Société

La Maladie Mentale Existe-t-Elle Chez Les Haïtiens?


Il y a quelques jours, un ami me racontait comment il est follement amoureux de sa nouvelle copine. Un autre m’avouait qu’il est secrètement fou de sa collègue de travail. Et je suis moi-même un fou du sport.

Bref, nous avons tous eu une certaine folie dans la vie. L’auteur brésilien Paulo Coelho croit même qu’un peu de folie est nécessaire pour faire un pas de plus.

Le hic, c’est que plusieurs d’entre nous, surtout dans la communauté haïtienne, font deux pas en arrière en ce qui a trait à la santé mentale. Nous nous approprions ces termes émanant des maladies mentales sans toutefois considérer les individus souffrant de celles-ci.

La première fois que j’ai mis les pieds à l’hôpital Louis-H Lafontaine, je devais avoir 15 ans. Ou peut-être 16. À l’époque, je faisais du bénévolat pour le BCHM – Bureau de la Communauté Haïtienne de Montréal -. Deux autres personnes adultes et moi accompagnions Jacques, un compatriote qui souffrait de troubles mentaux.

Selon l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, un Québécois sur 5 sera touché par la maladie mentale au cours de sa vie. Mais selon l’Haïtien, seuls les plus faibles et les drogués en sont atteints. « Les Haïtiens sont immunisés contre ces maladies de Blancs », croit-on.

Ma visite à cet hôpital aujourd’hui appelé Institut universitaire en santé mentale de Montréal m’a donné l’impression de voyager dans un autre monde. Un monde méconnu et méprisé.

En nous séparant de Jacques, qui était pris en charge par les professionnels de la santé, la tristesse était palpable sur notre visage. Les images de cette scène ont colonisé ma mémoire dèjà envahie par de regrettables souvenirs des péripéties des Haïtiens à Montréal.

Je commençais à prendre conscience de la société dans laquelle nous vivons. Je constatais que la stigmatisation et la discrimination ne se limitent pas qu’à la couleur de peau, qu’elles atteignent également ceux qui entendent des voix que d’autres n’entendent pas.

Sans aucun doute, l’infléchissement de ma vision de la maladie mentale a fait grandir en moi ce désir de militer en faveur de la justice sociale.

La maladie mentale ne discrimine pas

Selon l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, un Québécois sur 5 sera touché par la maladie mentale au cours de sa vie. Mais selon l’Haïtien, seuls les plus faibles et les drogués en sont atteints. « Les Haïtiens sont immunisés contre ces maladies de Blancs », croit-on.

Ah bon?

Pourtant, lorsque nous faisons une rétrospection de notre vie, nous constatons que nous avons tous eu soit un parent, un cousin ou un ami ayant eu une santé mentale moins bonne que la nôtre.

L’an dernier, un ami proche dont le comportement était erratique m’a confessé le diagnostic de sa bipolarité. Son « coming out » a en quelque sorte solidifié notre amitié qui était fragilisée par ses changements d’humeur sans raison apparente.

J’ai encore souvenance de cette ex-copine qui, durant la première année de notre relation, cachait ses médicaments d’anxiété et brouillait les pistes de ses rendez-vous avec son psychiatre.

Ah, nous les Noirs et la peur du jugement!

Je ne dis pas que nous vivons dans un monde fou, fou, fou. Je pense tout simplement que nous sommes fous de nier l’existence des maladies psychiatriques dans notre communauté. Que croire qu’une tante atteinte de la schizophrénie a été la cible de la sorcellerie est de l’ignorance pure et simple.

Qu’il s’agisse de la dépression, de troubles bipolaires ou de la schizophrénie, nous risquons tous un jour d’être l’un de ces fous, l’une de ces statistiques.

La résilience des Haïtiens peut-elle repousser la dépression, qui est une maladie très répandue?

Bien sûr que non.

Malheureusement, un bon nombre d’entre nous dans la communauté haïtienne mènent un combat quotidien contre des ennemis invisibles alliant la tristesse et le sentiment de vide. Ce sont là des signes bien évidents de la dépression.

Qui sait, peut-être qu’à la suite du décès de ma mère, j’ai eu un « down » qui était plus long qu’à la normale.

Et vous qui avez eu une perte d’appétit et une insomnie prolongée dues à votre rupture amoureuse, ne pensez-vous pas que la dépression a possiblement frappé à votre porte?

