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L’homme noir et les menottes des policiers du SPVM


Deux semaines après qu’un juge de la Cour supérieure eut ordonné la fin des interceptions sans motifs réels des automobilistes, une vidéo virale, où l’on voit un homme noir indûment menotté par des enquêteurs du SPVM, montre bien qu’il en faut beaucoup plus pour en finir avec le problème du profilage racial.

Osons le dire : l’esclavage a été aboli, ses chaînes ont été brisées, mais la mentalité esclavagiste n’a pas tout à fait disparu de notre société, et certains actes raciaux des policiers du SPVM en sont un exemple frappant.

L’arrestation de la honte

Comment peut-on régler le problème si l’on ne commence pas à appeler un chat un chat ?

Je persiste et signe : certains policiers du SPVM se comportent comme de véritables maîtres d’esclaves, qui sont obsédés par la captivité des hommes noirs.

Si l’arrestation brutale et illégale de Mamadi Camara n’a pas été filmée, l’enregistrement d’une vidéo par un téléphone intelligent montre clairement comment Brice Dossa, un homme noir, a été humilié et chosifié par deux agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), au stationnement du Marché central, jeudi après-midi.

Persuadés qu’il était un voleur de voiture, les deux enquêteurs habillés en civil ont arrêté et menotté M. Dossa lorsque celui-ci s’est approché de son VUS de marque Honda CRV pour monter à bord. Pendant près de six minutes, cet honnête citoyen, qui travaille dans le milieu de la santé, ne cessait de clamer son innocence afin qu’on lui retire les menottes qui lui faisaient mal.

Comble de malheur, au moment de libérer Brice Dossa, les agents se sont rendu compte que la clé des menottes a été égarée. Il a fallu que deux autres collègues viennent défaire ce que j’appelle les « chaînes de l’esclavagisme moderne ».

Le déni du racisme systémique

Cette histoire, qui a suscité l’intérêt national, est une honte pour la Belle Province, qui tient plus à son image qu’au bien-être des personnes qui ne portent pas le nom de Tremblay.

Autrement dit, le Québec refuse de reconnaître l’existence du racisme systémique sur son territoire, car ce système étouffant et écrasant ne touche pas les personnes blanches et francophones.

D’ailleurs, lors de son arrestation, Brice Dossa, qui est d’origine béninoise, a rappelé sans détour aux policiers qu’ils ont agi de la sorte à cause de la couleur de sa peau.

« Je ressemble à un bandit ? Ou bien c’est parce que je suis noir… Si c’est un Québécois comme toi, est-ce que tu vas le faire comme ça ? », a-t-il dit à la fin de la vidéo.

Il a raison.

Son arrestation représente l’exemple parfait du phénomène du profilage racial, où des personnes en situation d’autorité attribuent une intention criminelle à des personnes en raison de stéréotypes fondés sur la race et la couleur.

Un racisme bien ancré dans les mentalités

Mais pourquoi est-il si difficile d’enrayer le profilage racial de notre société ?

Pour mieux répondre à cette question, regardons au-delà de ces hommes et femmes vêtus de l’uniforme bleu et des interpellations sans motif.

Il faut d’abord savoir que les Amériques ont été fondées sur des bases de l’esclavage, de l’oppression et du racisme, et que les effets de ces éléments se font encore sentir aujourd’hui.

Depuis que Christophe Colomb a mis les pieds sur ce territoire, le quotidien de tous ceux et celles qui n’ont pas la peau blanche est perpétuellement bouleversé par des iniquités historiques, sociales et raciales.

Ce qui est arrivé à Brice Dossa est bel et bien le reflet d’une société en déni du privilège blanc et du racisme systémique.

Le plus choquant dans cette histoire, c’est que certains médias ont enfermé M. Dossa dans le stéréotype selon lequel l’homme noir est agressif et violent en faisant constamment référence à la « colère » de la victime.

Tout au long de la vidéo, on pouvait même entendre les policiers demander à M. Dossa d’arrêter d’être agressif, comme si leur vie était en danger.

Et la notion de l’erreur (« Un homme noir arrêté et menotté par erreur ») véhiculée par certains journaux pour décrire cette arrestation honteuse est un lapsus : arrêter une personne en raison de la couleur de sa peau constitue une turpitude qui n’a pas sa place dans l’humanité.

Posons-nous la question suivante : quelle aurait été la réaction d’une personne blanche si elle avait été à la place de Brice Bossa ?

Ce scénario est impensable, car selon un rapport mené par des chercheurs indépendants, les personnes noires et autochtones ont entre quatre à cinq fois plus de chances d’être interpellées, par rapport aux personnes blanches.

C’est la raison pour laquelle le juge Michel Yergeau a cru bon de sonner le glas des contrôles routiers aléatoires.

« On ne peut pas comme société attendre qu’une partie de la population continue de souffrir en silence… Le profilage racial existe bel et bien. C’est une réalité qui pèse de tout son poids sur les collectivités noires », a commenté le magistrat.

Saluons le courage du juge Michel Yergeau ainsi que celui de Joseph-Christophe Luamba, le jeune homme noir qui a orchestré cette contestation judiciaire, sous la direction de l’avocat Mike Siméon.

L’opiniâtreté de Luamba honore la résilience du regretté Patrice Lumumba.

Enfin, le Québec a pu voir cette vidéo traumatisante, mais il refuse de voir la réalité des communautés noires et autochtones, et c’est là le nœud du problème.


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Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

2 Commentaires

  1. Bonjour Walter. J’ai laissé passer quelques jours avant de laisser un commentaire. Je me demandais si on en saurait plus, mais je n’ai pas eu connaissance d’autres éléments.

    C’est, sans aucun doute, un cas de profilage racial, même si plusieurs commentateurs dans les médias ont essayé de le nier. J’aurais aimé savoir si menotter un individu avant même d’avoir la moindre indication qu’un acte criminel avait été commis était dans les habitudes de ces deux policiers ou d’autres. Il est presque certain que d’autres cas semblables soient survenus. Il est dommage que les civils en question ne se soient pas manifestés.

    Dans le cas de M. Dossa, on n’en aurait probablement jamais entendu parler si les policiers n’avaient pas oublié la clé des menottes. Tout de même, souhaitons que cet incident ait enlevé tout désir au gouvernement Legault de contester le juge Yergeau. Cela même si Legault, avec toute la lâcheté qu’on lui connait concernant le profilage racial, avait auparavant déclaré qu’il fallait laisser les policiers faire leur travail.

    Pour terminer, je crois qu’associer le profilage racial à des fantasmes plus ou moins conscients d’un retour à l’esclavage n’est pas justifié. Toutefois, il y a surement un lien à faire en Amérique entre l’historique de l’esclavage et le profilage racial.

  2. Quelle tristesse cet événement et quel incompétence des policiers qui menottent des gens sans même avoir les clés.

    Il y a des policiers racistes c’est clair et le profilage raciale existe dans la police. J’ai l’impression qu’il y a un effort de fait, mais c’est peu et c’est lent.

    Et il y a beaucoup d’incompétence dans la police et les Tremblay de ce monde en sont aussi victimes. J’ai été témoin de comportement non professionnel de certains policiers envers des « Tremblay ».

    C’est un métier difficile qui, pour être bien fait, demande une formation et une éthique irréprochable. Malheureusement il y a beaucoup de travail à faire.

    Bravo de dénoncer! Ça ne peut qu’aider à conscientiser les citoyens et les forces de l’ordre pour que les choses s’améliorent.

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