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Prof suspendu pour son vidéoclip : stéréotypes d’un homme noir mal compris

Alors que des voix se sont élevées dans les milieux scolaires et universitaires pour permettre à des professeurs de répéter le mot n*gre en roue libre dans leur salle de cours, un enseignant afrodescendant d’une école secondaire de Châteauguay a été puni à cause de son vidéoclip.

C’est le monde à l’envers : on étouffe le talent d’un individu issu d’une communauté qui a beaucoup souffert, et on libère le mot ayant été utilisé comme arme de destruction par ses bourreaux.

Chad Ashe, un homme noir de 34 ans, qui enseigne à l’école secondaire Gabrielle-Roy, à Châteauguay, a été suspendu pour 10 jours à la suite d’une plainte portée contre son vidéoclip.

Comprendre la différence

L’histoire a commencé lorsque M. Ashe, dans le but d’avoir un bon rapport avec ses élèves, a dévoilé les 10 choses qui le passionnent lors de la première journée de la rentrée scolaire.

Dès que les élèves ont appris que leur professeur était musicien, la curiosité les a piqués en ce qui concerne sa musique.

« C’est sûr que les kids étaient comme… on veut voir, on veut voir, on veut voir ta musique (vidéo) », a expliqué Chad Ashe, qui s’est confié à l’animateur Kevin Calixte dans un Live sur Instagram samedi soir.

Chad est comme Obélix, c’est-à-dire qu’il est tombé dans la marmite du son et de la musique dès sa naissance, car son père Fabian Ashe, que je connais très bien, a été un grand DJ et promoteur (Fitz&Fabian) et a produit l’un des albums du rappeur Father MC. Sa mère, Sylvie Desgroseillers, est l’une des plus belles voix du Québec et son grand-père, Guy Durosier, fait partie du top 10 des plus grands chanteurs haïtiens de Selon Walter.

Donc, pendant une trentaine de secondes, ses élèves ont pu visionner la vidéo de sa chanson Wahala, qui signifie problème en nigérian.

Deux mois plus tard, la directrice de l’école le suspend pour ce geste banal.

À l’évidence, nous avons ici un bel exemple de ce que Notorious B.I.G, mon rappeur préféré, appelait « Steretotypes of a Black male misunderstood (and it’s not all good) ».

Non, ce n’est pas bien.

Il n’est jamais bien de refuser d’accepter que d’autres personnes soient différentes de soi. Qu’elles vivent et pensent de manières différentes des siennes.

Il ne fait aucun doute que Chad Ashe a été victime de collègues qui dénigrent ses dreadlocks, qui ne se retrouvent pas dans son look artiste et qui se perdent dans sa musique hip-hop.

En fait, beaucoup de personnes blanches ont de la difficulté à percevoir une personne noire intelligente et instruite qui ne respecte pas la conformité aux normes caucasiennes, c’est-à-dire rejeter le mimétisme blanc.

Pour la direction de l’école Gabrielle-Roy et certains des enseignants, Chad Ashe, qui compte retourner aux études pour faire une maîtrise, est un mystère qui défie toute explication et qui les déstabilise.

Au-delà des maillots de bain

En regardant la vidéo de Chad, je me suis placé dans la position de l’avocat du diable afin de déceler une faille qui écarterait tout soupçon systémique dans cette affaire, mais en vain.

Non, le comportement du prof d’anglais n’est pas offensant ou inapproprié.

Il s’agit bel et bien d’un autre cas où la couleur de peau d’un individu dérange.

« Et les maillots de bain ? », diront les adeptes de pratiques rigoristes, qui ne fréquentent pas de piscines ou de plages.

Les filles en bikini et les hommes montrant leurs pectoraux sont omniprésents dans le monde imaginaire d’Hollywood, et nous avons tous grandi dans ce monde, y compris la directrice et les professeurs de l’école Gabrielle-Roy.

Il convient également de souligner qu’un Noir qui fait de la musique hip-hop n’est pas un criminel, tout comme Mick Jagger et Phil Collins ont pu préserver leur image de respectabilité dans l’univers de la musique rock.

Et je me permets de déconstruire les préjugés tenaces concernant la musique rap en disant que Charles Manson et David Chapman ont été de grands amateurs de la musique rock et heavy metal, pourtant on n’associe jamais Elvis Presley et John Lennon à la violence.