Vous qui avez régulièrement des prises de bec avec votre partenaire et vos enfants, une consultation pourrait sauver votre mariage…

La honte des troubles mentaux

Mais pourquoi nous, les Haïtiens, nous dissocions-nous autant de tout ce qui est relatif aux troubles mentaux? Parce que nous avons honte.

Honte de quoi ou de qui?

Pour mieux élucider la honte que nous éprouvons pour nos proches ayant une mauvaise santé mentale, analysons un peu le traitement réservé à ceux-là qu’on appelle moun fou en Haïti.

On reconnaît une société à la façon dont elle traite ses fous    —   Jean Oury

Rejetés par la société, abandonnés par leur famille, les malades mentaux d’Haïti sont perçus comme un fardeau social. Souvent battus et enfermés par les autorités, il n’est pas rare de voir ces laissés-pour-compte être utilisés comme divertissement par des gens en manque de distraction : on les provoque pour attiser leur colère suscitant la risée générale.

« On reconnaît une société à la façon dont elle traite ses fous », a déjà dit Jean Oury, un célèbre psychiatre.

Personnellement, je ne reconnais pas cette société haïtienne, qui, disons-le, est réputée pour sa sensiblité et sa compassion. Je reconnais plutôt son ignorance souvent exacerbée par des croyances religieuses.

C’est une société qui refuse d’accepter ce qu’elle ne comprend pas. Et il importe de préciser que plusieurs parents haïtiens font tout leur possible dans ces moments difficiles.

Parlant de religion, est-il nécessaire de souligner qu’un pasteur, malgré ses prétentions de polymathie, ne peut remplacer un psychiatre? Et qu’un prêtre vaudou ne peut pas guérir une personne atteinte de schizophrénie?

Finalement, ces quelques lignes ne sont qu’une observation analytique d’un sujet préoccupant de la communauté. Un sujet assez vaste, qui requiert beaucoup plus qu’un texte de 900 mots, j’en conviens.

Briser les tabous

Néanmoins, cette analyse nous permet d’établir l’influence que nos valeurs culturelles et spirituelles ont sur notre perception de la maladie mentale.

Le peuple haïtien est loin d’être bête. Il n’est pas le seul à ignorer les problèmes de santé mentale. Cependant, force est d’admettre qu’il est emprisonné par ses tabous. Par conséquent, nous qui vivons ici, au Québec, devrions profiter des bienfaits de la Révolution tranquille pour affranchir nos esprits des pensées archaïques.

D’ailleurs, je vous propose d’aborder le sujet de la santé mentale avec quelques de vos amis et des membres de votre famille, afin d’exorciser ce tabou une fois pour toutes. C’est une initiative salutaire pour la communauté.

Quant à moi, quand je me promène dans les rues du centre-ville, je ne vois pas de fous. Je ne vois que des êtres humains souffrants qui ont besoin de notre compréhension, notre attention.


Je vous invite à prendre part à la conversation en laissant un commentaire en bas du site. Merci.

35 Commentaires

  1. J’en parlais à mon conjoint l’autre jour. Même aller voir un psychologue est compliqué dans notre communauté . La déficience intellectuelle aussi c’est troublant la plupart des gens de notre communauté croit qu’on insulte la personne en question. Pourtant le quotient intellectuelle est bien réel. Surtout lorsque nos enfants ont des difficultés d’apprentissage on a tendance à dire qu’il ne veut pas, on ne se pose pas la question est ce qu’il ne peut pas réellement a t il un trouble quelconque ? On le chicane!! C’est pas évident.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Tu as soulevé un très bon point, Tamara Mayard. Nous avons beaucoup de chemin à parcourir. Commes tu le dis, beaucoup d’enfants sont victimes de l’ignorance de leurs parents. Malheureusement. Qund ils ne comprennent pas leur leçon, on les appelle <>, et on les bat. Nous sommes constamment en déni, et nous nous complaisons dans notre monde tabou. Merci pour ta visite, chère amie. À la prochaine…

  2. Très bel article et surtout touchant. Effectivement, j’ai côtoyé des gens bipolaires dans notre communauté et qui refusait d’aller se faire soigner ou simplement en depression. Pour eux c’etait signe de faiblesse. Il preferait detruire leur entourage et blâmer les autres. Ton texte m’a vraiment touché et merci encore.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      En effet, Nersa, quand une personne atteinte d’une maladie mentale refuse de se faire soigner, il n’y a pas qu’elle qui souffre. Son entourage en souffre autant. Tant de couples et d’amitiés ont été brisés à cause d’un malade pas soigné. Espérons que les choses changent dans la communauté. Nersa, je te remercie pour les compliments et reviens nous voir! À bientôt…

