qu’ils soit noirs.

      Vous dites que Stevenson n’est pas repentant. Pourtant, depuis sa sortie de prison, au début de la vingtaine, il s’est toujours comporté en bon citoyen. Il s’est marié et a eu 5 enfants et est toujours avec femme et enfants. En extra, il a surement versé une petite fortune en impôts et taxes. Qu’est-ce que ça vous prend de plus? En martelant ce clou vous prouvez le point que Walter soulevait.

      J’ai rajouté que si Stevenson s’était appelé Marc Coté, tous les médias, et surtout Québécor, auraient louangé sa magnifique réhabilitation et quiconque aurait voulu le dénigrer en ramenant son passé aurait été vertement critiqué.

      Choisir son adversaire? Étant champion, Stevenson ne pouvait pas refuser de combattre les adversaires choisis par la WBC. Entre ces combats, il avait effectivement le choix, mais s’il voulait gagner substantiellement du fric, il devait affronter des boxeurs de qualité.

      Danser après une victoire? Encore une fois, vous prouvez le point de Walter. Les noirs peuvent difficilement afficher un comportement un tantinet différent.

  4. Bonjour Walter et bonne année 2019.

    Je suis soulagé par les nouvelles plus encourageantes pour Adonis Stevenson. Après une dizaine de jours, j’avais vraiment peur qu’il ne sorte pas du coma. A chaque jour, j’appréhendais de voir un titre fatal dans un site de nouvelles.

    A propos de la sécurité des boxeurs, une amélioration toute simple serait qu’après chaque KO, le boxeur perdant devrait obligatoirement et immédiatement se rendre à l’hôpital pour des tests neurologiques. Ce même si le boxeur a l’air tout à fait remis.

    Dans le cas de Stevenson, de précieuses minutes ont été perdues, peut-être près d’une heure. Pour sur, l’hémorragie a ainsi eu plus de temps de causer des dommages.

    Bye.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Salut Luc! Merci et je te souahite santé et bonheur pour 2019.

      Je suis en accord avec ton idée. Puisque l’on sait qu’il sera difficile d’abolir la boxe, alors dans ce cas, une visite obligatoire à l’hôpital pour tous les boxeurs qui subissent le KO me semble une idée géniale.

      Et, oui, les nouvelles sont bonnes pour la famille de Stevenson. Souhaitons-lui un prompt rétablissement.

      À la prochaine, Luc.

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