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Le Mois de l’histoire des Noirs… ou des «Afro-Américains»?

Le Mois de l’histoire des Noirs. Je me souviens très bien de l’arrivée de ce concept au Québec. Au début des années 1990, différentes associations de la communauté noire anglophone de Montréal ont dû se battre pour importer ce mouvement annuel qui nous fait prendre la pleine mesure de la place des Noirs dans l’histoire.

Je me souviens de l’engouement que suscitait le mois de février au BSN – Black Students’ Network -, l’Association des étudiants noirs de l’Université McGill. Ces étudiants, qui étaient majoritairement originaires des Antilles britanniques, ont fortement contribué à l’émancipation du « Black History Month » dans la Belle Province.

Étant un habitué des rassemblements de ce groupe universitaire, j’étais bien installé dans cette machine à voyager dans le temps de mes ancêtres. C’était la naissance d’un mouvement social auquel j’étais fier de prendre part.

Martin Luther King Jr

Je me souviens également que, lors de nos discussions historisantes, les mêmes noms revenaient : Malcolm X, Martin Luther King Jr, Harriet Tubman et quelques autres figures noires qui ont soit foulé le sol états-unien ou qui y sont nés.

L’exclusion des autres Noirs

Cependant, je ne me souviens pas avoir entendu le nom de Toussaint Louverture, de Boukman ou du roi Henri Christophe dans cette manifestation commémorative.

Et, non, Vertieres et le 1804, chiffre emblématique qui représentait un souffle d’espoir pour les esclaves à travers les Amériques, ne faisaient pas partie des belles histoires du Mois de l’histoire des Noirs.

Les Patrice Lumumba, Sekou Touré et Kwame Nkrumah, des précurseurs de la décolonisation du continent africain? Ni vus ni connus dans le cadre de cette activité qui devait pourtant nous raconter notre histoire.

Rosa Parks

Rien non plus concernant les nombreux esclaves fugitifs des plantations de la Virginie qui ont mis le cap sur Haïti, terre de liberté, pour s’affranchir de la servitude.

Certes, j’ai beaucoup appris de l’histoire de mes « cousins » des États-Unis, et j’en suis heureux. Je connais presque tous les noms des Noirs qui ont été les premiers, contre toute attente dans une société raciste et ségrégationniste, à accomplir ceci, et à devenir cela, de Jackie Robinson à Rosa Parks.

Le nombrilisme afro-américain

Toutefois, l’étalage de ces réalisations exclusivement afro-américaines m’a porté à croire que l’Amérique noire s’enfermait dans son « petit monde », délaissant « l’autre monde noir ».

Loin de moi l’idée de répandre le sécessionnisme au sein des communautés noires, mais il me paraît évident que dans une Amérique noire de plus en plus diversifiée, le Mois de l’histoire des Noirs doit ouvrir ses fenêtres afin de respirer l’air antillais et africain

Or, aujourd’hui, en 2019, quand je passe en revue le Mois de l’histoire des Noirs, je constate le même nombrilisme, le même repli sur soi d’antan de mes « cousins américains », qui pensent que l’histoire des Noirs a commencé en 1619, au sud des États-Unis de l’Amérique, sans même faire un détour par l’Afrique et les Caraïbes.

Il ne s’agit surtout pas ici d’une tentative de « déchoucage » du Mois de l’histoire des Noirs, ou d’un discours l’avilissant. Bien que je sois devenu quelque peu désenchanté par cette célébration annuelle, il n’en demeure pas moins que je lui voue tout de même un grand respect.

Le roi Henri Christophe

Il s’agit plutôt d’interrogations quant à son appellation.

Par exemple, le Mois de l’histoire des Noirs englobe-t-il la totalité des peuples noirs? Un Haïtien, un Trinidadien ou un Guinéen vivant aux États-Unis se reconnaît-il dans les faits historiques relatés durant le mois de février?

Permettez-moi, ici, d’être dubitatif…

Loin de moi l’idée de répandre le sécessionnisme au sein des communautés noires, mais il me paraît évident que dans une Amérique noire de plus en plus diversifiée, le Mois de l’histoire des Noirs doit ouvrir ses fenêtres afin de respirer l’air antillais et africain.

Un jeune Haïtiano-Québécois ne doit-il pas d’abord connaître l’idéal dessalinien avant de parcourir le Mouvement des droits civiques des États-Unis?

Bien entendu, personne n’est à l’abri de l’influence de la culture américaine qui est mondialement hégémonique. C’est l’américanisation du monde, ou si vous préférez, la mondialisation de l’Amérique.

Dans le cas qui nous concerne, nous pouvons échapper à l’afro-américanisation en ajoutant de nouveaux visages au Mois de l’histoire des Noirs.


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2 Commentaires

  1. Bonjour Walter.

    Tu as raison de déplorer un certain nombrilisme de tes « cousins américains ». Il est vrai que ce n’est guère surprenant puisque c’est un trait de caractère partagé par pratiquement tous les Américains.

    Je suis partiellement d’accord en ce qui a trait l’histoire de l’Afrique. Si on se fit uniquement au titre « Mois de l’histoire des Noirs », cela devrait bien sur englober l’histoire africaine. Mais, de façon intuitive, j’avais toujours associé cet événement à l’histoire de l’esclavage et de ses conséquences.

    Une courte visite sur Wikipedia semble le confirmer. On dit que c’est la commémoration annuelle de l’histoire de la diaspora africaine. Cette dernière étant définie comme étant les descendants des esclaves à travers le monde ou les immigrants africains et leurs descendants. En Amérique, jusqu’à tout récemment, l’immense majorité de cette diaspora était issue de l’esclavage.

    Il est vrai aussi qu’une grande partie des événements dramatiques de cette histoire a eu lieu aux États-Unis. Si je me trompe la-dessus, cela prouverait ton point en ce qui me concerne.

    Toutefois, il serait très pertinent de considérer les luttes ou la situation ailleurs qu’aux États-Unis. Par exemple, l’histoire, insoupçonnée par moi, des esclaves virginiens fuyant vers Haiti doit être riche en récits dramatiques et touchants. On peut aussi se demander qui sont les descendants haïtiens de ces braves gens.

    • Walter Innocent Jr Répondre

      Ah, que j’aime ton sens d’analyse, Luc! Tu n’as pas du tout changé. L’appellation « Le Mois de l’Histoire des Nors » peut semer la confusion chez plusieurs. L’Amérique noire ne représente pas le Monde noir. Elle est tout simplement l’une des parties fragmentées.

      Merci pour ton assiduité, Luc. Je t’invite à jeter un coup d’oeil sur le dernier article qui a été publié le 1er mars.

      À bientôt.

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