  3. Guerlens VILMENAY Répondre

    Un texte interessant! La maladie mentale est un peu inconnue à première vue dans la société haïtienne vraiment. Cependant, ce que j’ai remarqué lors d’un stage que j’ai fait au Centre Universaire Hospitalier de Psychiatrie Mars & Kline, ce centre, en général, devient le dernier recours des personnes à problème mental. Avant de venir dans ce centre, ils sont déjà passés voir soit un pasteur, soit un prêtre du vodou. C’est à ce moment là, lorsqu’ils n’ont pas trouvé de resultats satisfaisants, qu’ils envahissent le centre. Et ceci, ils viennent du quatre coins du pays. Donc, tout cela montre que l’haïtien, généralement, face à la maladie mentale, donne une explication religieuse à priori.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Très bon point, Guerlens. Les institutions religieuses ont une très grande influence sur nos façons de faire. Donc, n’est-ce pas la responsabilité des pasteurs et prêtre vaudou de dire aux gens atteints de maladie mentale que centre psychiatrique est le chemin à prendre? Toi et moi connaissons déjà la réponse. Malheureusement, dans un pays aussi relgieux qu’Haïti, les pasteurs et hougans ont plus de poids que les psychiatres. Espérons que la situation change. Merci pour le compliment, cher camarade, et reviens nous voir.

  4. Merci beaucoup Mr Walter pour ce bel écrit. Ayant travaillé pendant 19 ans en santé mentale , j’affirme qu’on a beaucoup de route à parcourir avant de d’atteindre notre objectif qui est de sensibiliser les gens à s’occuper de leur santé mentale. D’ailleurs, Même pour une pathologie autre que la santé mentale ils ont de la difficulté. Le processus d’acceptation est long avec un Haitien… Ils ont une pensée magique qui laisse croire qu’ils sont négligeants dans tout et pour tout… C’est pour cela que je nous demande de prendre le temps, avec amour et patience, de leur réexpliquer le pourquoi bien prendre sa médication, pourquoi respecter la diète prescrite, pourquoi venir aux rendez-vous etc….. Travailleurs communautaire, Pro fe la santé soyons persévérants. Continuons de les soutenir. Qui sait? Ça fera peut-être bien une différence.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Wow! J’adore ton réalisme jumelé à l’optimisme, chère Gerlande. Nous (les Haïtiens) revenons de loin. De l’esclavage à la dictature, nous n’avons pas trop eu de temps pour nous épanouir. Comme tu le mentionnes, le chemin est long, mais nous y parviendrons. Nous vaincrons nos peurs, éliminerons nos tabous et éradiquerons l’ignorance. Il nous suffira d’écouter des gens comme toi. Merci pour le compliment, Gerlande. Selon Walter espére te revoir bientôt.

  5. Je suis moi-même atteinte de maladie mentale et diagnostiquée schizophrène. Mon père m’a déjà avoué que je suis une folle et m’a dit que je suis une plaie, ma famille et les personnes que je connais depuis l’enfance me rejettent. Ayant fait plus de quinze années d’études au collégial et à l’université j’ai travaillé en santé mentale ce qui n’a pas été évident. Je suis constamment mise de côté et jugée par les personnes sachant ma condition médicale ce qui aurait pu être n’importe quelle autre maladie. Ce qui serait important de constater c’est que même les personnes atteintes de maladie maladie mentale ont de belles qualités, ont du potentiel de réaliser qu’importe le rêve qu’une personne atteinte de santé mentale veut réaliser, de bonnes capacités d’avancer, sans le jugement de la communauté haïtienne qui a souvent tendance à vouloir mettre des bâtons dans les roues à n’importe quelle personne qui réussit dans sa vie. Il vrai de croire que même une personne atteinte de santé mentale peut devenir médecin ou un grand spécialiste.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Chère Amie, tout d’abord, j’applaudis ton éloquence, qui est une grande qualité. Les gens atteints de maladie mentale ne sont pas dépourvus de talent. Oh que non! Je suis désolé de savoir que ton entourage t’a rejetée. La communauté haïtienne a un grand travail à faire. Nous devons nous libérer des pensées passéistes. Le monde change, mais nous gardons les mêmes mentalités archaïques. Tu peux tout faire dans la vie, chère amie. Je crois en toi ansi qu’aux autres souffrants des maladies mentales. Merci pour ta visite, chère compatriote et j’apprécie beaucoup ton témoignage. Courage..

