Culture

Mikaben : la mort, cette invitée indésirable


En montant sur la scène de l’Accor Arena à Paris, samedi soir, le chanteur Michael Benjamin, alias Mikaben, ne se doutait pas qu’il interpréterait pour la dernière fois son succès Ou Pati. La mort s’est invitée elle-même au rendez-vous qu’avait le groupe Carimi avec le public français.

Après six ans de séparation, les membres de Carimi et les amateurs de la musique Kompa attendaient impatiemment ce concert de retrouvailles, qui soulignait le 20e anniversaire du groupe.

D’après les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux, les spectateurs vibraient au son des instruments et reprenaient en chœur le morceau Ou Pati, de Mikaben. L’aréna était plein à craquer.

Enfin, tout se déroulait bien jusqu’à ce que Mikaben s’effondre en quittant la scène.

L’inquiétude s’est alors emparée de la foule.

Les secouristes ont tout fait pour maintenir le talentueux chanteur en vie, mais la mort s’est présentée à ce rendez-vous musical sans y être conviée.

C’est une invitée indésirable, qui ne cesse de nous surprendre, de nous donner la frousse lorsqu’elle frappe à nos portes et touche à nos proches, aux gens que nous aimons et aux artistes que nous adulons.

En fait, elle nous prend au dépourvu, elle bouleverse notre vie.

Le départ hâtif d’un être cher porte toujours à réflexion

Dans des situations où un proche est atteint d’une maladie incurable, nous nous préparons mentalement à sa future absence, au vide qu’il laissera.

Cependant, la mort subite de Mikaben nous incite à réfléchir, à prendre une pause, ou à aller plus vite, plus loin.

Réfléchir à quoi ?

Réfléchir à la vie, se remettre en question, ou faire la paix avec soi-même pour mieux apprécier ce qu’on a, ce qu’on fait, ceux et celles qu’on aime et qui nous aiment.

Prendre une pause : écouter son corps et comprendre les signaux qu’il envoie.

En réalité, beaucoup d’entre nous pensent que notre corps est une machine sur laquelle nous appuyons sur le bouton « Power » et qui ne s’arrêtera jamais.

Mikaben a montré des signes qui indiquaient qu’il avait besoin de repos ou d’attention médicale avant de monter sur scène. Cependant, il s’est senti dans l’obligation d’aller de l’avant par amour pour son public, par sens de la responsabilité.

Le voir allongé, entouré des secouristes, représente le moment le plus triste de l’histoire de la musique haïtienne, du moins depuis le décès d’Antoine Rossini Jean-Baptiste, alias Ti Manno, survenu en 1985.

Mikaben n’avait que 41 ans et devait continuer de faire danser les Haïtiens, les Martiniquais, les Guadeloupéens et les Africains, mais la mort, cette invitée indésirable, est venue gâcher la fête.

C’est dans ces moments critiques que plusieurs font fi du repos et pensent à aller plus vite, plus loin, c’est-à-dire profiter de la vie.

En effet, les notions selon lesquelles « La vie est courte » et « Nous n’avons qu’une vie à vivre » se faufilent dans notre vocabulaire chaque fois qu’une personne trépasse de manière inattendue.

C’est une réaction naturelle qui nous amène à vouloir faire plus d’activités, fêter, voyager, faire de nouvelles rencontres, enfin bref, à ne rien manquer de la vie.

Or, consulter son médecin régulièrement est le moyen le plus sûr de profiter de la vie pendant longtemps.

Disons les vraies choses !

Selon une étude publiée sur American Heart Association, les personnes noires seraient plus susceptibles de mourir d’une première crise cardiaque que les personnes blanches.

Les adultes noirs âgés de 45 ans à 64 ans avaient environ 2 fois plus de risques de subir des accidents cardiaques mortels que les adultes blancs.

Certes, la discrimination raciale présente dans le système de santé constitue un facteur clé dans ces données, il n’en demeure pas moins que la prévention des maladies cardiovasculaires est importante, que l’on soit Noir ou Blanc.

Après tout, nous devons retenir que Mikaben est mort par amour pour la musique et pour ses admirateurs, mais aussi pour nous lancer le message qu’il est temps que nous visitions notre médecin.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

4 Commentaires

  1. Merci pour cet article. Justement récemment j’ai corrigé un texte qui portait sur les maladies du cœur et l’AVC. Il existe d’ailleurs un site web qui porte justement sur ça : http://www.coeuretavc.ca
    Et un podcast appelé « the Beat ».

    • Walter Innocent Jr. Répondre

      Mille mercis pour le lien du site web, Sandra ! C’est grandement apprécié. Il est essentiel que nous diffusions ce message important.

      À bientôt !

  2. Merci pour ce bel article et surtout je retiens que les noirs doivent se sensibiliser sur le fait de faire des bilans de santé car régulièrement on se croit plus fort.

    • Walter Innocent Jr. Répondre

      Merci à vous pour cette intervention, Mona ! En effet, nous devons promouvoir la santé, c’est-à-dire inciter les gens à faire des bilans de santé annuellement, comme vous le dites.

      À bientôt !

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