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Mort d’Élisabeth II : les pleurs de l’Occident, la mémoire de l’Afrique


Depuis jeudi, les hommages pleuvent sur les pays occidentaux pour souligner le décès d’Élisabeth II, qui a régné plus de 70 ans sur le trône d’Angleterre. Or, chez certaines personnes originaires de l’Afrique et des Caraïbes, la mort de la reine a suscité une indifférence totale.

Il est fascinant de constater qu’un événement de cette ampleur peut toucher l’Occident d’une manière opposée aux peuples colonisés et opprimés.

Ce dualisme entre l’Occident et les pays du dit Tiers-Monde a également été observé à la mort de Fidel Castro, le père de la révolution cubaine, en 2016 : aux États-Unis, l’esprit était à la fête, et dans les Caraïbes, on pleurait le départ de celui qui représentait le symbole de la lutte contre l’impérialisme américain.

Deux mondes différents, deux sensibilités.

Alors qu’en France, la Tour Eiffel s’est éteinte à minuit, et qu’aux États-Unis, le président Joe Biden louange la dignité et la constance d‘Élisabeth II, en Afrique du Sud, des internautes dénoncent la mainmise de la couronne britannique sur la Grande étoile d’Afrique (The Great Star of Africa), une pierre précieuse de 530 carats, qui a été extraite au pays de Nelson Mandela, en 1905.

Selon les rumeurs, la reine Élisabeth II possédait la Grande étoile d’Afrique, qui est considérée comme le plus gros diamant incolore au monde, faisant partie des joyaux de la couronne britannique.

On prétend que la Grande étoile d’Afrique, également appelée Cullinan, est estimée à plus de 400 millions de dollars.

Le diamant a-t-il réellement été volé ?

Des documents historiques prouvent que le gouvernement du Transvaal, en Afrique du Sud, a acheté le diamant et l’a ensuite offert en cadeau au roi Édouard VII, mais comme l’indiquent les accusateurs, cela s’est produit au plus fort du temps de la colonisation et qu’il y a bel et bien eu vol.

La reine Élisabeth II possédait également un diamant rose, l’un des plus précieux au monde, qui a été extrait en Tanzanie, pays d’Afrique de l’Est. Ce diamant rose brut de 54,5 carats, qui lui a été « donné » en cadeau lors de son mariage, en 1947, était son préféré, semble-t-il.

La reine Élisabeth II et le diamant préféré

En fait, le calcul est simple : la plupart des bijoux de la monarchie britannique sont originaires du sol africain.

Vous vouliez connaître les causes essentielles de la pauvreté en Afrique ?

Ne cherchez pas plus loin que la colonisation britannique en Afrique !

On ne peut faire la radiographie des problèmes de l’Afrique et des Caraïbes sans prendre conscience des turpitudes des empires coloniaux.

Outre les vols de diamants et de territoires des puissances coloniales, il y a aussi eu la violence qui aurait causé la mort d’une dizaine de millions d’Africains et d’Antillais.

Et que pense le peuple britannique des méfaits de la colonisation ?

Une enquête récente a dévoilé que plus d’un tiers des personnes interrogées au Royaume-Uni se disaient fières de ce que l’empire a été, et que les colonies britanniques se portaient mieux quand elles en faisaient partie.

Vraiment ?

En 1897, lors d’une expédition punitive britannique, plusieurs milliers de moulages en laiton et en bronze et de sulptures en ivoire ont été pillés dans le palais de l’Oba du Bénin, au Nigéria.

Plus de 4000 objets ont été pillés.

C’est connu de tous que le British Museum possède la plus grande collection de bronze (bronzes du Bénin) au monde.

Pourtant, avant l’invasion britannique, le royaume du Bénin prospérait, et ce, durant plusieurs siècles.

Pour les lecteurs haïtiens, la légende veut que quelques années après l’ascension d’Élisabeth II au trône, au milieu des années 1950, elle a ordonné l’expulsion des Haïtiens qui avaient immigré aux Bahamas, car ils fredonnaient innocemment la chanson « Nan peyi pam fanm pa kòmande » (dans mon pays, les femmes ne commandent pas).

S’il est difficile de confirmer la véracité de ce fait, des personnes âgées de la communauté haïtienne maintiennent leur avis concernant cet événement.

Bref, je ne crois pas que les Africains et les Antillais se réjouissent de la mort de la reine Élisabeth II, mais chaque fois qu’ils aperçoivent l’image de celle-ci dans les médias, ils se réfugient dans leurs souvenirs.

Ils pensent au Great Star of Africa, à l’indemnisation de la France par la République d’Haïti, aux objets pillés pendant la période coloniale.

Enfin, ils se demandent à quoi ressemblerait la situation du peuple noir s’il n’était pas dépouillé de ses richesses.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

4 Commentaires

  1. Paulette Charles Répondre

    550 ans de pillage…et malheureusement, le braquage a ciel ouvert se poursuit contre les noirs. Il nous faut une vraie revolution. Ca me me en colere !!!

    • Walter Innocent Jr. Répondre

      Malheureusement, Paulette, plusieurs d’entre nous ne comprennent pas que la monarchie britannique est synonyme de pillage.

      Merci pour ce commentaire lucie, et à bientôt.

  2. C’est quand même un peu fou tous ces médias qui pleurent la reine pendants des semaines. Quand on connaît un peu l’histoire et ce quelle représente cette reine, ça donne moins le goût de pleurer. Mais ça, personne en parle.

    L’ « histoire » est écrite par les « gagnants ». Mais la vérité prendra sa place un jour ou l’autre. Merci Walter de nous donner une autre version de l’histoire!

    • Walter Innocent Jr. Répondre

      « La vérité prendra sa place un jour ou l’autre ». Merci beaucoup pour cette belle formule, Étienne. Comme vous le dites, ceux qui connaissent l’histoire ne pleurent pas.

      À bientôt, camarade.

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