  6. Cher Walter,

    Je me sens choyée et en même temps surprise par vos éloges et sur ce, je vous en remercie énormément. En fait tout ce qui a trait à la vie d’une personne vivant une problématique de santé mentale se trouve « hypothéquée sur tous les points de vues c’est-à-dire: que ce soit au niveau de l’emploi, de sa vie sociale, de sa vie familiale, de son contact avec son monde extérieur (certaines personnes peuvent perçevoir que cette personne vit un problème de santé mentale simplement par le gestuel, le language, la démarche ou le type de propos verbaux). Automatiquement il y a un recul à aller vers la personne même chez les blancs c’est encore pire dans la communauté haïtienne.

    De mon côté après plus de vingt de prise de médication, de consultations médicales, et de therapies avec mon médecin spécialiste lui et moi avions prise une entente de cesser les rendez-vous réguliers et de venir pour une visite de routine une fois aux deux au trois ans. La prise du médicament en petites doses est consommée régulièrement et faxé à mon pharmacien suite à l’accord du professionnel de la santé attitré à mon dossier qui me connait très bien lors du début de l’âge adulte étant mal en point et ayant été boulversée par l’atmosphère familial à une certaine époque et ensuite eurent lieu plusieurs hospitalisations. Aujourd’hui après cinq années sans avoir été à l’hôpital et complètement libre dans ma vie je m’occupe de mes activités économiques pour vivre et des activités régulières comme je l’ai toujours rêvé. Je souhaite à toute personne vivant une maladie en santé mentale d’être discret face à une telle révélation car peu de gens veulent faire affaires avec ce genre de personnes et il s’agira toujours d’un tabou dur à accepter spécifiquement dans la culture caraïbéenne, haïtienne et africaine car on les considérait envoûtés par le diable il fut plus d’une quarantaine d’années donc aujourd’hui avec les différents médias qui en parlent ouvertement il s’agit d’un sujet quasi-normal. Certaines personnes auront toujours du recul à vouloir fréquenter une personne prise en face ayant une légère lacune au niveau de sa santé morale ou mentale. Aujourd’hui célibataire depuis sept (7) ans je rêve de rencontrer l’homme qui saura me traiter avec respect, avec de la classe et sera instruit. N’ayant jamais été traitée en princesse par mes ex petits amis je rêve un jour de me caser et d’enfin trouver l’homme qui fera vibrer mon petit coeur pleine de bonnes choses à donner. Cette personne acceptera mes particularités comme celles de n’importe qui d’autre en espèrant avoir la chance de fonder une famille et arrêter de continuer à cheminer seule dans la vie avec cette lourdeur qui me pèse dans mon âme tous les jours depuis 7 ans. Enfin je souhaite partir sur des nouvelles bases et voir l’avenir sur d’autres perspectives plus positives le plus que possible.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Tes témoignages ne passent pas inaperçus, chère compatriote. Les gens doivent être choyés par tes écrits éducatifs. Je te souhaite bonne chance dans ta quête amoureuse et ainsi que dans ta vie sociale. Merci encore et à bientöt…

