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La violence à Montréal : Hollywood, les jeux vidéo et nous


En mémoire de Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans, et d’autres jeunes de Montréal, qui ont été tués par balle ou à l’arme blanche pendant une altercation avec des membres de gang de rue, je partage avec vous mes réflexions sur la vague de violence qui perturbe la ville.

Si je menais un sondage auprès des hommes âgés de 40 ans et plus au Québec afin de connaître la liste de leurs cinq meilleurs films à vie, il y aurait de fortes chances que The Godfather (Le Parrain), le violent chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, occuperait la tête du classement.

Et Scarface, le film de gangster de Brian de Palma, sorti en 1983, se faufilerait dans ce classement.

S’identifier aux « héros » de la violence hollywoodienne

Je n’oublierai jamais la fameuse scène où un caïd colombien utilise une tronçonneuse pour tuer un acolyte de Tony Montana (Pacino), le personnage principal du film, et menacer ce dernier de subir le même sort, lors d’une transaction de drogue qui tourne mal.

Et que dire de la scène finale dans laquelle Tony Montana nous présente son ami, un M16 (Say hello to my little friend), tuant un incroyable nombre d’assaillants avant de tomber sous les balles de ses ennemis.

Ce film culte, d’une violence excessive, entretient un lien étroit avec la culture populaire, en particulier le hip-hop, où Tony Montana est perçu comme un Robin des Bois du ghetto.

Or, une trentaine d’années plus tard, les choses n’ont pas trop changé : des adolescents manifestent leur afro-américanisation en s’inspirant du gangstérisme made in Chicago.

« Say hello to my little friend ». La scène finale du film Scarface

D’ailleurs, je tiens de source sûre que les Bélanger, le premier gang de rue haïtien de l’histoire québécoise, se sont servis de Scarface et Godfather pour établir leurs codes et leurs valeurs de gangstérisme.

Et dans la deuxième vague de propagation de bandes criminalisées de la communauté haïtienne, dans les années 1990, on a assisté à la coloration du panorama des gangs de rue lorsque les couleurs bleu (Crips) et rouge (Blood) de Los Angeles ont été importées à Saint-Michel et Montréal-Nord.

Cette importation est née d’un mimétisme et de l’influence des films Colors (88) et Boyz n the Hood (91), qui ont marqué la jeunesse afrodescendante de l’Amérique du Nord.

Or, une trentaine d’années plus tard, les choses n’ont pas trop changé : des adolescents manifestent leur afro-américanisation en s’inspirant du gangstérisme made in Chicago.

Et les films d’Hollywood ainsi que les jeux vidéo sont de plus en plus violents, et les jeunes sont fascinés, voire obnubilés par cette violence.

Mettons les choses au clair : un adolescent qui regarde des films violent et qui jouent à la PS4 ne devient pas ipso facto un bandits ou un tueur, toutefois il y a lieu de se poser des questions sur l’exposition des jeunes à la violence.

Selon le Centre canadien d’éducation aux médias et de littéraire numérique, de 1995 à 2012, le film qui a rapporté le plus était très violent, à l’exception de quatre films qui démontraient une certaine modération dans leurs éléments de violence.

Et les films classés PG13, me demandez-vous ?

Bof…

L’omniprésence de la violence dans les grands médias

Les enfants de 9 et 12 ans n’ont pas à se déplacer ou falsifier des cartes d’identité pour pénétrer le monde cruel et barbare.

La violence est omniprésente sur YouTube, elle caractérise les PlayStation et Fortnite, et continue de percer nos écrans de télé.

Ces jours-ci, ils sont animés par Squid Game, le jeu du calmar, comportant des scènes de fusillades, de meurtres et de suicide, qui bat des records sur Netflix. On a pu voir des enfants imiter les jeux violents de cette série dans les cours d’école.

En général, la grande majorité des spectateurs (jeunes et adultes) parviennent à se détacher des violences qu’on leur présente à l’écran, toutefois pour d’autres, les limites de la réalité et de la fiction sont brouillées.

Certains s’identifient au personnage principal de ces films violents ou à ceux qui démontrent leur virilité par la bouche de leur canon.