De la persévérance dans la lutte contre le racisme

Je profite de l’occasion pour saluer l’attitude jusqu’au-boutiste de Chad Ashe, qui amène un vent de fraîcheur, de la détermination et de la persévérance à la lutte contre la discrimination et le racisme.

D’ailleurs, je rappelle à tous ceux qui voudraient contrarier Chad dans son projet musical que c’est peine perdue.

Pourquoi ?

Chad Ashe est comme Obélix, c’est-à-dire qu’il est tombé dans la marmite du son et de la musique dès sa naissance, car son père Fabian Ashe, que je connais très bien, a été un grand DJ et promoteur (Fitz&Fabian) et a produit l’un des albums du rappeur Father MC. Sa mère, Sylvie Desgroseillers, est indubitablement l’une des plus belles voix du Québec et son grand-père, Guy Durosier, fait partie du top 10 des plus grands chanteurs haïtiens de Selon Walter.

Lors de son entretien avec Kevin Calixte, il a même déploré le fait que sa mère n’ait pas été traitée justement sur la scène musicale du Québec.

Il a raison.

Personnellement, je n’oublierai jamais la fois où une amie qui suivait des cours de chant avec Mme Desgroseillers m’a fait écouter une de ses chansons, et pour l’identifier, j’ai dû nommer une dizaine d’artistes célèbres américaines avant qu’elle me dise dans un éclat de rire : « Ne va pas si loin, cette voix se trouve quelque part au Québec ».

C’est un peu ça la réalité de la Belle Province : parfois, elle est démasquée, et nous pouvons voir dans toute sa laideur une bonne partie de son visage.

La semaine dernière, c’était l’affaire du jeune Jannai Dopwell-Bailey, hier un enseignant noir suspendu injustement et aujourd’hui, des adolescents qui se font brutaliser par des policiers du SPVQ.

« Allô Québec ! Ici, la communauté noire de la Belle Province, on a un énorme problème, et vous êtes au centre de ce problème ».


Je vous invite à participer à la conversation en laissant un commentaire un peu plus bas sur le site. Merci.


Auteur

Gagnant du prix Rédacteur (rice) d’opinion aux Prix Médias Dynastie 2022, Walter Innocent Jr. utilise sa plume pour prendre position, dénoncer et informer. Depuis 2017, il propose aux lecteurs du magazine Selon Walter une analyse critique de l'actualité.

4 Commentaires

  1. Monique Etienne Répondre

    Faites un petit pas, plus loin que le maillot de bain et vous comprendrez pourquoi il a été suspendu.
    La banane sur quoi la femme assise, les mouvements qu’elle execute pour avancer et la banane qui se lance en l’ai pour retomber dans cette position bien précise. Arrêtons de crier au scandale et de mettre n’importe quoi sur le dos de la race.
    Je vous une excellente journée

  2. Jonathan Pascal Répondre

    C’est triste ! Mais, son cas est récurrent comme beaucoup de nos frères et soeurs de la communauté noire. Le problème et j’assume parfaitement mes propos c’est aussi NOUS les noir(e)s. C’est aussi de notre faute. On agit involontairement, inconsciemment pour que ce type de comportement victimaire se perpétue encore et encore, années après années. Il serait important et capital qu’on reconnaisse, accepte notre part de responsabilité aussi minime qu’elle puisse l’être et qu’on arrête sans cesse d’être dans la victimisation à blâmer sans cesse le système, les blancs, l’Église, la religion, le gouvernement. Arrêtons de toujours courir après les personnes dites blanches pour exiger qu’elles nous respectent en tant qu’individu alors qu’on est incapable de le faire entre nous (la communauté noire). Charité bien ordonnée commence par soi-même. Une grande majorité de nos problèmes proviennent de nous-mêmes. Le jour où chacun d’entre nous prendra conscience de cela et commencera un travail sur soi-même, se sera une des étapes de la reprise de notre souveraineté.

  3. En regardant la vidéo la seule chose que je voyais qui était soit disant osé était la femme en bikini sur la banane qui finalement tombait dans l’eau; il n’y a vraiment pas de quoi crier au scandale! Même que je me demande si le chanteur en question était blanc, non seulement il n’aurait pas été suspendu mais probablement qu’il aurait été célébré par ses collègues de travail…le syndrome du double standard.

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