  7. Mon cher Walter, je te félicite pour cet article si bien écrit et édifiant. Je l’ai reçu d’une amie. Des réflexions de ce genre, nous en avons grandement besoin pour l’avancement de notre société et le bien-être de nos compatriotes. Depuis 2010, je réfléchis en fait à ces choses que la science elle-même ne peut pas expliquer, donc à la métaphysique. Les physiciens sont très avancés de nos jours dans la recherche des solutions aux différentes pathologies liées au coté physique de l’homme (ce qu’on peut voir ou toucher). Que dire des autres parties de l’homme à savoir l’esprit et l’âme que l’on ne voit pas qui peuvent être malades aussi. En analysant ton propos  »Que croire qu’une tante atteinte de la schizophrénie a été la cible de la sorcellerie est de l’ignorance pure et simple. », j’arrive à la conclusion que ton texte, partiel en partie dénote aussi un peu de partialité. Partiel, pour avoir pris comme pattern uniquement le comportement des fous des pays occidentaux pour étudier celui des fous de notre société. Etant donné que ce ne sont pas les mêmes réalités, il est évident que les résultats divergeront. Nos techniciens dans d’autres domaines de l’économie ou des finances par exemple, quoique très brillants, commettent également la même erreur en essayant d’appliquer en Haiti sans une adaptation adéquate et de manière aveugle, des modèles testés au Canada, en France ou aux Etats-Unis. La science est universelle certes mais il convient aussi de tenir compte des réalités de chaque environnement dans la recherche des solutions viables et durables aux problèmes qui rongent une société. En ce qui concerne les maladies mentales, Haiti a fait de très grandes avancées. Les résultats des recherches dans ce domaine sont très convaincants, notamment ceux du Dr Douyon, un éminent psychiatre haiten de regrettée mémoire et Franck Dégoul, un ethnologue français dont une revue sur le traitement des zombis en Haiti peut-être lue dans internet (https://www.erudit.org/fr/revues/ethno/2006-v28-n1-ethno1446/014156ar/)
    , pour ne citer que ces personnalités là. Ton texte est un peu partial en ce sens qu’il minimise l’apport des pasteurs et des hougans – guérisseurs- ( à remarquer que je n’ai pas dit bôkô qui est un sorcier quoique de nos jours tous les hongans se sont convertis en bôkô pour des raisons financières) qui n’ont fait qu’essayer de combler le vide laissé par les psychiatres et les psychologues dans ce domaine. Nier l’implication de la sorcellerie dans la montée des maladies mentales en Haiti, ce serait aussi nier l’existence dans notre société de l’esclavage sorcellaire (les zombis esclaves) auquel il nous faut libérer tôt ou tard. Le problème en Haiti est beaucoup plus compliqué et complexe que ce que l’on peut comprendre ou imaginer à cause même de notre passé esclavagiste que nous ne cherchons pas à comprendre malheureusement. Je te conseille de lire le Code noir de 1685 pour en avoir une idée. Le passé, oui il faut en faire table rase, mais après l’avoir bien cerné pour mieux nous permettre de bien comprendre le présent en vue de regarder l’avenir avec espoir. Je te remercie encore une fois pour cette louable initiative et espérons qu’un jour, de ces idées jailliront cette lumière qui éclairera nos compatriotes conscients, peut-être dans 300 ans, dans la recherche de vraies solutions à ces problèmes qui déshumanisent nos frères et sœurs de la société haïtienne…

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Mon cher Marc, mille mercis pour ta participation à la discussion. Ta présence est très remarquée. Il est vrai que la réalité haïtienne est différente de la réalité occidentale. De toute évidence, des explications anthropologiques doivent être ajoutées aux pathologies classiques de l’Occident. Je fais confiance à l’ethnopsychiatrie haïtienne. Et j’ai lu le Code noir de 1685, mais toi et moi savons qu’il n’est pas possible de tout relater dans un texte d’environ 900 mots. Je promets une suite de ce sujet très vaste et complexe. Merci pour le compliment et à bientôt, mon ami..

  8. J’aime beaucoup votre article Walter. Je me suis retrouvé en face de la schizophrénie via ma belle mère ( épouse de mon père ) il y 3ans et sans mon ouverture d’esprit et beaucoup de lecture sur le sujet elle serait peut être plus de ce monde . La prise en charge et la médication appropriée ont fait la différence et aujourd’hui mon père peut continuer sa vie de retraité avec sa femme et moi continuer à profité de ses bonnes recettes culinaires que j’avais perdu tout le temps de sa maladie.
    Notre rôle est de trouver les moyens d’éduquer notre communauté.
    Continuer ton bon travail .
    Filbert.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Bravo mon ami! Il est bon de savoir que certains d’entre nous se démarquent du lot par leur ouverture d’esprit et leur acharnement. Je suisheureux de savoir que tu aies pu faire une différence dans la vie de ta belle-mère et de celle de ton père. Je te remercie également pour tes compliments, et oui, continuos de trouver des moyens pour éduquer la communauté. L’union fait notre force. À bientôt…

  9. Merci d’avoir soulever un sujet aussi delicat qui n’est pas toujours bien recu dans la communaute Haitienne. Il est evident que nous devons entamer une campaghe de sensibilisation afin d’encourager les personnes atteintes de rechercher l’aide des psychologues, des psychiatres, des psychotherapeutes et autres professionels qui sont en mesure de les aider a gerer leur condition. Toute fois il ne faut pas ignorer l’existence de causes qui presentent les memes symptomes et comportements q’un desequilibre mental et qui pourtant proviennent d’une source metapsychique et ne repondent pas aux methodes utilisees pour traiter les affections au niveau pychiatrique ou psychique. Un respect mutuel entre les metaphysiciens et les membres du corps medical faciliterait un diagnostique approprie pour chaque cas et permettrait d’effectuer un triage afin d’offrir un traitement totalement personnalise qui servirait mieux les personnes affectees afin d’offrir des solutions plus ef efficaces. Ma formation aux USA en medecine bio-energetique, l’hypnotherapy intuitive et le chamanisme m’a permi de faire l’experience de la depossession, du retrait de l’ame et beaucoup d’autres manifestations de l’aspect psycho-energetique de l’etre.