C’est ce que l’on appelle l’effet cathartique.

Arme à la main, ils continuent à vivre de façon intense les actes violents de leurs « héros ».

Je parle ici de jeunes qui sont ignorés par la société, accablés par la pauvreté et marginalisés par le racisme systémique.

Je parle d’adolescents qui sont en quête d’identité, d’attention et de reconnaissance.

Je parle bien sûr de certains jeunes des quartiers Saint-Michel, Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies, Saint-Léonard, Côte-des-Neiges, Laval, Repentigny, Hochelaga, Longueuil, Notre-Dame-de-Grâce…

En énumérant les zones qui ont été atteintes par la vague de fusillades et meurtres par armes blanches, je constate qu’il ne s’agit plus d’un problème de deux ou trois quartiers, mais bien d’un problème montréalais.

Certes, le 7 novembre, aux élections municipales, vous devrez voter afin de doter votre ville de leaders responsables, capables de remédier à la situation actuelle ; cependant, l’essentiel du travail doit être accompli à la maison.

Permettez-moi de vous dévoiler des chiffres révélateurs qui pourraient vous faciliter la tâche :

La majorité des joueurs de jeux vidéo (53%) sont âgés de 18 à 49 ans, et seulement 25% de l’ensemble des jeux vendus sont classés pour adultes.

En d’autres mots, les enfants s’imposent en roue libre dans le monde adulte.

Dans le monde de Call of duty et Hallo: Reach, où ils utilisent des pistolets, des mitrailleuses, des fusils d’assaut et des explosifs pour tuer des forces hostiles de manière frénétique.

Bien que les études scientifiques n’ont trouvé aucun lien entre les films violents, les jeux vidéo et les comportements violents, il n’est pas normal que des ados se réjouissent du meurtre de leurs semblables sur les réseaux sociaux.

Le jeune Jannai Dopwell-Bailey, 16 ans, poignardé à mort

Non, ce qui est arrivé à Jannai Dopwell-Bailey n’est pas normal. Que son âme repose en paix et que les auteurs de cet acte sordide soient arrêtés et mis en détention.

Célébrer l’assassinat d’un être humain en dansant et en arborant des couteaux qui symbolisent l’acte sur Snapchat pose un diagnostic d’une société malade.

Une société malade de la violence de Hollywood et des jeux vidéo ainsi que de ses armes à feu. Enfin, une société qui refuse de reconnaître son malaise.

Y a-t-il un médecin dans la salle ?


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.

4 Commentaires

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Merci beauvoup Jean Kindar. Tu es toujours aussi classe. On doit également préciser que tant d’autres facteurs doivent être pris en compte, mais comme on dit, la violence engendre la violence.

      À bientôt Jean.

  1. Je crois que la culture du gangstérisme a bcp plus à voir avec la violence dans nos rues que le cinéma ou les jeux vidéos. Le fait que certains jeunes aient envie de prouver qu’ils sont plus forts que les autres, qu’ils sont plus durs, qu’ils ont une crédibilité, une « street cred » comme on dit dans le milieu, tout ça combiné à une plus grande accessibilité aux armes à feu sont les principales raisons expliquant la violence que l’on connaît à Mtl actuellement. Je pense qu’une solution face à ces problèmes consiste à donner à ces jeunes une manière d’exprimer la violence qui les habite, via le sport par exemple, ou la musique. Leur permettre de rencontrer d’ex-gangsters repentis qui ont survécu aux conséquences funestes de la rue, pour leur donner un exemple, une direction à suivre serait également important.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Albert, il y a un adage qui dit que la violence engendre la violence. Si les réclames publicitaires peuvent influencer les jeunes, alors pourquoi la violence n’auraient-elles pas d’influence sur eux ? Et, oui, vous avez raison quant à la quête de crédibilité et reconnaissance. Et, vous avez tout à fait raison quand vous parlez d’ex-gangsters repentis pour leur faire voir clair. Cependant, faut-il que ces ex-gangsters soient réellement repentis.

      Merci pour ce commentaire très pertinent, camarade. À bientôt.

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