Je pense, donc j'écris

Kaepernick, Trump et les États désunis

Par WALTER INNOCENT JR

Publié le 29 septembre 2017

Le titre de ce texte me rappelle drôlement celui du film Le Bon, la Brute et le Truand du réalisateur Sergio Leone. Ce chef-d'oeuvre cinématographique raconte l'histoire d'une Amérique divisée par la guerre de Sécession.

Un synopsis qui décrit un peu la situation actuelle de nos voisins du Sud.

En prononçant son célèbre discours << I Have a Dream >>, le nobéliste Martin Luther King Jr ne se doutait pas que 50 ans plus tard, un joueur de football serait obligé de poser un genou au sol afin d'attirer l'attention de l'opinion publique sur les injustices raciales et sociales qui persistent aux États-Unis.

Un rêve devenu chauchemar

Dans ce cas, on peut affirmer sans gêne que le rêve de Dr King est inachevé. Certains pensent même que ce rêve s'est transformé en cauchemar.

Un cauchemar qu'a vécu Rodney King aux mains des policiers du LAPD, en 1991.

Un cauchemar que les parents de Michael Brown et de Trayvon Martin ont connu lorsque le meurtrier de leur enfant a été acquitté systématiquement par la justice.

Un cauchemar qui hante les jours et les nuits de 37 millions d'Afro-Américains, dont une bonne partie de ceux-ci peuvent témoigner que leur pauvreté extrême est aussi meurtrière que la brutalité policière.

Le Bon

Voilà en partie les motifs du genou à terre de Colin Kaepernick.

L'ancien quart-arrière des 49ers de San Francisco ne se compare certes pas aux héros Malcolm X et Muhammed Ali. Néanmoins, il est conscient que sa stature sociale lui permet d'être le héraut de million de gens sans voix. Des gens lassés du climat social délétère de leur communauté.

Il est du bon côté de l'Histoire. Il représente le Bon.

La Brute

Vendredi, le 22 septembre, le président Donald Trump, aussi raciste que misogyne, a tenté de dénaturer le mouvement contestataire de Colin Kapernick en invoquant le manque de respect pour le drapeau américain. << Foutez-moi ce fils de pute en dehors du terrain tout de suite >>, aurait-il souhaité entendre dire les propriétaires d'équipe de NFL lorsqu'un de leurs joueurs pose un genou par terre durant l'hymne national.

Ses propos non présidentiels ont plutôt eu un effet contraire : ils ont permis aux joueurs et propriétaires d'équipe de fraterniser.

Bon, nous devons admettre que cette alliance a quelque peu détourné le sens initial du geste de défiance de Kaepernick, mais elle a le mérite de s'attaquer à la figure symbolique du racisme américain.

Contrairement à ce qui a été véhiculé par ce président va-t-en-guerre et certains privilégiés de l'Amérique, il n'a jamais été question de drapeau dans la démarche militante des athlètes.

Et d'ailleurs, si tel était le cas, de quel droit un dirigeant de ce pays injuste peut-il questionner le patriotisme d'autrui?

Je pose la question suivante : Donald Trump, ce richissime président, qui est pauvre intellectuellement, a-t-il assez d'esprit pour établir une nuance entre l'antipatriotisme et les droits d'un citoyen de son pays prétendument libre?

Permettez-moi d'en douter.

Dans mon pays natal, on appelle ce type de personne gwo soulye, c'est-à-dire la Brute.

Qu'est-ce qui ne fonctionne donc pas avec la société américaine?

Pourquoi toute cette polémique raciale un demi-siècle aprés le mouvement des droits civiques?

Le Truand

Fondée sur l'esclavage et la ségrégation, la société étatsunienne semble intérieurement avoir de la difficulté à se défaire du temps béni des colonies. Tout comme un toxicomane niant ses mauvaises habitudes afin d'éviter toute assistance professionnelle, l'Amérique tente tant bien que mal de camoufler son attachement au passé colonial.

D'autant plus qu'il est troublant de constater qu'en dépit de sa puissance et de son ingéniosité dont elle fait la promotion mondialement, << l'Amérique >> ne parvient toujours pas à régler ses problèmes domestiques.

À la fin des années 60, alors que Neil Armstrong marchait sur la surface lunaire et annonçait le << grand pas de l'humanité >>, les Afros-Américains, opprimés et amputés par des pratiques discriminatoires dans leur pays, caractérisaient le pas lent de l'Homme, la sauvagerie américaine.

Nation puissante, dites-vous?

En effet, l'Oncle Sam, cette << puissance mondiale >>, est beaucoup plus préoccupé par la << la libération >> de nations situées à mille lieues de lui plutôt que de protéger ses neveux et nièces d'origine africaine.

Cette situation gênante met indubitablement le doigt sur sa fausse vertu libératrice. Le rôle du Truand lui va mieux.

Au final, Martin Luther King Jr avait un beau rêve. Un rêve louable, digne d'un Prix Nobel de la paix. Je crois même qu'il est bien de rêver.

Cependant, dans une société où on accorde plus d'importance à un morceau de tissu qu'à la vie d'un Noir, il est plus logique de rester éveillé.

 

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