  10. Bonjour,je suis heureuse qu’enfin quelqu’un se décide a parler de cela. Une très bonne initiative. Pouvez vous communiquer par email?

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Bonjour Cloée! en effet, nous devons reconnaître l’existence de la maladie mentale dans notre communauté. Brisons les tabous en ayant un dialgue sur la santé mentale afin que la communauté haïtienne soit saine et lucide.

      Merci pour votre visite et à bientôt, Cloée.

  11. Merci pour ce texte. Ça m’a beaucoup touché, car ça m’a rappelé ma grand-mère qui je suspectais de souffrir d’une maladie mentale. Mais on me disait toujours que non, c’est comme ça qu’elle est et a toujours été. Toute sa vie elle a été mal comprise, jugée et mise de côté. Une chance que j’ai pu voir de bonnes choses chez elle, mais malheureusement son entourage a plus connu une femme au caractère dur et très volatile. Merci encore pour ça…

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup pour ce témoignage, Kéla! Malheureusement, nombreux sont des gens de la communauté haïtienne qui ont connu le même sort que votre grand-mère. C’est pour cette raison que nous devons en parler. Brisons une fois pour toutes ce grand tabou de notres société.

      Merci d’être passée, Kéla, et au plaisir de vous relire.

  12. Je suis tombé sur votre article par pur hasard en navigant sur le web et son titre a frappé mon attention. Je le trouve à la fois intéressant et instructif. Intéressant dans le sens que cet article tente de démystifier la crainte et la peur de parler de la maladie mentale. Et il est instructif car il contribue à la réflexion, à l’engagement et à la sensibilisation,

    Votre article va dans le sens de faire évoluer les mentalités avec une approche humaniste auprès des gens souffrant de la maladie mentale.

    Je ne sais si dans notre communauté il y une station de radio qui sensibilise les gens vers la compréhension de cette maladie ? Si cela existe c’est tant mieux. Sinon au plaisir de vous relire la prochaine fois.

    Votre article portant sur la maladie mentale est bien, très bien et résolument bien.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beaucoup pour les compliments, cher Claude! Et je dois vous dire que j’admire votre approche en ce qui a trait à la maladie mentale.

      Y a-t-il une station de radio qui sensibilise les gens vers la compréhension de cette maladie? Claude, disons que la plupart des chroniqueurs de radio haïtiens se concentrent sur ce qui se pase en Haïti. Est-ce une bonne chose? C’est un autre débat…

      Merci d’être passé, camarade. À bientôt…

  13. Votre article est très touchant et si profond. Merci de nous sensibiliser sur ce sujet. La majorité en souffre mais peu en parle!

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci à vous, Manuchca! Vos bons mots sont très encourageants. Et, oui, nous devons en parler de plus en plus pour qu’il y ait de moins en moins de souffrants…

      Et merci pour votre visite. À bientôt.

  14. Cette question arrive trop tôt dans le calendrier de développement de la société haïtienne. Lorsqu’un pays ou une société n’a pas répondu aux besoins fondamentaux de sa population, le peuple n’a pas le temps de penser à des débats plus approfondis tels que les problèmes de santé mentale. il y a quelque chose appelé Hiérarchie des besoins de Maslow; maintenant, quand vous regardez ceci, vous remarquerez que Haïti n’a pas encore rempli la première couche. Pourquoi les pays modernes ont-ils des droits pour tout le monde: hommes, femmes, enfants, gays, lesbiennes, personnes atteintes de maladie mentale, même prisonniers, etc.? Quelqu’un s’est-il jamais soucié de regarder la chronologie de la date à laquelle les droits étaient conférés à différents groupes de personnes dans les pays modernes? Pourquoi est-ce que le droit de voter a été donné quand il a été donné? Aux groupes qu’il a été donné? Dans l’ordre, qu’il a été donné? Pourquoi est-ce que les droits des homosexuels n’est devenu un débat passionné que ces dernières décennies? Et pas avant? Pensez-vous que les femmes auraient obtenu le droit de vote au 18ème siècle? Quand la maladie, le manque de nourriture, le manque d’éducation, le manque de sanitation ont défini la société occidentale? Tant que les Haïtiens n’ont pas assez à manger, pas de routes, d’accès aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation publique, à la sanitation, etc. Tant que les Haïtiens n’ont pas accès à des conditions de vie fondamentales. Tant que la diaspora haïtienne aura à craindre pour la famille, des parents qui vivent dans la merde en Haïti, nous ne nous préoccuperons jamais assez de la santé mentale pour pouvoir y remédier. Nous sommes en mode de survie; la hiérarchie naturelle des besoins nous évitera de nous inquiéter de ce genre de choses. Cette question est beaucoup trop tôt. De la même manière, la question de l’esclavage des enfants à Haīti (rèstavèk) est trop tôt. Il en va de même du débat sur la violence conjugale, la maltraitance d’enfants, homoxesuallité, etc. Nous nous en soucions peut-être, mais ce n’est certainement pas la priorité. C’est pourquoi nous faisons des excuses. Les pays occidentaux l’ont également fait; les personnes atteintes de schizophrénie ont été qualifiées de sorcières et brûlées vives. Ce n’est pas juste Haïti non plus, c’est le cas pour tous les pays sous-développés. C’est dommage, mais c’est la réalité.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Désolé pour le long délai, Anne, je n’avais pas aperçu votre commmentaire.

      Je suis en accord avec vous, compatriote. Nous n’avons peut-être pas le privilège de traiter ce sujet comme les Occidentaux, mais nous devons tout de même en parler un peu. Non?

      Merci pour ce commentaire si intelligent. J’espère vous revoir sur mon site.

  15. Bonjour Walter,

    Merci pour votre article j’espère qu’il va continuer à faire son chemin auprès de notre communauté montréalaise et ceux au pays.

    À l’âge de 19 ans mon frère a été diagnostiqué comme schizophrène. Mon père a associé cela avec le fait qu’il n’était pas obéissant, refusait d’aller à l’église, qu’il ne réussisait pas à l’école et qu’il fréquentait des personnes que lui n’approuvait pas.

    Pourtant, mon oncle et ma mère souffre tous deux de maladies mentale. Depuis l’âge de 12 ans je n’ai plus revu mon oncle qui est interné dans un hôpital psychiatrique et ce sujet est considéré comme tabou.

    Ma mère souffre de bipolarité et de dépression et son humeur et son attitude sont constamment en changement.

    Tous le monde nie l’existence de leurs maladies et tente de faire comme si tout allait bien.

    Ma mère dit qu’on lui a jeté un sort. Ce qui l’a fait être comme elle est. Pourtant pourquoi ne pas regardé le lien familial ou un lien héréditaire. Il doit avoir certainement une sensibilité à ce niveau dans les gênes.

    Les leaders de l’église ont critiqués ma famille jusqu’à nous dire que nous serions tous des fous.

    Je crois dans la médecine et je crois dans l’ouverture et l’acceptation des gens qui sont différents de nous.

    Au lieu de les banir de la société, il faudrait leur trouver leur juste place car ils sont importants. Ils sont des humains comme nous et ressentent le rejet et les blessures comme nous.

    Merci pour ce texte. Je sais que le changement vient graduellement et cela passe par l’éducation.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Cher(e) Anonyme,

      Permettez-moi de vous dire que vous avez commencé le changement en nous livrant ce témoignage si troublant. Et désolé pour cette situation, mais vous agissez sagement et intelligemment face à celle-ci.

      Dans notre société – haïtienne -, on refuse de reconnaître la maladie mentale, et notre aveuglement religieux n’aide certes pas la cause. Mais, tel que mentionné plus tôt, avec des gens comme vous, nous verrons le bout du tunnel.

      Merci pour votre visite, camarade et encore mille mercis pour votre témoignage si important.

      Courage.

  16. salut Mr Walter,
    j’ai lu avec beaucoup beaucoup intérêts votre article.
    je suis en formation continue , Master 1 en psychopathologie clinique, rien que pour vous dire combien cet article fait du bien, surtout la question d’influence religieuse et culturelle mentionnée met vraiment à clair , et valide votre constat. c’est un peu gênant de le dire , mais le saviez -vous à cette heure que mon département détient même pas un cabinet spécifique en soin de santé mentale? d’une population de plus de huit cent mille habitants. vous vous imaginez la situation est beaucoup plus grave qu’on ne le pense. En tout cas je voudrais bien vous contacter pour en discuter si c’est possible.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Marc, je tiens à te remercier pour l’intérêt que vus portez à mon article. Et je suis désolé des lacunes de votre département, àl’université. Puis-savoir dans quelle région ou dans quel pays vous poursuivez vos études?

      Et, oui, vous pouvez bien me contacter, il suffit de m’envoyer un message. Allez à la page Contact, pour ce faire.

      Merci pour ce témoignage, camarade, et à bientôt.

  17. Je reviens vers vous ,
    Mes études se passent en France,
    A l’ université catholique de Lille.
    Cette année je fais un diplôme en gestions Rusques psychosociaux et la qualité de vie au travail. Juste pour compléter la formation et mieux équiper pour être à la tête d’ un projet déjà en cours , en Haïti.

    En effets comme je l’ avais mentionné dans mon commentaire, à Hinche ,le plateau central on compte quasiment pas de structure pour une population avoisinante d’ un million d’ habitants.
    Mis à part une petite poignée de psychologues ( même pas une petite dizaine) à l’hôpital universitaire de Mirebalais, les structures dans ce domaine se font très rares.
    J’ ai décidé de créer une structure pour accueillir des personnes présentant une déficience mentale ( ou handicap), je cible d’ abord ceux et celles qui sont abandonnés à leurs triste sort, bref les démunis , déshumanisés.
    Ce centre sera appelé  » centre de vie  »
    Les gens vont être accueillis , logés (pour certains), accompagnés( suivis médicaux et thérapeutiques).

    L’ objectif c’est de faire les reconnaître comme  » personnes » , et une intégration sociale. Car cette catégorie se trouve vraiment rejetée par la société.

    Le projet est déjà en cours, si c’ est possible on peut en parler plus amplement.
    Merci encore pour votre article, qui nous a nous seulement éveillés mais nous a invités à une prise de conscience de notre réalité.

    Marc Gravéus,

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Mon cher, Gravéus, je vous dois un grand merci pour cette prcieuse information. J’ai un très bon ami qui vient de Hinche. J’aimerais ajouter qu’un ami de la famille vivant en Haïti a dévoilié à mon père qu’il a choisi la psychiatrie comme spécialité parce qu’il s’est rendu compte que l’État ne prend pas la maldie mentale au sérieux, et qu’il y a trop de gens souufrant de cette maladie au pays. Espérons qu’il y ait plus de personnes comme ce médecin et vous.

      Mille mercis pour le compliment, et je voous dis à bientôt, camarade.

  18. J’apprécie grandement votre reflexion ou tout moins votre plaidoirie pour une prise en charge des personnes souffrant de pathologies mentales en Haiti. Mais, la problématique de santé mentale en Haiti, est très complexe. Elle se trouve au carfour de la non responsabilité de l’Etat, de l’inaccessibilité aux soins et le manque de professionnels dans le domaine de la santé mentale pour ne citer que ceux-là. Face à cette situation, la population a développer des mécanismes ou des stratégies consciemment ou inconsciemment pour palier ces problèmes psychologiques. Les tradipraticiens( Ougans, prêtes catholiques et protestants..) sont alors les plus disponibles et plus disposés à leur écoute. C’est vrai que les pratiques culturelles ont des influences sur la perception de la mentale. Mais, ce sont en majeure partie, ces différentes pratiques qui renforcent la capacité de résilience des haïtiens-nes. Elles constituent en quelque sorte un refuge pour les malheureux haitiens. D’où la nécessité d’une accessibilité et d’une amélioration des soins de santé mentale en Haiti. D’une politique de santé publique permettant à tous les malheureux haïtiens-nes d’avoir accès au soins psychologiques.

  19. Angelot Ducheine Répondre

    J’approuve le contenu de cet article. Équilibré et juste.
    C’est un sujet toujours d’actualité en 2020.
    Par contre, vous semblez avoir un regard critique envers le système religieux.
    Je crois que c’est un problème culturel.

    Il faut y remédier.

    Aussi ça serait intéressant d’avoir des statistiques sur les Haïtiens souffrant de maladie mentale.

    Cordialement,

    Angelot Ducheine

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